- Emilie Lieberherr est une personnalité politique et sociale suisse du XXᵉ siècle connue pour son engagement.
- Elle est active dans la lutte pour le suffrage féminin en Suisse.
- Elle devient la première femme élue au Stadtrat (exécutif) de la ville de Zurich.
- Elle est élue au Conseil des États pour le canton de Zurich.
- Elle est reconnue pour son rôle dans l’évolution des droits des femmes et des consommatrices en Suisse.
Dans l’imaginaire collectif helvétique, certaines silhouettes se détachent sur le fond des institutions fédérales. Celle d’Emilie Lieberherr (1924–2011) s’associe notamment à la « Marche sur Berne » du 1er mars 1969, lorsque plusieurs milliers de personnes souvent estimées à environ 5 000 se rassemblent sur la Place fédérale, dans une ambiance marquée par un concert de sifflets. Elle est aussi fréquemment décrite, dans des récits et portraits, portant un manteau rouge ce jour-là.
Souvent qualifiée, selon les sources, de « Mutter Courage » ou d’« animal politique », Emilie Lieberherr est surtout connue pour avoir incarné une forme d’engagement mêlant mobilisation publique et action institutionnelle, en particulier à Zurich, avec un écho au niveau national.
Qui était Emilie Lieberherr ?
Emilie Lieberherr compte parmi les figures marquantes de la vie politique et sociale suisse du XXe siècle. Active dans la lutte pour le suffrage féminin, elle poursuit ensuite un parcours qui la place durablement au cœur de politiques sociales urbaines, et dans des débats majeurs.
Elle est notamment :
- la première femme élue au Stadtrat (exécutif) de la ville de Zurich (1970) ;
- élue au Conseil des États pour le canton de Zurich (1978–1983) ;
- associée, à Zurich, à l’évolution vers une approche plus pragmatique des politiques en matière de drogues, souvent reliée au modèle dit des « quatre piliers » (prévention, traitement, réduction des risques, répression).
Origines et formation
Emilie Lieberherr naît le 14 octobre 1924 à Erstfeld (Uri), dans un milieu modeste, marqué par l’univers ferroviaire. Des biographies relient souvent ce cadre familial à une sensibilité sociale qui se manifestera plus tard dans ses engagements, sans qu’il soit possible d’en faire une causalité directe.
Elle suit une partie de sa scolarité au Theresianum Ingenbohl (canton de Schwytz), un internat catholique alors même qu’elle est réformée puis obtient une maturité commerciale en 1947. Elle travaille ensuite dans le secteur bancaire avant de reprendre des études.
À l’Université de Berne, elle étudie l’économie (dans le cadre des sciences économiques et sociales de l’époque). Elle obtient un doctorat en 1965.
Entre 1957 et 1959, elle séjourne aux États-Unis et travaille comme préceptrice dans l’entourage de l’acteur Henry Fonda. Certains portraits avancent que cette expérience a compté dans son parcours, mais cet effet relève d’une interprétation biographique.
Engagement féministe et luttes pour les droits des femmes
Le droit de vote des femmes : un moment-clé (1969–1971)
En 1959, le suffrage féminin est rejeté au niveau fédéral par les électeurs (environ deux tiers de non). Dans ce contexte, la Marche sur Berne du 1er mars 1969, à laquelle Emilie Lieberherr est associée comme figure d’organisation et de prise de parole, devient un moment symbolique fort.

Lors de ce rassemblement, elle dénonce notamment l’idée que les femmes devraient se présenter comme des « suppliantes » (bittende) plutôt que comme des « revendicatrices » (fordernde). Elle insiste sur l’incohérence démocratique qu’il y a à contribuer à la collectivité (notamment via l’impôt) sans disposer pleinement des droits politiques.
Cet épisode est généralement considéré comme un élément important de la séquence politique menant à la votation fédérale de 1971, qui accorde enfin le droit de vote et d’éligibilité aux femmes au niveau fédéral sans que l’on puisse, de manière strictement démontrable, en faire la cause unique ou “décisive”.
Mobilisation et protection des consommatrices
Au-delà du suffrage, Emilie Lieberherr joue un rôle notable dans la défense des consommatrices :
- 1961 : cofondation du Konsumentinnenforum (Forum des consommatrices) en Suisse alémanique ;
- 1965–1978 : présidence de l’organisation ;
- développement de tests comparatifs de produits et d’une communication visant à outiller les ménages face aux pratiques publicitaires ;
- participation au lancement du magazine Prüf mit (1969), généralement présenté comme indépendant de la publicité (à conserver si vous citez une source explicite).
Parcours politique à Zurich
Entrée à l’exécutif
À Zurich, les droits politiques des femmes progressent par étapes : introduction au niveau communal (1969), puis au niveau cantonal (1970). En 1970, Emilie Lieberherr, membre du Parti socialiste, est élue au Stadtrat (exécutif) de la ville de Zurich, devenant la première femme à y siéger.
Elle est ensuite réélue à plusieurs reprises et reste membre de l’exécutif jusqu’en 1994.
Action sociale
De 1970 à 1994, elle dirige le département des affaires sociales de la ville. Les biographies et sources municipales lui attribuent notamment :
- la mise en place de l’avance des contributions d’entretien (pensions alimentaires) pour protéger les familles en cas de défaut de paiement ;
- un développement important des structures et prestations destinées aux personnes âgées (mais les chiffres exacts d’établissements varient selon les récits : mieux vaut éviter une fourchette non sourcée) ;
- des mesures en faveur de la jeunesse (lieux de rencontre, programmes d’occupation/insertion), souvent mentionnées dans les bilans de son action.
Politique des drogues : une évolution vers le pragmatisme
Emilie Lieberherr est souvent citée parmi les responsables zurichois associés à un tournant dans la gestion de la crise de l’héroïne, dans le contexte de la scène ouverte de Zurich (Platzspitz/« Needle Park ») et des enjeux sanitaires (VIH, overdoses).
À la fin des années 1980, elle défend l’idée d’approches moins uniquement répressives, et elle est associée à la discussion sur des dispositifs de prescription/remise contrôlée pour des cas sévères. Le modèle dit des quatre piliers s’impose ensuite comme cadre de référence en Suisse, sur une trajectoire collective impliquant de nombreux acteurs et niveaux institutionnels.
Tableau chronologique
| Date | Événement / action | Remarque |
|---|---|---|
| 1924 | Naissance à Erstfeld (UR) | — |
| 1947 | Maturité commerciale | — |
| 1952–1956 | Études à l’Université de Berne (économie/sciences économiques) | — |
| 1965 | Doctorat (Université de Berne) | préciser le libellé exact (Dr. rer. pol.) |
| 1961 | Cofondation du Konsumentinnenforum | — |
| 1969 | Marche sur Berne (1er mars) | mobilisation pour le suffrage féminin |
| 1970 | Élection au Stadtrat de Zurich | première femme à l’exécutif |
| 1976–1980 | Présidence de la Commission fédérale pour les questions féminines | — |
| 1978–1983 | Conseil des États (canton de Zurich) | — |
| 1990 | Rupture avec le PS (exclusion) | liée à un soutien lors d’une élection municipale |
| 1994 | Fin de mandat à l’exécutif zurichois | — |
| 2011 | Décès (3 janvier) | — |
| 2020 | “Emilie-Lieberherr-Platz” à Zurich | décision/officialisation municipale |
Controverses, résistances, vie privée
Son style politique est souvent décrit comme très direct et parfois autoritaire par ses critiques et certains portraits formulations à conserver si elles sont présentées comme des appréciations (et non comme des faits).
- Rupture avec le PS (1990) : elle est exclue après avoir soutenu un candidat du Parti radical-démocratique (PRD, aujourd’hui PLR) lors d’une élection municipale, contre la ligne de son parti.
- Conflits générationnels (1980) : pendant les troubles liés au mouvement de jeunesse zurichois, elle est perçue comme l’une des figures de l’autorité. L’épisode télévisé dit des “Müller” (canular en plateau) illustre ce climat.
Emilie Lieberherr : une figure centrale
Emilie Lieberherr demeure une figure centrale de l’histoire politique et sociale zurichoise et, par répercussion, suisse : engagée pour le suffrage féminin, active dans la défense des consommatrices, et durablement associée à une modernisation de l’action sociale urbaine.
Son nom reste présent dans l’espace public, notamment à Zurich, où une place porte aujourd’hui son nom.
Sources :
- https://ch2021.ch/fr/emilie-lieberherrr-1924-2011/
- https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/006480/2024-04-04/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Emilie_Lieberherr