Lise Girardin, première femme maire de Suisse : portrait d’une pionnière genevoise

Portrait en noir et blanc de Lise Girardin assise à son bureau, entourée de dossiers et de documents, dans un bureau lumineux avec une fenêtre en arrière-plan. Portrait en noir et blanc de Lise Girardin assise à son bureau, entourée de dossiers et de documents, dans un bureau lumineux avec une fenêtre en arrière-plan.
EN BREF
  • Lise Girardin est née à Genève le 15 février 1921.
  • Elle est femme de lettres et enseignante de formation.
  • Elle accède à la fonction de maire de Genève pour la première fois le 1er juin 1968.
  • Elle est la première femme à siéger au Conseil des États en 1971.

Le 1er juin 1968, alors que la jeunesse européenne s’enflamme sous les pavés de la révolte, la cité de Calvin connaît sa propre secousse, plus feutrée mais tout aussi historique. Pour la première fois dans l’histoire de la Suisse, une femme accède à la fonction de maire.

Lise Girardin, silhouette élégante et regard déterminé, franchit le seuil de l’Hôtel de Ville de Genève non pas comme une simple visiteuse, mais comme le premier magistrat de la cité.

Ce moment ne marque pas seulement le début d’une carrière d’exception ; il symbolise l’ouverture d’une porte que beaucoup croyaient à jamais verrouillée pour les citoyennes helvétiques.

Qui était Lise Girardin ?

Née Lise Baud le 15 février 1921 à Genève, elle est la figure de proue d’une transition politique majeure pour la Suisse du XXe siècle. Femme de lettres et enseignante de formation, elle a su naviguer avec une aisance rare entre les salles de classe universitaires, les prétoires et les plus hautes instances législatives du pays.

Sa période d’activité politique intense s’étend du début des années 1960 jusqu’au début des années 1990. Pionnière infatigable, elle a cumulé des titres qui, à l’époque, semblaient relever de l’impossibilité légale : membre du premier groupe de femmes élues au Grand Conseil genevois en 1961, première femme maire d’une grande ville suisse en 1968, et enfin, première femme à siéger au Conseil des États à Berne en 1971.

Selon de nombreux chercheurs actuels, son parcours a contribué à redéfinir la place des femmes dans la démocratie directe helvétique.

Origines et formation

Enfance et contexte familial

L’ascension de Lise Girardin s’enracine dans un milieu intellectuel genevois propice à la rigueur et à l’analyse. Elle est la fille d’Ernest Baud, professeur de mathématiques, et d’Alice Béranger. Ce milieu familial, où les sciences et la pédagogie occupent une place centrale, forge chez la jeune Lise une discipline d’esprit qui sera sa marque de fabrique en politique.

Elle épousera Pierre Girardin, lui aussi professeur de mathématiques, avec qui elle aura un enfant.

Études et formation intellectuelle

Lise Girardin effectue ses études supérieures à l’Université de Genève, où elle obtient une licence ès lettres en 1943. Elle commence sa carrière comme enseignante de français, notamment au séminaire de français moderne de l’Université de Genève ainsi qu’auprès d’étudiants étrangers.

Cette formation littéraire lui confère une maîtrise de la rhétorique et une capacité d’écoute qu’elle mettra au service de ses futurs mandats publics.

Débuts et ascension politique

Premiers engagements politiques

Sa carrière publique débute véritablement en 1959. Tandis que les hommes suisses rejettent massivement le suffrage féminin fédéral le 1er février, Genève commence à ouvrir des brèches locales. Cette même année, Lise Girardin est élue juge assesseure suppléante au Tribunal de police de Genève.

C’est son premier contact formel avec les institutions de l’État, une expérience qui lui permet d’observer les rouages de la justice et de l’administration.

Entrée dans les institutions genevoises

En 1960, le canton de Genève accorde enfin le droit de vote et d’éligibilité aux femmes au niveau cantonal. Lise Girardin saisit cette opportunité historique.

Sous l’égide du Parti radical-démocratique (PRD), elle fait partie du premier groupe de femmes élues au Grand Conseil genevois en novembre 1961, marquant l’accès inédit des citoyennes à l’éligibilité dans le canton.

Elle y siègera jusqu’en 1973, se distinguant par son travail sur la démocratisation des études et la formation professionnelle.

Mandats et fonctions politiques majeures

Fonctions au niveau cantonal et municipal (Genève)

Le parcours de Lise Girardin à Genève est celui d’une conquête méthodique de l’exécutif. En 1967, elle est la première femme élue au Conseil administratif de la ville de Genève, où elle est responsable du Département de la culture et des beaux-arts jusqu’en 1979.

C’est dans ce cadre qu’elle accède à la fonction de maire de Genève en 1968, 1972 et 1975.

Rôle au niveau fédéral

L’acceptation du suffrage féminin fédéral le 7 février 1971 change la donne nationale. Lors des élections d’octobre 1971, dix femmes sont élues au Conseil national, rejointes rapidement par une onzième.

Parallèlement, Lise Girardin réalise l’exploit d’être la seule femme élue au Conseil des États. Elle y siège de 1971 à 1975, représentant le canton de Genève au sein d’une assemblée composée d’une quarantaine d’hommes.

Responsabilités clés et commissions

De 1984 à 1991, Lise Girardin préside la Commission fédérale des étrangers. À ce poste, elle se fait l’avocate d’une intégration plus humaine et d’un assouplissement de la procédure de naturalisation, notamment pour les immigrés de la deuxième génération.

Engagements politiques et positions défendues

Thématiques prioritaires

Lise Girardin a toujours ancré son action dans les besoins concrets de la cité. Lors de son accession à la mairie, elle définit ses priorités dans un entretien à la revue Femmes suisses en 1968 : la crise du logement et les questions sociales concernant les enfants et les personnes âgées.

Sur le plan fédéral, elle s’est mobilisée pour la décriminalisation de l’avortement, les réformes de l’adoption et de la filiation, ainsi que pour l’égalité entre hommes et femmes.

La « révolution tranquille »

Son style politique est indissociable de l’expression « révolution tranquille ». Dans un entretien télévisé en 1970, elle explique préférer « faire son avenir jour après jour » plutôt qu’adopter une posture radicale.

Sans se revendiquer du féminisme militant, elle incarnait une efficacité pragmatique visant à démontrer la capacité des femmes par l’action institutionnelle.

Actions marquantes et contributions notables

AnnéeÉvénement / Impact
1961Élue au Grand Conseil genevois (parmi les premières femmes).
1968Première femme maire de Suisse (Genève).
1971Première femme élue au Conseil des États à Berne.
1971Entre au conseil d’administration de la Société de banque suisse (SBS).
1984-91Présidente de la Commission fédérale des étrangers.
1985Vote populaire acceptant le nouveau droit matrimonial.
1988Entrée en vigueur de l’égalité juridique dans le mariage.
2010Décès à Genève à l’âge de 89 ans (16 octobre).

Engagement pour l’égalité juridique

Lise Girardin s’est activement engagée pour la modernisation du Code civil. Elle a soutenu la réforme du droit matrimonial, acceptée par le peuple en 1985 et entrée en vigueur en 1988, qui a aboli l’autorité légale du mari sur son épouse et instauré une véritable égalité financière au sein du couple.

Analyses et controverses : l’affaire de la SBS

Le parcours de Lise Girardin a connu des résistances révélatrices de son époque. En 1971, elle accepte un siège au conseil d’administration de la Société de banque suisse (SBS). Cette incursion dans la haute finance lui est vivement reprochée par ses collègues, principalement masculins.

Selon l’historienne Marie-Claude Martin, ce mandat a pu contribuer à son éviction lors de l’élection de la première conseillère fédérale en 1984 au profit d’Elisabeth Kopp.

L’analyse historique suggère aujourd’hui que cette critique était notablement genrée, car ses homologues masculins cumulaient souvent des mandats privés sans subir de tels reproches de conflits d’intérêts.

Fin de carrière et héritage

Derniers combats

Après son retrait du Parlement fédéral, Lise Girardin reste active. En 1992, elle s’engage en faveur de l’entrée de la Suisse dans l’Espace économique européen (EEE). Elle a également soutenu publiquement le développement du congé maternité jusqu’à son acceptation en 2004.

Hommages et mémoire

Lise Girardin s’éteint le 16 octobre 2010 à Genève. Lors des hommages qui ont suivi, une citation lui a été attribuée pour résumer son parcours de pionnière :

« J’ai le sentiment d’avoir passé ma vie à ouvrir des portes, à les passer, à essayer d’aller plus loin ».

Sa mémoire est aujourd’hui officiellement honorée :

  • La Place Lise-Girardin : En 2020, la Ville de Genève a renommé l’ancienne Place des Vingt-Deux-Cantons en son honneur, selon les registres de la base toponymique officielle du canton.
  • Le pupitre gravé : Depuis mars 2019, son nom est gravé sur le pupitre qu’elle occupait au Grand Conseil genevois, un hommage documenté par le projet 100 Elles* et le Parlement suisse.

Conclusion : Une figure fondatrice

Bien que Lise Girardin n’ait pas été la seule actrice du mouvement pour les droits des femmes, elle en a été l’éclaireuse institutionnelle. Selon les analyses contemporaines d’historiennes et de chercheurs, elle est aujourd’hui considérée comme une figure fondatrice de l’inclusion moderne et une pionnière de la parité en Suisse.

En ouvrant les portes des exécutifs et de la chambre haute, elle a transformé une exclusion séculaire en une participation respectée. Son audace sereine demeure une boussole pour les femmes qui continuent d’arpenter les chemins de l’égalité qu’elle a contribué à tracer.

Sources :
  • https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/006323/2024-03-21/
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Lise_Girardin
  • https://100elles.ch/biographies/lise-girardin/
  • https://www.avenir-suisse.ch/fr/lise-girardin-1921-2010/
  • https://noms-geographiques.app.ge.ch/voie/geneve/place-lise-girardin
Maeva Lasmar Profile Picture

Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.


Votre opinion compte
Le sujet est important.
1 évaluations
100% 0%
L'article est informatif.
1 évaluations
100% 0%
L'article est objectif.
1 évaluations
100% 0%