En ce mois de mai 2026, un souffle nouveau parcourt les rues de nos cités romandes. À Genève comme dans les ruelles pavées de Lausanne ou les places de Neuchâtel, des silhouettes floues, presque éthérées, captent le regard des passantes.
Ces images, générées par l’intelligence artificielle pour préserver l’anonymat et éviter toute stigmatisation, portent un message qui, aujourd’hui, résonne avec une force inédite : « L’égalité contre la violence ».

Ce n’est pas seulement un slogan placardé sur les murs de nos villes ; c’est le cœur battant d’une transformation sociale profonde initiée par la Confédération sous le haut patronage de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider.
Alors que nous franchissons une étape décisive avec la mise en service nationale du numéro 142, il est temps de s’arrêter sur ce qui fait l’essence de cette mobilisation. Pourquoi l’égalité est-elle devenue notre meilleure arme de protection ?
Le 142 : un fil d’Ariane pour le conseil, mais pas pour l’urgence
L’événement marquant de ce printemps 2026 est sans conteste le déploiement opérationnel du numéro d’appel court « 142 ». Ce chiffre représente bien plus qu’une simple ligne téléphonique. Il s’agit d’un service d’aide aux victimes gratuit, anonyme et confidentiel, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 partout en Suisse.

Toutefois, une précision capitale doit être systématiquement rappelée : le 142 n’est pas un numéro d’urgence. Sa mission est d’offrir une écoute par des personnes formées, d’informer sur les droits et d’aider à trouver un lieu sûr ou des conseils spécialisés.
En cas de danger immédiat ou de situation nécessitant une intervention rapide, il faut impérativement appeler la police au 117 ou les secours médicaux au 144.
Le 142 n’est pas réservé aux situations de crise aiguë ; il est là pour celles et ceux qui doutent, qui sentent que quelque chose ne va pas dans leur entourage ou qui souhaitent simplement comprendre une situation vécue. En proposant des échanges en français, allemand et italien, ce service s’assure que personne ne reste seul face à l’insécurité, quelle que soit sa langue ou sa région.
Pour retrouver les numéros essentiels et les structures d’aide cantonales, consultez notre page dédiée aux ressources d’urgence en Suisse romande.
La violence psychique : cette ombre invisible
Pendant longtemps, la société a réduit la violence aux bleus et aux coups. Pourtant, la campagne nationale (www.sans-violence.ch) nous rappelle une réalité plus subtile mais tout aussi dévastatrice : la violence commence souvent bien avant l’agression physique.
Elle est insidieuse, s’immisçant dans le quotidien sous forme de dévalorisations, de contrôles incessants ou d’isolements forcés.

Ces comportements, parfois minimisés par l’entourage ou la victime elle-même, instaurent un climat d’intimidation et d’insécurité.
La campagne souligne avec justesse que la violence est en germe dès qu’un individu exerce une emprise ou considère l’autre comme inférieur. En apprenant à reconnaître ces signaux d’alerte, nous nous donnons les moyens de prévenir l’escalade vers des formes de violence physique ou sexuelle.
L’égalité comme bouclier protecteur
L’originalité de la stratégie suisse, inscrite dans la « Stratégie Égalité 2030 », réside dans son analyse des causes. La violence domestique, sexuelle et de genre puise son terreau dans les déséquilibres de pouvoir et les normes discriminatoires. C’est ici que l’égalité intervient comme un facteur de protection essentiel.
Lorsque les individus jouissent des mêmes droits, des mêmes chances et d’une autonomie financière équivalente, les dépendances diminuent. Une personne qui ne dépend pas économiquement ou émotionnellement de son partenaire est plus à même de poser des limites et de se protéger. L’égalité renforce le respect mutuel et favorise le dialogue plutôt que le rapport de force.
C’est une vision inspirante de la vie commune : une société où la force ne fait plus la loi, mais où le respect et l’autonomie de chacun garantissent la sécurité de tous.
Savoir distinguer l’amour du contrôle toxique
Pour beaucoup de femmes en Suisse romande, la frontière entre sollicitude et contrôle peut sembler floue.
La campagne apporte des repères clairs pour mener cette réflexion. Deux questions fondamentales permettent de faire la part des choses :
- « Puis-je prendre des décisions de manière indépendante, sans mon partenaire ? »
- et « Puis-je dire non sans avoir peur de subir des conséquences négatives ? ».
Le contrôle devient problématique dès qu’il cesse d’être réciproque pour devenir une pression unilatérale. Vouloir savoir en permanence où se trouve l’autre, critiquer ses activités sur les réseaux sociaux, imposer une façon de s’habiller ou décider seul des finances du couple sont autant de signaux d’alerte à prendre au sérieux.
Ces comportements ne sont pas des preuves d’amour, mais des manifestations d’une emprise qui entrave la liberté individuelle.
Une responsabilité partagée par toute la société
Bien que les femmes soient statistiquement plus exposées à la violence domestique et sexuelle représentant près de 70 % des victimes enregistrées par la police, la campagne rappelle que personne n’est à l’abri. Les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou issues de la migration courent également un risque accru.
La lutte contre ce phénomène n’est pas l’affaire d’un seul groupe, mais celle de toute la communauté. Nous avons toutes et tous un rôle à jouer, notamment en tant que témoins. Ne pas détourner le regard face à une situation suspecte, proposer un dialogue ou informer sur les aides disponibles sont des actes de civisme essentiels.
La campagne nous encourage à rompre le silence, car se taire, c’est souvent, sans le vouloir, encourager la violence.
Un engagement durable pour les générations futures
Cette première campagne nationale, lancée initialement en novembre 2025, est conçue pour durer. Cette mobilisation s’inscrit dans la continuité des alertes déjà formulées autour de l’urgence romande face aux violences de genre, notamment lors du 25 novembre 2025.
Elle se déploie par phases successives : après s’être concentrée sur les victimes pour les encourager à demander de l’aide, elle s’adressera dès 2027 à l’entourage, puis, à partir de 2028, aux personnes violentes ou craignant de le devenir. Cette approche holistique vise un changement de paradigme à long terme.
La Suisse s’est engagée, par la ratification de la Convention d’Istanbul, à prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes. Avec un budget de 4 millions de francs pour l’année 2026 alloué par le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes, les moyens financiers soutiennent cette ambition.
En ce mois de mai 2026, l’espoir est tangible. Nous comprenons enfin que la violence n’est pas une fatalité privée, mais un défi collectif que nous relevons par l’égalité. En cultivant le respect mutuel et en faisant connaître les outils d’aide comme le 142 pour le conseil (en rappelant qu’il faut appeler le 117 ou le 144 pour toute urgence immédiate) nous construisons une Suisse romande plus sûre, plus juste et plus libre pour nous-mêmes et pour les générations à venir.
Sources :
- Sans violence, L’égalité contre la violence – https://www.sans-violence.ch/
- Stratégie Égalité 2030, Mesure 3.1.1.6 – https://www.egalite2030.ch/fr/3.1.1.6
- Violence à l’égard des femmes et violence domestique, BFEG – https://www.ebg.admin.ch/fr/violence-a-legard-des-femmes-et-violence-domestique










