- L’histoire se déroule en 1943 dans le Jura suisse, en pleine Seconde Guerre mondiale : elle suit Emma, une adolescente de 15 ans devenue enceinte après un viol dans une communauté rurale protestante très conservatrice.
- Le film montre comment Emma refuse de se soumettre aux conventions sociales et tente de choisir son propre destin malgré la pression et l’exclusion qui pèsent sur elle.
Ce mardi 17 février 2026, la pénombre du Cinéma REX à Aubonne a accueilli bien plus qu’une simple projection. À 20h30, sous les voûtes de cette salle historique, j’ai senti une émotion particulière parcourir l’assistance.

Nous étions là pour découvrir le premier long métrage de Marie-Elsa Sgualdo, À bras-le-corps (Silent Rebellion), un film suisse qui, sous les traits d’un drame historique, tend un miroir troublant à notre société contemporaine.

Retour sur une œuvre qui interroge avec intensité la place des femmes dans une société figée.
Un voyage au cœur de l’hiver jurassien de 1943
Le film nous transporte en 1943, dans un Jura suisse figé par le froid et les conventions. Tandis que la guerre fait rage de l’autre côté de la frontière toute proche, nous suivons Emma, une adolescente de 15 ans dont la vie bascule après un viol.
Bonne dans la maison du pasteur du village, elle se retrouve enceinte, une situation qui, dans cette communauté rurale protestante et austère, équivaut à une condamnation sociale.
Le récit ne s’attarde pas sur le mélo, mais sur le cheminement. Emma, incarnée par la lumineuse Lila Gueneau, refuse de se laisser dicter son destin.
Le corps comme champ de bataille : Identité et vulnérabilité
L’analyse thématique de À bras-le-corps révèle une profondeur psychologique rare. Le corps d’Emma n’est pas seulement le sien ; il semble appartenir à la communauté, à l’Église, et à la morale de l’époque.
Enceinte à 15 ans, elle est sommée d’agir en adulte tout en étant traitée comme une enfant dénuée de droits. La réalisatrice explore ici la vulnérabilité extrême d’une jeune femme qui ne possède rien : ni son argent, ni son travail, ni même son propre futur.
Le film interroge violemment le regard extérieur. La scène d’ouverture, où Emma fait face à un jury d’adultes pour obtenir un « prix de vertu » afin d’espérer devenir infirmière, est à cet égard révélatrice de la pression sociale étouffante. On exige d’elle une pureté absolue alors que le monde qui l’entoure est baigné d’une hypocrisie morale flagrante.
Pourquoi ce film résonne-t-il aujourd’hui en Suisse romande ?
Si le récit se déroule il y a plus de 80 ans, son écho dans la Suisse romande actuelle est saisissant. La question de l’autodétermination reste un enjeu brûlant.
Marie-Elsa Sgualdo souligne que la neutralité, autrefois érigée en vertu suprême face à l’injustice, a parfois conduit à une perte d’empathie. En montrant comment une communauté peut fermer les yeux sur le malheur d’une jeune fille tout en ignorant le sort des réfugiés à la frontière, le film nous interroge sur notre propre capacité à l’indignation aujourd’hui.
Pour nous, lectrices d’Esprit Féminin, Emma représente toutes celles qui, encore maintenant, doivent lutter pour que leur parole soit entendue et leurs choix respectés. Le film ne propose pas un triomphe facile, mais montre le prix à payer pour la liberté.
Conclusion : Une émotion qui perdure
En sortant de la salle à Aubonne, j’ai pris un instant pour observer les visages autour de moi. La discussion s’engageait, timide d’abord, puis plus vive.
J’ai eu le sentiment que ce film nous rendait un peu de notre propre histoire, non pas pour nous accabler, mais pour nous inspirer à ne jamais céder sur l’essentiel.
En Suisse romande, où les débats autour des violences sexuelles et de la protection des victimes restent d’actualité, À bras-le-corps agit comme un rappel nécessaire : celui que la dignité et la liberté ne peuvent jamais être considérées comme acquises.