Conseil international des femmes (CIF / ICW)

EN BREF

Le Conseil international des femmes (CIF), ou International Council of Women (ICW), est une organisation non gouvernementale internationale fondée en 1888 pour faire progresser les droits, la représentation et l’autonomisation des femmes dans le monde. Présenté par son site officiel comme la première organisation féminine véritablement mondiale, le CIF rassemble des conseils nationaux de femmes et soutient, à l’échelle internationale, des actions en faveur de l’égalité, de la dignité et de la participation des femmes à la vie publique.

Origine et création du CIF / ICW

Fondation en 1888

L’acte de naissance de cette institution remonte à une série d’échanges transnationaux initiés au début des années 1880. Lors d’un séjour en Europe en 1882, la réformatrice américaine Elizabeth Cady Stanton a posé les jalons d’un dialogue avec des militantes britanniques et françaises. Sa consœur Susan B. Anthony l’a rejointe dans cette démarche en 1883. C’est lors d’une réception organisée en leur honneur à Liverpool, la même année, qu’un comité de correspondance internationale a été instauré pour jeter les bases d’une alliance unissant les voix féminines par-delà les frontières nationales.

Ce projet ambitieux s’est concrétisé cinq ans plus tard sous l’égide de la National Woman Suffrage Association (NWSA). Le congrès fondateur s’est tenu à Washington, D.C., du 25 mars au 1er avril 1888. Cette période a été choisie pour célébrer le quarantième anniversaire de la convention de Seneca Falls de 1848, acte fondateur du mouvement pour les droits des femmes aux États-Unis.

Ce rassemblement historique a réuni 80 conférencières et 49 déléguées représentant 53 organisations de femmes issues de neuf entités géographiques : le Canada, les États-Unis, l’Angleterre, l’Irlande, l’Inde, la Finlande, le Danemark, la France et la Norvège. La gestion logistique complexe de cet événement a été dirigée par Rachel Foster Avery, tandis que Susan B. Anthony a présidé huit des seize sessions de travail.

Contexte de la première vague féministe

Le CIF a émergé durant la seconde moitié du XIXe siècle, une époque de mutations sociales profondes marquée par l’essor des sociétés industrielles en Europe et en Amérique du Nord. Ce contexte a favorisé l’éclosion de mouvements revendiquant une amélioration du statut juridique et économique des femmes face aux discriminations présentes dans de nombreux domaines de la vie publique et privée.

Dès sa création, l’organisation a adopté un modèle de fédération pour rassembler un spectre large d’organisations féminines aux intérêts variés, incluant des syndicats, des ligues de tempérance, des groupes artistiques et des sociétés caritatives. Bien que ses fondatrices fussent des suffragistes convaincues, le CIF n’a pas initialement placé le droit de vote comme demande centrale unique de son programme officiel.

Cette approche visait à maintenir un cadre inclusif afin de ne pas exclure les membres issues de pays où le suffrage n’était pas encore un objectif politique immédiat. Cette position a toutefois provoqué une divergence idéologique en 1904, menant à une scission à Berlin et à la création de l’Alliance internationale pour le suffrage des femmes (IWSA, aujourd’hui l’AIF) par des membres souhaitant une action focalisée spécifiquement sur le droit de vote.

Les fondatrices et figures d’origine

Le leadership initial reposait sur des personnalités intellectuelles et militantes de premier plan. Outre Stanton et Anthony, May Wright Sewall a joué un rôle moteur dans la définition des principes d’unité de l’institution, prônant une solidarité humaine qui dépasse les nationalités. Frances Willard, figure emblématique des mouvements de tempérance, comptait également parmi les membres fondatrices.

L’organisation s’est distinguée précocement par une certaine diversité, accueillant dès 1888 la poétesse afro-américaine Frances Ellen Watkins Harper ainsi que l’éducatrice indienne Pandita Ramabai Sarasvati. Bien que le terme « organisation non gouvernementale » (ONG) soit une catégorie contemporaine utilisée de manière rétrospective, le CIF est décrit par ses historiens comme une institution pionnière dans la structuration de la société civile internationale.

Mission et objectifs du Conseil international des femmes

Promotion des droits des femmes

La mission première du CIF est de mobiliser la voix des femmes pour défendre leurs droits humains et leur dignité à l’échelle mondiale. L’organisation repose sur la conviction que la position d’une femme, où qu’elle soit, affecte la condition des femmes partout ailleurs. Elle œuvre pour l’autonomisation des femmes dans tous les secteurs de la vie publique : politique, économique, social et civil.

Coordination entre conseils nationaux

Le CIF fonctionne comme une organisation « faîtière » (umbrella) unissant les conseils nationaux de femmes (NCW). Sa structure repose sur la doctrine de « un pays, un conseil », garantissant qu’une seule organisation nationale, apolitique et non confessionnelle, représente les intérêts diversifiés des femmes d’un État souverain auprès de l’instance internationale.

Actuellement, le réseau regroupe environ 70 pays. Cette architecture permet de transformer les préoccupations locales en un plaidoyer international cohérent par le biais de ses commissions permanentes spécialisées.

Plaidoyer international

Depuis plus de 135 ans, le CIF agit comme un catalyseur pour le changement global en soumettant des rapports et des déclarations écrites aux grandes instances mondiales. Son action vise à faire de l’égalité des sexes une norme universelle intégrée dans les politiques globales, notamment par le suivi des Objectifs de développement durable (ODD) et de l’Agenda 2030. L’organisation mobilise l’opinion publique et participe activement aux débats sur le statut juridique des femmes.

Égalité, paix, justice sociale

Les objectifs fondamentaux incluent l’égalité des droits et des responsabilités pour les deux sexes, l’élimination de toutes les formes de discrimination et la promotion de la paix par la coopération et la négociation internationale. Le CIF prône une intégration totale des femmes comme décideuses dans les processus de maintien de la paix.

Quel est le rôle international du CIF ?

Relations avec les institutions internationales

Le CIF est historiquement ancré dans l’architecture des organisations internationales gouvernementales. Dès les débuts de la Société des Nations (SDN), l’organisation a mené un plaidoyer pour la nomination de femmes à des postes de responsabilité. En 1931, elle a participé à la création du Comité de liaison des organisations internationales de femmes pour renforcer cette influence auprès de la SDN. Durant les années 1930, des expertes liées au CIF ont contribué aux réflexions sur le statut juridique des femmes, notamment via un comité d’experts instauré en 1937.

Lors de la conférence de San Francisco en 1945, des personnalités comme la Brésilienne Bertha Lutz et la Dominicaine Minerva Bernardino ont plaidé intensément pour que l’égalité des sexes soit explicitement mentionnée dans le préambule de la Charte des Nations unies.

Statut consultatif et système des Nations unies

En 1947, le CIF est devenu l’une des premières organisations non gouvernementales à obtenir le statut consultatif général auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC). Selon les données des registres de l’ONU consultées en octobre 2025, ce statut, le plus élevé possible pour une ONG, est partagé par seulement 133 organisations sur plus de 6 600 accréditées. Il permet de proposer des points à l’ordre du jour et de soumettre des déclarations influençant les délibérations mondiales.

L’institution maintient des représentantes permanentes accréditées auprès de nombreuses agences et hubs officiels de l’ONU : UN New York, UN Genève, UN Vienne, UNESCO, UNICEF, FAO, ESCAP, UNIDO, UN-Habitat et UNECE.

Influence sur les débats relatifs aux droits des femmes

Selon ses archives officielles, le CIF a été une force motrice dans la création de la Commission de la condition de la femme (CSW) en 1946. Plusieurs de ses leaders ont contribué aux premières consultations onusiennes, et la CSW est le fruit d’une alliance historique entre femmes diplomates et organisations internationales majeures. Marie-Hélène Lefaucheux, figure éminente du CIF, a présidé cette commission en 1948.

L’organisation intervient également dans la promotion et le suivi de la CEDAW (Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes) adoptée en 1979. Aujourd’hui, l’organisation agit dans des contextes diplomatiques complexes, comme lors de la session CSW70 en mars 2026. Ce fut un événement marquant : pour la première fois en plusieurs décennies, le document final a dû faire l’objet d’un vote formel faute de consensus.

Le texte a été adopté par 37 voix contre 1 (les États-Unis) et 6 abstentions (incluant l’Égypte et l’Arabie saoudite). Dans ce cadre, le CIF a défendu le maintien des normes internationales contre les pressions politiques visant à redéfinir les acquis sur l’égalité.

Repères historiques essentiels

  • 1882-1883 : Voyages en Europe de Stanton et Anthony ; formation d’un comité de correspondance à Liverpool.
  • 1888 : Congrès fondateur à Washington, D.C., et adoption du modèle fédéral « umbrella ».
  • 1893 : Élection d‘Ishbel Hamilton-Gordon (Lady Aberdeen) à la présidence (premier mandat) ; début d’une action pour encourager la formation de conseils nationaux dans le monde.
  • 1894 : Réunion internationale à Berlin.
  • 1899 : Formation du premier comité permanent international sur la Paix et l’Arbitrage international.
  • 1901 : Création du Conseil national des femmes françaises (CNFF), affilié au CIF.
  • 1904 : Scission à Berlin avec la création de l’Alliance internationale pour le suffrage des femmes (IWSA).
  • 1925 : Création d’une coalition pour favoriser la nomination de femmes à la SDN.
  • 1931 : Formation du Comité de liaison des organisations internationales de femmes.
  • 1937 : Participation aux débats du comité d’experts de la SDN sur le statut juridique des femmes.
  • 1945 : Plaidoyer à San Francisco (Lutz, Bernardino) pour l’inclusion de l’égalité dans la Charte de l’ONU.
  • 1946 : Réunion à Philadelphie pour restaurer l’unité de l’organisation après les interruptions dues à la Seconde Guerre mondiale. À noter qu’une divergence de dates (1946 ou 1947) existe dans certaines sources concernant cette assemblée de reconstruction.
  • 1947 : Obtention du statut consultatif général auprès de l’ECOSOC.
  • 1961 : Fondation du Centre européen du Conseil international des femmes (CECIF / ECICW) à Axenstein, dans le canton de Schwyz en Suisse.
  • 1975 : Rôle actif dans la proclamation de l’Année internationale de la femme par l’ONU.
  • 1995 : Participation à la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Pékin et adoption du Programme d’action.
  • 2025 : 37e Assemblée générale à Marrakech et élection du bureau pour le triennat 2025-2028.
  • 2026 : Vote formel lors de la session CSW70 à New York.

Figures liées au Conseil international des femmes

Plusieurs femmes d’exception ont marqué l’évolution institutionnelle du CIF :

  • Susan B. Anthony & Elizabeth Cady Stanton : Initiatrices de la vision transnationale dès 1883.
  • May Wright Sewall : Fondatrice ayant défini les principes fondamentaux d’unité de l’institution.
  • Lady Aberdeen (Ishbel Hamilton-Gordon) : Présidente ayant structuré les réseaux nationaux à l’échelle planétaire lors de ses mandats discontinus (1893–1899, 1904–1920, 1922–1936).
  • Pauline Chaponnière-Chaix : Figure du mouvement féminin en Suisse, elle a assuré la présidence internationale de 1920 à 1922.
  • Marthe Boël : Présidente belge (1936-1947) ayant dirigé l’organisation durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Jeanne Eder-Schwyzer : Présidente suisse qui a dirigé l’organisation de 1947 à 1957.
  • Minerva Bernardino : Vice-présidente du CIF (1947-1957) ayant œuvré pour l’inclusion de l’égalité des droits dans la Charte de l’ONU.
  • Marie-Hélène Lefaucheux : Présidente française (1957-1963) et présidente de la CSW à l’ONU en 1948.
  • Lily Boeykens : Présidente belge ayant coordonné le centenaire de l’organisation en 1988.
  • Martine Marandel : Présidente française, élue en 2022 et dont le mandat a été renouvelé pour le triennat 2025-2028 à Marrakech.

Pourquoi le CIF / ICW reste une référence historique

Ancienneté et continuité institutionnelle

Fondé en 1888, le CIF est l’une des plus anciennes organisations internationales de femmes encore actives. Sa structure administrative lui a permis de traverser deux guerres mondiales, la Grande Dépression et de nombreuses crises géopolitiques. Bien que les conflits mondiaux aient suspendu ses congrès et désorganisé certains conseils nationaux, l’organisation a systématiquement œuvré pour recouvrer son unité dès la fin des hostilités.

Portée transnationale

L’organisation n’est pas un simple rassemblement d’individus, mais une vaste fédération présente aujourd’hui dans plusieurs dizaines de pays sur tous les continents. En structurant son action via des centres régionaux comme le CECIF pour l’Europe (basé en Suisse), l’ARCW (Africa Regional Council of Women) pour l’Afrique, l’APRC (Asia Pacific Regional Council) pour l’Asie-Pacifique ou le RCA (Regional Council of the Americas) pour les Amériques, il parvient à adapter ses thématiques mondiales aux réalités locales.

Rôle dans l’internationalisation des causes féminines

Le CIF a transformé les luttes locales pour les droits des femmes en enjeux de droit international public. Par son accès direct aux instances de l’ONU, il permet aux voix du terrain d’intervenir dans la définition des normes mondiales. Son action a été déterminante pour faire admettre que la condition des femmes doit être traitée au niveau intergouvernemental et intégrée dans tous les cadres de développement global.

Résilience et modernité au XXIe siècle

Malgré son héritage séculaire, le CIF reste à la pointe des débats contemporains grâce à ses 25 commissions permanentes qui traitent de sujets actuels comme l’impact de l’intelligence artificielle sur l’égalité, les défis climatiques ou la protection numérique des jeunes filles.

Par ses mécanismes de financement directs, tels que le Small Development Fund (SDF) et le fonds Lydie Rossini, l’institution soutient des projets concrets, comme le reboisement communautaire au Nigeria ou l’éducation des femmes sourdes au Royaume-Uni. En mobilisant de nouvelles générations de militantes, l’organisation prouve que sa structure historique demeure un levier efficace pour le progrès social au XXIe siècle.

Sources :
  • Conseil international des femmes (Wikipédia) – https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_international_des_femmes
  • International Council of Women (site officiel ICW-CIF) – https://www.icw-cif.com/
  • Historical Documents, Office of the Historian – https://history.state.gov/historicaldocuments/frus1947v01/introductory
Articles d’Esprit Féminin® mentionnant le CIF / ICW :