Alliance internationale pour le suffrage des femmes (IWSA)

EN BREF

L’Alliance internationale pour le suffrage des femmes, ou International Woman Suffrage Alliance (IWSA), est une organisation internationale créée au début du XXe siècle pour coordonner la lutte en faveur du droit de vote des femmes. Constituée officiellement à Berlin en 1904, elle a ensuite élargi son champ d’action aux droits civiques et politiques des femmes.

Que signifie IWSA et pourquoi ce nom a-t-il changé ?

L’histoire de cette organisation est marquée par une série de transitions institutionnelles qui, selon la chronologie et les intitulés adoptés, reflètent l’élargissement progressif de son agenda diplomatique et politique.

IWSA : International Woman Suffrage Alliance

À sa naissance officielle lors de la conférence de Berlin le 3 juin 1904, l’organisation adopte le nom d’International Woman Suffrage Alliance (IWSA). À cette époque, le terme suffrage est au cœur de son identité car l’obtention du droit de vote est perçue comme l’instrument indispensable pour remédier aux injustices sociales, légales et économiques qui entravent les femmes.

Dès sa création, l’Alliance choisit le jaune (ou l’or) comme couleur emblématique, un hommage au tournesol utilisé par les suffragistes américaines depuis 1867. Cette identité visuelle est magnifiée en 1911 lors de la conférence de Stockholm par la présentation de la bannière officielle, une pièce de brocart ecclésiastique ornée d’un soleil rayonnant brodé de fils de soie et de fils métalliques d’or, d’argent et de platine.

Le changement de nom de 1926

Le tournant s’opère lors du Xe Congrès tenu à la Sorbonne, à Paris, du 30 mai au 6 juin 1926. Alors que le suffrage progresse fortement dans l’après-guerre dans de nombreux pays, l’organisation choisit de porter son action vers la « citoyenneté égale », incluant les dimensions civiles et sociales. Elle devient alors l’International Alliance of Women for Suffrage and Equal Citizenship.

Cette période correspond aussi à un renforcement des liens de l’Alliance avec la Société des Nations (SDN) et à un plaidoyer plus régulier auprès de ses instances à Genève. Des sources mentionnent des contacts plus étroits avec les instances genevoises au milieu des années 1920, notamment via des actrices associées à l’Alliance comme Émilie Gourd et via des interlocutrices au Secrétariat de la SDN, dont la princesse Gabrielle Radziwiłł (liaison officer) ; le rôle précis de chacune lors du congrès de 1926 n’est pas toujours documenté.

Le nom actuel : International Alliance of Women / AIF

En 1946, lors d’une rencontre à Interlaken, en Suisse, l’organisation simplifie son titre pour adopter celui qu’elle porte encore aujourd’hui : International Alliance of Women (IAW), ou Alliance Internationale des Femmes (AIF) en français.

Ce glissement souligne la conviction que l’accès aux droits légaux n’est qu’un socle et que les femmes doivent désormais assumer une participation active et responsable dans tous les domaines de la vie publique. Depuis 1947, l’organisation bénéficie d’un statut consultatif général auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), ce qui témoigne de son intégration institutionnelle durable.

IWSA, IAW et AIF : quelles différences ?

Ce tableau récapitule les transformations de l’organisation à travers ses appellations successives et leurs usages actuels.

Sigle / NomPériodeSignification
IWSA1904 – 1926International Woman Suffrage Alliance
IAWSEC1926 – 1946International Alliance of Women for Suffrage and Equal Citizenship
IAW1946 – PrésentInternational Alliance of Women
AIF1946 – PrésentAlliance Internationale des Femmes

Quand et dans quel contexte l’organisation a-t-elle été fondée ?

Naissance au début du XXe siècle

Bien que l’IWSA soit officiellement constituée le 3 juin 1904 à Berlin, les prémices de sa création remontent à 1902. Cette année-là, à l’initiative de suffragistes américaines (NAWSA), une réunion préliminaire se tient à Washington D.C., avec Carrie Chapman Catt parmi les dirigeantes et organisatrices.

Des déléguées de nombreux pays (souvent comptés comme une dizaine/une onzaine selon les sources), dont l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Norvège, s’y retrouvent pour poser les bases d’une structure permanente. L’Alliance naît d’une volonté de professionnaliser le mouvement mondial, avec un premier bureau exécutif élu en 1904.

Selon les actes officiels de l’époque, la composition du premier bureau exécutif de 1904 était la suivante :

Contexte international du suffragisme

L’Alliance émerge grâce à l’essor général des communications et d’une culture de l’imprimé transnationale qui permet aux suffragistes de synchroniser leurs efforts. Dans un discours prononcé en 1923, Carrie Chapman Catt décrivait cette transition comme le passage des femmes d’un état qu’elle qualifiait d’« analphabète » à celui de sexe « intelligent », capable d’exercer des professions libérales et d’écrire dans les journaux.

L’organisation s’inspire également des grandes révolutions mondiales pour souligner la contradiction entre la puissance croissante des nations et le déni de droits politiques à la moitié de leur population.

Besoin de coordination transnationale

Selon plusieurs analyses, la création de l’IWSA résulte d’une frustration face à la prudence du Conseil international des femmes (ICW), fondé en 1888. L’ICW hésitait à revendiquer trop vigoureusement le droit de vote pour maintenir sa coalition.

Les militantes plus progressistes ont donc ressenti la nécessité d’un organisme spécialisé, dédié exclusivement à la conquête du suffrage. L’IWSA est ainsi devenue le bureau central d’information du mouvement, collectant des données précises pour armer les sections nationales dans leurs plaidoyers.

Quel rôle l’IWSA a-t-elle joué dans le suffrage féminin international ?

Coordination entre mouvements nationaux

L’Alliance a agi comme le tissu conjonctif du féminisme mondial. Elle a permis de briser l’isolement des militantes en organisant des congrès réguliers, Copenhague (1906), Amsterdam (1908), Stockholm (1911) ou Budapest (1913) où les stratégies étaient partagées. En 1913, le congrès de Budapest attire environ 2 800 à 3 000 participants et délégués internationaux, marquant un sommet de mobilisation pour l’époque.

Ces événements ont contribué à modifier les stéréotypes sur les défenseurs des droits des femmes en montrant une organisation rigoureuse et déterminée.

Plaidoyer international et circulation des idées

Le lancement en 1906 du journal officiel de l’Alliance, Jus Suffragii (Le droit de suffrage), a été un outil de communication fondamental. Publié mensuellement en anglais à Londres et en français à Genève, il diffusait les progrès législatifs et coordonnait les revendications sur des sujets sociaux tels que l’éducation, les conditions de travail ou l’abolition de ce qui était alors nommé la « traite des blanches ».

Pendant la Première Guerre mondiale, sous la direction de Mary Sheepshanks, le journal a maintenu un lien ténu entre les militantes des pays ennemis en s’appuyant sur les réseaux des États neutres, comme la Suisse ou les Pays-Bas, préservant ainsi l’idéal internationaliste.

Influence sur la reconnaissance politique des femmes

L’IWSA a exercé une pression constante sur les gouvernements. En juillet 1914, elle remet un manifeste international aux ambassades de Londres, appelant les gouvernements à « ne laisser inexplorée aucune méthode de conciliation ou d’arbitrage » pour éviter le conflit. Son plaidoyer a également contribué à l’intégration des femmes dans la diplomatie internationale naissante.

L’Alliance s’est notamment appuyée sur l’Article 7 du Pacte de la SDN, qui ouvrait tous les postes de l’institution aux femmes. Au milieu des années 1920, son activité auprès de la SDN a porté sur des thèmes tels que la nationalité des femmes mariées et le droit au travail.

Que devient l’IWSA aujourd’hui sous le nom d’AIF ?

Continuité institutionnelle

L’organisation est aujourd’hui une organisation non gouvernementale (ONG) internationale dynamique qui représente, selon les pages du site de l’organisation, entre 41 et 44 organisations membres actives à travers le globe. Bien que son action soit mondiale, son siège administratif officiel actuel est en Suisse.

Elle maintient un réseau de représentantes permanentes dans les grands pôles diplomatiques mondiaux pour porter la voix des femmes auprès des Nations Unies.

Extension du périmètre au-delà du seul droit de vote

L’AIF a considérablement diversifié ses missions pour répondre aux crises mondiales actuelles. Son Programme d’Action 2025-2028, adopté lors de son XLème Congrès en novembre 2025, définit huit objectifs stratégiques prioritaires :

  1. Droits humains : Soutenir l’application universelle de la CEDAW et des initiatives comme « Cities for CEDAW » au niveau local.
  2. Paix : Défendre le droit humain à la paix et plaider pour l’interdiction des systèmes d’armes létaux autonomes (LAWS).
  3. Violence : Lutter contre la cyberviolence et obtenir la reconnaissance légale du féminicide.
  4. Démocratie : Promouvoir une démocratie de parité par l’usage de quotas électoraux.
  5. Climat : Intégrer les droits des femmes dans les politiques environnementales, en protégeant particulièrement les productrices alimentaires.
  6. Santé : Soutenir la recherche sur la médecine de genre (ménopause, endométriose) et défendre les droits reproductifs.
  7. Économie : Promouvoir une « économie du soin » (caring economy) valorisant le travail non rémunéré.
  8. Numérique : Lutter contre les biais sexistes dans l’intelligence artificielle et assurer la sécurité en ligne.

Positionnement contemporain sur les droits des femmes

L’Alliance se présente aujourd’hui comme une organisation défendant un féminisme inclusif, progressiste et adoptant une approche intersectionnelle dans la défense des droits humains. Elle collabore étroitement avec les instances de l’ONU, participant activement aux sessions annuelles de la Commission de la condition de la femme (CSW) à New York.

Pourquoi cette organisation reste importante dans l’histoire des droits des femmes ?

Importance historique et institutionnelle

L’IWSA a été l’une des instances majeures ayant contribué à institutionnaliser la lutte mondiale pour les droits politiques des femmes. Son action a été une contribution notable lors de la création de l’ONU en 1945. À San Francisco, des déléguées latino-américaines liées à l’Alliance ou à ses idéaux, telles que la Brésilienne Bertha Lutz (élue au bureau de l’IAW en 1946) et la Dominicaine Minerva Bernardino, ont mené un plaidoyer vigoureux pour que l’expression « l’égalité de droits des hommes et des femmes » soit inscrite dans le préambule de la Charte des Nations Unies.

Ce groupe de déléguées a également contribué au processus menant à la fondation de la Commission de la condition de la femme (CSW) de l’ONU en 1946.

Importance mémorielle

L’histoire de l’Alliance est méticuleusement préservée dans les archives les plus prestigieuses du monde, constituant une source inestimable pour les chercheurs. Les fonds primaires sont conservés à la Women’s Library de la London School of Economics (LSE) sous la référence 2IAW.

Ces documents retracent l’évolution des réseaux féministes transnationaux du XIXe siècle à nos jours. De plus, l’existence de fonds documentant les activités mondiales de l’organisation est signalée dans la Sophia Smith Collection au Smith College.

Intérêt pour chercheurs, étudiants et médias

Pour les chercheurs, l’AIF représente un modèle d’endurance institutionnelle face aux bouleversements géopolitiques. Son parcours illustre comment une organisation peut passer d’une préoccupation unique (le vote) à un cadre complet de défense des droits humains. Pour le public francophone, elle incarne le rôle historique de Genève comme centre de la diplomatie féministe internationale.

L’ancrage administratif actuel à Cointrin s’inscrit dans cette continuité institutionnelle genevoise, ville qui accueille des activités de l’organisation depuis les travaux auprès de la SDN. La publication historique de ses organes officiels en langue française souligne l’importance durable de cet héritage linguistique pour le mouvement.

Conclusion

L’Alliance internationale pour le suffrage des femmes n’est pas seulement le vestige d’une époque révolue où l’on défilait en jaune pour réclamer un bulletin de vote. Elle a contribué à bâtir l’architecture internationale actuelle des droits des femmes. Bien que le suffrage féminin fédéral en Suisse ne date que de 1971, Genève a servi de point de rencontre pour ce mouvement mondial dès les premières décennies du XXe siècle, facilitant la synchronisation des efforts transnationaux.

De sa fondation à Berlin en 1904 à son siège actuel à Cointrin, l’Alliance a su traverser les crises du siècle sans jamais renier son slogan « Droits égaux — Responsabilités égales », qui demeure une boussole essentielle pour les générations actuelles engagées dans la quête de justice et d’égalité.

Sources :
  • Alliance internationale des femmes — https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_internationale_des_femmes
  • Alliance internationale des femmes | Concernant AIF — https://womenalliance.org/fr/concernant-aif/
  • L’importance du réseau — https://catima.unil.ch/fs-ds/fr/art-the/47180-l-importance-du-rese
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