L’art au féminin prend racine à Lausanne : le MAF, un musée qui propulse les artistes femmes

Autoportrait photographique d’Audrey Piguet montrant un buste féminin nu, la poitrine entrouverte révélant des fleurs et des feuilles, sur fond sombre. Autoportrait photographique d’Audrey Piguet montrant un buste féminin nu, la poitrine entrouverte révélant des fleurs et des feuilles, sur fond sombre.

Lausanne devient le berceau d’une initiative aussi audacieuse que nécessaire : le Musée Artistes Femmes (MAF).

Première institution du genre en Suisse, ce musée ne se contente pas d’exposer des œuvres réalisées par des femmes. Il repense en profondeur la place des artistes féminines dans l’écosystème culturel, en les accompagnant, en les soutenant et en les propulsant.

Car le constat est sans appel. En Suisse, selon les données relayées par la RTS, seules 26 % des expositions individuelles sont consacrées à des femmes. Derrière ce chiffre se cache une sous-représentation historique et structurelle, qui prive le public de voix essentielles et freine l’émergence de talents pourtant bien présents. Le MAF est né pour répondre concrètement à cette injustice persistante.

Un projet porté par une vision engagée

À l’origine du Musée Artistes Femmes, une femme au parcours inspirant : la Dre Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art et en Philosophie. Dès 2020, elle fonde l’association Espace Artistes Femmes, posant les bases d’un projet pensé sur le temps long. Son ambition : créer une institution capable de corriger les déséquilibres du monde de l’art en agissant à la fois sur la visibilité, la formation et la reconnaissance des artistes femmes.

Portrait en noir et blanc de Marie Bagi, historienne de l’art et fondatrice du Musée Artistes Femmes à Lausanne.
Marie Bagi, historienne de l’art et directrice du Musée Artistes Femmes (MAF)

Pour Marie Bagi, l’art est intimement lié à l’expérience de vie. Ce rapport à l’intime, qu’elle a exploré dans ses recherches universitaires, devient aujourd’hui le fil conducteur de la ligne curatoriale du MAF. Une vision où la création artistique n’est jamais détachée du vécu, mais s’en nourrit pour faire émerger des récits sensibles, puissants et universels.

Plus qu’un musée, un véritable incubateur de talents

Réduire le MAF à un simple lieu d’exposition serait une erreur. Situé à Lausanne, le musée se définit avant tout comme un écosystème vivant, pensé pour accompagner les artistes à chaque étape de leur parcours.

Au cœur de ce dispositif : la MAF Academy, un programme de femtorat (mentorat au féminin) unique en Suisse. Son objectif est clair : offrir aux artistes émergentes et en développement des outils concrets pour se professionnaliser, tant sur le plan artistique qu’entrepreneurial.

Plusieurs niveaux d’accompagnement sont proposés afin de répondre aux réalités multiples des créatrices :

  • un accès au femtorat, aux appels à projets et aux événements collectifs pour les artistes émergentes,
  • un coaching stratégique et une visibilité renforcée pour les artistes affirmées,
  • une formule solidaire à prix libre, pensée pour les artistes en situation de précarité,
  • et le cercle des « Visages du Musée », composé d’artistes confirmées, parmi lesquelles Audrey Piguet jouant un rôle de références, d’ambassadrices et de guides.
Trois artistes femmes, Visages du Musée Artistes Femmes : Sophie Bosselut, Daniela Markovic et Hélia Aluai, photographiées en portrait.
Sophie Bosselut, Daniela Markovic et Hélia Aluai : trois artistes, trois regards, parmi les Visages du Musée Artistes Femmes.

Le MAF agit ainsi comme un accélérateur de carrière, là où tant d’institutions attendent la reconnaissance du marché avant de soutenir.

Une histoire de femmes restées dans l’ombre

L’engagement du musée puise aussi sa force dans une histoire profondément symbolique : celle de Rose-Marie Berger (1922–2019).

Rose-Marie Berger
Rose-Marie Berger

Artiste peintre talentueuse, elle a choisi de mettre sa carrière en retrait pour soutenir celles et ceux qui l’entouraient, devenant le pilier invisible des réussites de son mari et de son fils, tous deux figures reconnues du monde de l’art.

Pour lui rendre hommage et à travers elle, à toutes les artistes dont le talent est resté dans l’ombre, le MAF a nommé l’un de ses espaces d’exposition la Salle Berger. Dédiée à des projets courts, elle complète la Salle Louve, réservée aux expositions de plus longue durée. Un geste fort, qui transforme une trajectoire personnelle en manifeste collectif.

Une ligne curatoriale centrée sur l’intime

Inspirée par des figures majeures comme Louise Bourgeois, la philosophie du MAF explore les liens entre création artistique et expériences intimes : la mémoire, le corps, la filiation, les récits familiaux, les frontières entre sphère privée et enjeux publics.

Cette approche permet de faire émerger des œuvres ancrées dans le réel, capables de toucher le public tout en questionnant la société. L’intime devient ici un langage universel, un outil de lecture du monde.

Soutenir les artistes dès leurs débuts

Autre engagement fort et encore rare du Musée Artistes Femmes : sa politique d’acquisition. Le MAF s’engage à acheter des œuvres d’artistes femmes émergentes afin de constituer une collection permanente.

Un choix fort, presque militant, qui reconnaît la valeur du travail artistique avant même sa validation par le marché. Pour une créatrice, une acquisition institutionnelle peut transformer durablement une trajectoire professionnelle.

À travers ce geste, le MAF ne se contente pas de conserver l’art : il participe activement à l’écriture de l’histoire de l’art de demain.

Une ouverture attendue en 2026

Si le projet du Musée Artistes Femmes s’est déployé dès 2025, son ouverture officielle est prévue en 2026, avec une exposition inaugurale très attendue.

Cette première présentation, intitulée Cellules : dialogues entre matières, formes et récits intimes, réunira les douze artistes « Visages » du musée.

Le MAF est un peu comme un jardin de verre au cœur de la ville : un lieu protecteur où les talents longtemps restés dans l’ombre peuvent enfin capter la lumière. Plus qu’un musée, c’est un acte culturel et profondément humain. Et une promesse : celle d’un paysage artistique plus juste, plus riche et résolument au féminin.

Sources :
  • https://www.espaceartistesfemmes.ch
  • https://www.le-maf.ch
  • https://elle.ch/146961/culture/a-lausanne-le-premier-musee-suisse-exclusivement-dedie-aux-artistes-feminines-va-voir-le-jour
  • https://www.rts.ch/info/suisse/10488606-peu-dartistes-femmes-sont-exposees-dans-les-musees-en-suisse.html
Maeva Lasmar Profile Picture

Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.