- Le film est centré sur le combat pour le suffrage féminin en Suisse.
- Le film est situé dans un village suisse des années 1970.
- Le film est présenté comme une œuvre mélangeant drame historique et comédie humaine.
- Le film est associé à la réalisatrice Petra Volpe.
Il est des silences qui, par leur durée, finissent par devenir assourdissants. Pour la réalisatrice Petra Volpe, l’accession tardive des femmes au suffrage fédéral en Suisse constitue un « chapitre très honteux » de l’histoire nationale, trop souvent « glissé sous le tapis » de la mémoire collective.
En 2017, elle a choisi de briser cette pudeur avec une œuvre à la fois lumineuse et percutante : L’Ordre divin (Die göttliche Ordnung). Ce film ne se contente pas de retracer une lutte politique ; il explore la transformation intime de femmes ordinaires qui ont osé défier l’immobilisme pour conquérir leur place de citoyennes.
Présentation du film L’Ordre Divin
L’Ordre divin s’impose comme une œuvre charnière du cinéma helvétique contemporain, réussissant le pari de marier la rigueur du drame historique à la chaleur d’une comédie humaine universelle.
À travers le récit de Nora, une mère de famille dont le quotidien semble immuable, le film nous transporte dans un village où le temps paraît suspendu alors que le monde extérieur est en pleine ébullition.
Fiche d’identité
- Titre original : Die göttliche Ordnung
- Année de sortie : 2017
- Réalisation : Petra Volpe
- Pays : Suisse
Contexte historique : le droit de vote des femmes en Suisse
Le film s’appuie sur une réalité historique qui frappe par son caractère anachronique : la Suisse fut l’un des derniers États européens démocratiques à accorder le suffrage national aux femmes.
1971 : une date tardive et dérangeante
Alors que le monde vibrait déjà au son de la révolution sexuelle, le suffrage féminin fédéral ne fut accepté que le 7 février 1971. Ce succès faisait suite à un échec cuisant en 1959, où les électeurs masculins avaient rejeté l’objet par 66,9 % de « non ».
Une démocratie directe à double tranchant
Le paradoxe suisse réside dans son système de démocratie directe. Contrairement aux régimes représentatifs, toute modification de la Constitution exigeait la double majorité du peuple et des cantons. Les femmes devaient donc convaincre un électorat exclusivement masculin de partager son monopole du pouvoir.
Cette résistance était nourrie par un imaginaire politique puissant : le modèle du « citoyen-soldat ». Le droit de vote étant traditionnellement lié à l’obligation de servir dans l’armée, l’exclusion des femmes paraissait, pour les opposants, relever d’un « ordre divin » naturel où chaque sexe avait un rôle fixe. Pour ces cercles conservateurs, briser cet équilibre équivalait à provoquer une « apocalypse » sociale.
Synopsis sans spoiler : une émancipation collective
L’intrigue se déroule dans un village fictif d’Appenzell en 1971. Nora Ruckstuhl y mène une vie exemplaire de ménagère jusqu’au jour où son mari, Hans, lui refuse le droit de travailler, un pouvoir alors garanti par le droit matrimonial.
Le passage de l’intime au collectif
Le basculement de Nora s’accélère avec le sort de sa nièce, Hanna, envoyée en maison de correction pour sa conduite jugée « rebelle ». Bien que le personnage soit fictif, ce récit s’inspire des mesures de coercition à des fins d’assistance pratiquées à l’époque.
Nora s’allie alors avec Vroni, une ancienne restauratrice, et Theresa, sa belle-sœur, pour porter le combat sur la place publique. Ensemble, elles lancent une grève des femmes, abandonnant leurs foyers pour démontrer que la société ne peut fonctionner sans leur apport.
Bande-annonce officielle en français
La bande-annonce officielle de L’Ordre divin présente le contexte historique de la Suisse des années 1970 et le combat collectif des femmes pour l’obtention du droit de vote, à travers un récit à la fois engagé, accessible et profondément humain.
Un film féministe, mais accessible à tous
Féminisme du quotidien
Le film illustre le concept que « le privé est politique ». Les enjeux se jouent dans la cuisine et jusque dans la chambre à coucher. Une séquence clé montre les villageoises découvrant leur propre anatomie lors d’un atelier à Zurich. En explorant leur droit au plaisir, ces femmes brisent une aliénation physique qui faisait écho à leur exclusion politique.
Une œuvre pédagogique sans être moralisatrice
Grâce à un humour qui souligne l’absurdité de certaines situations, le film évite de diaboliser les hommes. Petra Volpe montre qu’ils sont, eux aussi, prisonniers de modèles de masculinité patriarcaux. Cette approche permet une identification universelle, rendant le récit touchant pour tous les publics.
Le regard de Petra Volpe : intention et engagement
Pourquoi raconter cette histoire aujourd’hui ?
Petra Volpe a effectué trois ans de recherches rigoureuses, collectant des centaines de photos privées pour garantir l’authenticité des décors. Elle souhaitait rendre hommage aux militantes pour le suffrage qui ont lutté pendant un siècle et dont l’histoire est souvent absente des programmes scolaires.
Le cinéma comme outil de courage civil
Pour la réalisatrice, le film est un appel au courage civil. Elle utilise la fiction pour rendre palpables les mécanismes de l’oppression et rappelle que la démocratie n’est pas un cadeau, mais un droit dont les citoyens doivent s’emparer activement.
Interview de Petra Volpe (RTS)
Dans cette interview accordée à la RTS, la réalisatrice Petra Volpe explique les motivations derrière L’Ordre divin, revient sur l’importance mémorielle du droit de vote des femmes en Suisse et sur le rôle du cinéma dans la transmission de l’histoire sociale.
Réception critique et impact culturel
Succès en Suisse et à l’international
Avec plus de 300 000 entrées dans les salles helvétiques, le film s’est hissé dans le Top Ten des plus grands succès du cinéma suisse des quarante dernières années.
Il a également triomphé au Festival de Tribeca à New York, remportant le Prix du public, le Prix de la meilleure actrice pour Marie Leuenberger et le Prix Nora Ephron.
Un support pour le débat public
Le film s’est inscrit dans un contexte de débats renouvelés sur l’égalité. Il est aujourd’hui largement utilisé comme support pédagogique en Suisse, notamment en Romandie où des projections ont réuni des centaines d’adolescents pour discuter de citoyenneté et de respect.
Pourquoi L’Ordre divin reste un film essentiel aujourd’hui
Le film rappelle que les droits ne sont jamais définitivement acquis. Il évoque en filigrane le cas du demi-canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, le dernier à avoir instauré le suffrage féminin cantonal en 1990.
Ce changement ne fut pas le fruit d’un vote local, mais d’une décision historique du Tribunal fédéral (arrêt ATF 116 Ia 359), imposant le respect du principe d’égalité.
Conclusion : un film nécessaire, hier comme aujourd’hui
L’Ordre divin parvient à transformer une page d’histoire ardue en un récit vibrant d’humanité. En distinguant les faits institutionnels des ressentis personnels, Petra Volpe offre une œuvre équilibrée qui invite à la réflexion sur nos mécanismes démocratiques.
Ce film nous rappelle que chaque voix peut déclencher un changement irréversible. Une invitation, hier comme aujourd’hui, à rester des citoyennes engagées et attentives.
Sources :
- https://en.wikipedia.org/wiki/Women’s_suffrage_in_Switzerland
- https://www.ebsco.com/research-starters/history/swiss-women-gain-right-vote
- https://www.swissfilms.ch/de/movie/die-goettliche-ordnung/2b0274a088f64349b573ffc130d087b7
- https://en.wikipedia.org/wiki/The_Divine_Order