HUG : un pôle cardiovasculaire dédié aux femmes pour mieux prévenir et diagnostiquer

nfographie sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires : risques traditionnels (diabète, tabagisme, obésité, sédentarité, hypertension, dyslipidémie, stress) et facteurs émergents chez les femmes (accouchement prématuré, troubles hypertensifs de la grossesse, diabète gestationnel, maladie auto-immune, traitement du cancer du sein, SOPK). nfographie sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires : risques traditionnels (diabète, tabagisme, obésité, sédentarité, hypertension, dyslipidémie, stress) et facteurs émergents chez les femmes (accouchement prématuré, troubles hypertensifs de la grossesse, diabète gestationnel, maladie auto-immune, traitement du cancer du sein, SOPK).

En mars 2026, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont marqué une étape majeure pour la médecine romande. En inaugurant le Pôle de santé cardiovasculaire pour la femme, l’institution genevoise s’attaque de front à un « biais de genre » qui, aujourd’hui encore, pèse lourdement sur le pronostic vital des patientes.

1. Le tueur silencieux que nous n’avions pas prévu

Pendant des décennies, l’imaginaire collectif et médical a cantonné l’infarctus au cadre du dirigeant stressé d’un certain âge. Cette erreur de perspective est mortelle. En Suisse, les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité, arrachant chaque année la vie à 20 000 personnes selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

L’urgence est d’autant plus criante qu’à âge égal, la mortalité liée aux infarctus est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Ce constat paradoxal soulève une question fondamentale : pourquoi, alors que la science progresse, les femmes restent-elles les victimes collatérales d’une médecine qui ne semble pas avoir été pensée pour elles ?

2. L’illusion du symptôme « atypique »

Le retard de diagnostic chez la femme prend souvent racine dans une sémantique trompeuse. Si la douleur thoracique irradiant dans le bras gauche est le signe « classique » chez l’homme, les femmes manifestent fréquemment des signaux que la littérature médicale a longtemps qualifiés d’« atypiques ».

On parle de nausées, de vomissements, de sudation excessive, d’essoufflement ou d’une fatigue extrême et subite.

Pourtant, comme le souligne la Dre Elena Tessitore, ces signes ne sont pas des exceptions statistiques : ils sont la norme biologique féminine.

« Trop souvent, ces affections sont dites « atypiques » quand elles se déclinent au féminin, or elles sont simplement « typiques » des femmes et encore mal connues. Mais les choses changent enfin. »

Dre Elena Tessitore, responsable du pôle et médecin adjointe au Service de cardiologie des HUG.

3. Le coût mortel de la « pudeur thoracique »

Un phénomène sociétal insoupçonné aggrave drastiquement les chances de survie : la pudeur thoracique. En public, une femme victime d’un arrêt cardiaque a moins de chances de bénéficier d’un massage cardiaque par les témoins. Cette réticence naît d’une gêne ou de la peur de déshabiller une femme pour pratiquer les gestes de secours.

Ce blocage n’est pas uniquement social, il est structurel. Pendant des années, l’enseignement de la réanimation a souffert d’un véritable biais de conception : l’utilisation quasi exclusive de mannequins masculins.

Formation aux gestes de premiers secours : massage cardiaque sur un mannequin de réanimation, illustrant l’entraînement souvent basé sur des modèles masculins.
Pendant longtemps, la formation à la réanimation s’est majoritairement faite sur des mannequins “masculins”, un biais qui peut freiner la prise en charge des femmes en arrêt cardiaque.

En ne s’entraînant jamais sur une poitrine féminine, les premiers répondants se retrouvent démunis, voire paralysés, face à la réalité biologique d’une femme en détresse.

4. Un cœur plus petit, des risques plus grands : la réalité biologique

Le cœur féminin n’est pas une version réduite du cœur masculin ; c’est un organe avec sa propre dynamique. Plus petit, il bat plus vite et possède des vaisseaux plus étroits.

L’expertise médicale met aujourd’hui en lumière des disparités biologiques fondamentales :

  • La microcirculation : Chez l’homme, le cholestérol s’accumule dans les grosses artères. Chez la femme, il cible préférentiellement les petites artères coronaires.
  • Le défi du diagnostic biologique : Le dosage des troponines ultrasensibles (enzymes libérées lors d’une lésion cardiaque) est un outil clé. Or, les seuils actuels pourraient être trop élevés pour les femmes ; une valeur plus basse devrait probablement être adoptée pour ne pas passer à côté d’un infarctus débutant.
  • Facteurs hormonaux et émergents : La vie hormonale (contraception, ménopause) et les complications de grossesse, comme la pré-éclampsie ou le diabète gestationnel (qui double le risque cardiovasculaire), sont des indicateurs que le corps médical apprend enfin à intégrer.

5. Le pôle de santé cardiovasculaire des HUG : une première en Romandie

Pour corriger cet androcentrisme historique, le nouveau pôle genevois structure son action autour de trois piliers :

  1. Identification : Diagnostiquer les pathologies spécifiques comme le MINOCA (Myocardial Infarction with Non-Obstructive Coronary Arteries), un infarctus survenant sans lésion obstructive des artères, particulièrement fréquent chez les jeunes femmes.
  2. Sensibilisation : Accompagner les patientes lors des étapes hormonales critiques.
  3. Prévention et Recherche : Promouvoir un dépistage ciblé et inclure davantage de femmes dans les études cliniques.

Ce centre collabore déjà étroitement avec les pôles pionniers de Bâle, Zurich et Berne, formant un réseau national de pointe pour analyser les cas les plus complexes.

6. Conclusion : vers une médecine de précision au féminin

L’inauguration de ce pôle aux HUG n’est pas qu’une avancée hospitalière ; c’est une reconnaissance de l’altérité biologique. En adaptant les seuils de diagnostic et en formant les soignants aux spécificités de genre, la médecine genevoise s’engage à ne plus laisser la moitié de la population dans l’angle mort de la cardiologie.

Sources :
  • Les HUG créent un Pôle de santé cardiovasculaire pour la femme – https://www.hug.ch/medias/communique-presse/hug-creent-pole-sante-cardiovasculaire-pour-femme
  • Les HUG créent un Pôle de santé cardiovasculaire pour la femme (Communiqué de presse PDF, 6 mars 2026) – https://www.hug.ch/sites/interhug/files/presse/2026.03.03-cp-pole-de-sante-cardio-vasculaire-pour-la-femme-v6-sans-embargo.pdf
  • Maladies cardio-vasculaires https://www.bag.admin.ch/fr/maladies-cardio-vasculaires
  • One-Year Prospective Follow-up of Women With INOCA Following Entry Into a Multidisciplinary Women’s Heart Centre – https://onlinecjc.ca/article/S0828-282X(22)00416-0/abstract
  • ESCAPE-NET – https://www.escardio.org/communities/associations/ehra/data-science/escape-net/
  • Maladies cardiovasculaires: taux de mortalité et taux d’hospitalisation | MonAM | OFSP – https://ind.obsan.admin.ch/fr/indicator/monam/maladies-cardiovasculaires-taux-de-mortalite-et-taux-d-hospitalisation
  • Maladies cardiovasculaires | Office fédéral de la statistique (OFS) – https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/etat-sante/maladies/cardiovasculaires.html
  • Factors analysis of lower probability of receiving bystander CPR for women compared with men in out-of-hospital cardiac arrest: a cross-sectional survey – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11977940/
  • Systematic Review of Sex-specific High Sensitivity Cardiac Troponin I and T Thresholds – https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39505672/
  • Update on long-term cardiovascular risk after pre-eclampsia: a systematic review and meta-analysis – https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37974053/
  • Myocardial Infarction With Nonobstructive Coronary Arteries (MINOCA): A Consensus Document From the American Heart Association – https://www.ahajournals.org/doi/10.1161/circulationaha.117.027666
Disclaimer :

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de douleur thoracique, essoufflement soudain, malaise, nausées inhabituelles ou symptômes inquiétants, appelez immédiatement le 144 (Suisse) ou contactez un service d’urgence. Si vous avez un doute, ne tardez pas à consulter un·e professionnel·le de santé.

En cas de doute ou de situation préoccupante, retrouvez aussi nos ressources d’urgence en Suisse romande.

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Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.


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