L’Alliance de sociétés féminines suisses (ASF) est une organisation faîtière fondée en 1900 en Suisse, regroupant différentes associations féminines engagées pour la défense des droits des femmes, l’égalité juridique et la participation civique.
Qu’est-ce que l’ASF ?
L’Alliance de sociétés féminines suisses, qui mène aujourd’hui son action politique sous la marque alliance F, constitue l’un des plus anciens et aujourd’hui l’un des principaux faîtiers nationaux dédiés à la défense des intérêts féminins auprès de la Confédération.
Depuis plus d’un siècle, sa mission fondamentale est de fédérer une nébuleuse d’associations locales et thématiques pour leur offrir une voix cohérente dans le débat public helvétique. Elle agit comme un intermédiaire stratégique entre la société civile organisée et les instances législatives fédérales à Berne.
Organisation faîtière : définition
En tant que structure faîtière, l’ASF ne cherche pas à effacer l’autonomie de ses membres, mais à « serrer les rangs » pour porter des revendications communes face aux autorités. Elle fonctionne selon un modèle délibératif que les historiens et les contemporains ont fréquemment comparé, par métaphore, à un « parlement de femmes ».
Ce cadre permet aux déléguées de diverses sensibilités de débattre pour dégager des consensus nationaux sur des dossiers législatifs complexes, tels que le droit matrimonial ou les assurances sociales. Aujourd’hui, l’Alliance s’appuie sur l’adhésion de plus d’une centaine d’organisations membres et de plusieurs centaines de membres individuels.
Année de fondation
L’organisation a été officiellement constituée le 26 mai 1900 à Berne. Cette naissance est l’aboutissement d’une dynamique lancée lors du premier Congrès suisse des intérêts féminins à Genève en 1896, qui avait révélé la nécessité d’une structure permanente pour influencer l’élaboration du droit civil fédéral.
Siège et structure
Bien que son secrétariat politique soit historiquement ancré à Berne pour garantir une proximité avec le Palais fédéral, l’organisation franchit une étape majeure en déplaçant son secrétariat à Worblaufen, près de Berne, en 1986. À partir de cette date, ses archives historiques sont progressivement déposées auprès de la Fondation Gosteli, également située à Worblaufen, qui devient le principal centre d’archives consacré à l’histoire du mouvement des femmes en Suisse. Sur le plan de l’image, le changement de nom en alliance F, décidé en 1999, marque une volonté de modernisation de sa communication auprès des élu·e·s et du grand public.
Contexte historique : le mouvement féministe suisse au XIXe–XXe siècle
Situation juridique des femmes en Suisse avant 1971
L’histoire juridique des Suissesses est marquée par une émancipation graduelle au sein d’une structure légale longtemps patriarcale. Si la tutelle fédérale sur les femmes majeures célibataires ou veuves a été abolie au début des années 1880 par la loi de 1881 sur la capacité civile (entrée en vigueur en 1882), la situation de la femme mariée est restée inégale pendant des décennies. Le Code civil de 1912 a maintenu la prééminence du mari en tant que « chef de l’union conjugale », limitant l’autonomie de l’épouse dans la gestion des biens du ménage et le choix du domicile.
Associations féminines préexistantes
L’ASF s’est construite sur un terreau associatif riche, issu des groupements locaux du XIXe siècle s’occupant d’éducation et d’assistance. Des pionnières comme Marie Goegg-Pouchoulin avaient déjà posé les jalons d’un militantisme politique avec l’Association internationale des femmes en 1868. L’ASF est souvent décrite par les historien·ne·s comme ancrée dans le féminisme libéral de la bourgeoisie protestante à ses débuts, une identité qui l’a parfois distinguée des mouvements ouvriers plus radicaux comme la Fédération suisse des ouvrières (FSO), plus nettement ancrée dans le mouvement ouvrier et critique envers l’orientation bourgeoise du BSF/ASF.
Environnement politique fédéral
Le système de démocratie directe suisse a exercé une influence complexe sur l’évolution des droits. Selon plusieurs analyses d’historien·ne·s, le mécanisme du référendum a pu fonctionner comme un frein à l’émancipation politique. Sans droit de vote, les femmes ne pouvaient pas utiliser ce levier de pression contre les lois discriminatoires, tandis que chaque avancée dépendait d’un corps électoral exclusivement masculin. L’échec de la votation de 1959, rejetée à 66,9 %, illustre la résistance structurelle rencontrée par le mouvement.
Rôle de l’ASF dans le droit de vote des femmes
Campagnes et plaidoyer
L’ASF a privilégié une stratégie de long terme basée sur la diplomatie parlementaire et les pétitions. En 1929, elle a apporté une participation importante à la pétition nationale pour le suffrage, qui a recueilli le nombre record de 249 237 signatures. Bien que resté sans réponse immédiate, ce geste visait à démontrer la maturité politique des citoyennes. L’organisation a aussi utilisé des plateformes comme les expositions SAFFA (1928 et 1958) pour prouver la valeur sociale et économique du travail féminin auprès de l’opinion publique.
Coordination nationale
Bien que l’Association suisse pour le suffrage féminin (ASSF), fondée en 1909, ait été le fer de lance spécifique de ce combat, l’ASF a servi de plateforme de coordination nationale majeure. Elle a su lier la revendication politique à des enjeux de protection sociale (AVS, maternité), arguant que les femmes devaient participer aux décisions sur les lois régissant leur quotidien économique.
Vote fédéral de 1971
Le succès du 7 février 1971, accepté par 65,7 % des votants, a transformé la nature de l’organisation. Forte de cette légitimité nouvelle, alliance F fait désormais partie des organisations régulièrement consultées par le Conseil fédéral, parmi d’autres, sur les projets législatifs touchant à l’égalité des sexes.
Actions en faveur de l’égalité juridique
Réforme du droit matrimonial
L’un des combats les plus longs de l’ASF a porté sur l’abolition de la hiérarchie au sein du couple. Dès 1900, elle réclamait la séparation des biens dans une requête collective. Il faudra cependant attendre la réforme de 1985 (entrée en vigueur en 1988) pour que l’égalité des droits et des devoirs entre époux soit enfin inscrite dans la loi.
Accès aux études et professions
L’indépendance économique a toujours été perçue par l’ASF comme le socle de l’égalité. En 1923, elle a fondé la Centrale suisse pour les professions féminines afin de soutenir les carrières des jeunes filles et de commencer à briser ce que l’on qualifie aujourd’hui, de manière rétrospective, de « plafonds de verre ».
Égalité constitutionnelle
L’ASF a joué un rôle notable, parmi d’autres acteurs, dans le processus menant à l’inscription du principe d’égalité dans la Constitution en 1981. Elle a choisi de soutenir le contre-projet du Conseil fédéral, jugé plus pragmatique que l’initiative originale. Ce positionnement a toutefois ravivé des tensions internes : critiquant une orientation jugée trop bourgeoise et modérée, des groupes socialistes ont quitté l’ASF en 1981, marquant une rupture notable dans l’unité historique du mouvement.
Structure organisationnelle et fonctionnement
Modèle faîtier
L’organisation fonctionne comme un organe de liaison helvétique, respectant l’autonomie de ses sections tout en cherchant à influencer la législation fédérale par l’expertise technique. Elle privilégie une approche transpartisane pour traiter des dossiers tels que la fiscalité ou la prévoyance vieillesse.
Sociétés membres
De 17 associations fondatrices en 1900, l’Alliance est passée à 250 membres en 1945. En 1949, un jalon est posé avec la modification des statuts permettant d’intégrer des organisations comptant des membres masculins, ouvrant l’Alliance à une collaboration plus large pour la cause de l’égalité.
Gouvernance
Historiquement dirigée par des figures comme Helene von Mülinen ou Pauline Chaponnière-Chaix, l’organisation a modernisé sa direction au XXIe siècle. À noter que la célèbre féministe genevoise Emilie Gourd a surtout lié son action à l’ASF en tant que rédactrice en chef de la revue Le Mouvement féministe, qui servait d’organe officiel aux publications de l’Alliance.
Chronologie des étapes majeures
| Date ou période | Événement ou action majeure | Portée ou impact |
|---|---|---|
| 1896 | Congrès des intérêts féminins à Genève | Catalyseur national pour la création de l’ASF. |
| 26 mai 1900 | Fondation officielle de l’ASF à Berne | Création d’une structure de représentation fédérale. |
| 1923 | Fondation de la Centrale pour les professions | Soutien à la formation et à l’indépendance économique. |
| 1928 / 1958 | Expositions nationales SAFFA | Démonstration massive de la valeur du travail féminin. |
| 7 fév. 1971 | Obtention du droit de vote fédéral | Victoire politique majeure pour la citoyenneté des femmes. |
| 14 juin 1981 | Inscription de l’égalité (Art. 4 al. 2) | Adoption du contre-projet constitutionnel soutenu par l’ASF. |
| 1986 | Transfert du secrétariat à Worblaufen et dépôt des archives à la Fondation Gosteli | Sauvegarde et centralisation de la mémoire institutionnelle du mouvement. |
| 1999 / tournant 2000 | L’ASF est renommée « alliance F« | Modernisation de l’image et passage au lobbying d’expertes. |
| 2014 | Mise en place du co-présidat actuel | Direction paritaire Graf (États) et Bertschy (National). |
Héritage et influence contemporaine
Impact sur les politiques publiques
L’influence d’alliance F se manifeste aujourd’hui par une expertise reconnue dans les processus de consultation fédérale. L’organisation a joué un rôle actif et a soutenu, au sein de coalitions larges incluant syndicats et partis, l’obtention de l’assurance maternité (votée en 2004) ainsi que le congé paternité (voté en 2020).
Transmission institutionnelle
L’héritage archivistique de l’organisation est préservé de manière distincte par la Fondation Gosteli. Ce centre, reconnu infrastructure de recherche d’importance nationale depuis 2021, constitue un nœud majeur de la mémoire du mouvement des femmes, assurant que les luttes passées servent de base documentaire aux futures générations.
Place actuelle dans le paysage associatif suisse
Plus de 120 ans après sa création, alliance F demeure un acteur central de la coordination politique pour l’égalité en Suisse. Elle mène des projets innovants comme Helvetia ruft! pour la représentation politique ou sheknows, une base de données d’expertes. Bien que le projet de lutte contre le cyberharcèlement, Stop Hate Speech, soit désormais pérennisé sous l’égide de la Public Discourse Foundation (fondation autonome créée en 2023), alliance F en reste l’initiatrice historique. Son modèle de coordination demeure une force de proposition importante dans le fonctionnement de la démocratie helvétique contemporaine.
Sources :
- Alliance de sociétés féminines suisses (ASF) – https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/016500/2023-03-09/
- Alliance F – https://fr.alliancef.ch/
- Alliance F – https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_F
Articles d’Esprit Féminin® mentionnant l’ASF :
- https://www.espritfeminin.ch/emilie-gourd-feminisme-suisse/
- https://www.espritfeminin.ch/marthe-gosteli-feminisme-suisse/
- https://www.espritfeminin.ch/iris-von-roten-feminisme-suisse/
- https://www.espritfeminin.ch/camille-vidart-feminisme-suisse/
- https://www.espritfeminin.ch/emma-pieczynska-feminisme-suisse/
- https://www.espritfeminin.ch/helene-von-mulinen-feminisme-suisse/