Longtemps perçus comme une marque d’effacement social, les fils d’argent qui s’invitent dans nos chevelures font aujourd’hui l’objet d’une véritable réappropriation. Entre injonctions esthétiques et désir profond d’authenticité, de nombreuses Romandes choisissent désormais de ne plus se cacher.
L’exposition Silver Power, qui s’est installé à Versoix, nous plonge au cœur de cette transition intime et sociétale à travers des visages qui nous ressemblent. Un rendez-vous lumineux pour interroger notre regard sur l’âge et la visibilité des femmes dans l’espace public.
Contexte de l’exposition
L’exposition photographique Silver Power – Des Romandes fières de leurs cheveux gris est l’œuvre de la photographe et vidéaste vaudoise Ghislaine Heger.
Diplômée de la HEAD à Genève, l’artiste explore depuis plusieurs années des thématiques sociales fortes à travers une veine documentaire.
Ghislaine Heger est lʹinvitée dʹAnne Laure Gannac (Podcast – RTS)
Le projet Silver Power a pris racine juste avant la pandémie de 2020, mais c’est le semi-confinement qui a servi de véritable catalyseur. En raison de la fermeture des salons de coiffure, de nombreuses femmes ont été confrontées à leurs racines naturelles, transformant une contrainte technique en une opportunité de libération.
Ce cheminement personnel, Ghislaine Heger l’a elle-même vécu à l’approche de la quarantaine, décidant alors de transformer ses propres appréhensions en un projet artistique d’envergure.
Après avoir tourné dans toute la Suisse romande, l’exposition fait halte à la Galerie du Boléro, à Versoix, du 23 janvier au 19 avril 2026.
Entrer dans l’exposition : ce que l’on voit
Cet article a été rédigé à la suite d’une visite de l’exposition à la Galerie du Boléro.
En franchissant les portes de la galerie, le visiteur est accueilli par une galerie de portraits captivants. Au total, 101 femmes originaires de tous les cantons romands ont accepté de poser devant l’objectif. Privilégiant la lumière naturelle, Ghislaine Heger a photographié ses modèles de face, dans des lieux qu’elles ont elles-mêmes choisis : un coin de nature, un intérieur familier ou un lieu qui leur ressemble.

Chaque cliché est accompagné d’un texte rédigé par la participante. Ces récits courts apportent une épaisseur humaine aux images, racontant l’instant où le premier cheveu blanc est apparu et la manière dont il a été accueilli.

On y découvre une diversité de profils allant de 30 à plus de 70 ans, révélant mille nuances d’argent, de cendré ou de blanc éclatant.
Des femmes, des récits, pas un manifeste figé
L’exposition ne se veut pas une injonction de plus ni un manifeste militant contre la teinture. Ghislaine Heger insiste sur la notion de liberté de choix : l’objectif est de permettre à chacune de disposer de sa chevelure comme elle l’entend, sans subir de pression sociale.
Qui sont les personnalités romandes présentes dans l’exposition ?
De nombreuses personnalités de Suisse romande ont prêté leur image à cette célébration du naturel : on peut notamment y voir la journaliste de la RTS Claire Burgy, marraine de l’événement, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, ainsi que la conseillère d’État vaudoise Nuria Gorrite.
Vieillir au féminin : un tabou toujours actif
L’exposition soulève des questions de fond sur le double standard esthétique qui persiste entre les genres. Si un homme aux tempes grises est souvent perçu comme « sexy » ou « mature », une femme subit encore trop souvent des commentaires désobligeants.
L’apparition du gris reste parfois, selon certains stéréotypes hérités d’un imaginaire archaïque, inconsciemment associée à une perte de fertilité et donc à une forme d’inutilité sociale. Cette pression est notamment évoquée dans plusieurs témoignages de participantes concernant le milieu professionnel.
Selon les récits recueillis, sans être un obstacle systématique, les cheveux blancs sont parfois perçus comme un marqueur d’une baisse de dynamisme, ce qui pourrait influencer le regard lors d’un entretien d’embauche.
Les témoignages montrent également que les critiques viennent parfois du cercle intime, des conjoints ou des enfants, craignant de voir leur proche « faire plus vieille ». Assumer son naturel devient alors un acte de courage personnel pour s’affranchir de ces schémas.
Pourquoi cette exposition est nécessaire aujourd’hui
Dans une société souvent saturée d’images retouchées, « Silver Power » offre un miroir bienveillant et nécessaire. En rendant visible ce qui est habituellement camouflé, l’artiste participe à une déconstruction des stéréotypes liés à l’âge (âgisme, c’est-à-dire les discriminations fondées sur l’âge) et au sexisme ordinaire.

Voir des femmes de tous âges arborer fièrement leur chevelure argentée aide à normaliser ce processus biologique naturel. C’est une invitation à se détacher du regard de l’autre pour privilégier son propre confort et son identité profonde.
Comme le souligne l’un des textes du catalogue, signé par l’essayiste Mona Chollet, il s’agit pour les femmes de pouvoir choisir en toute lucidité l’option qui leur convient le mieux.
Informations pratiques
Lieu : Galerie du Boléro, Chemin Jean-Baptiste Vandelle 8, 1290 Versoix
Dates : Du 23 janvier au 19 avril 2026
Horaires : Du mardi au dimanche, de 15h à 18h
Entrée : Libre et gratuite
Catalogue : Un ouvrage compile les 101 portraits et les textes des participantes, avec des contributions de l’essayiste Mona Chollet et du sociologue Christian Maggiori.
En nous invitant à regarder ces crinières poivre et sel sans filtres, « Silver Power » nous propose bien plus qu’une simple balade photographique : elle nous interroge sur notre propre rapport au temps qui passe.
Sources :
- https://ghislaineheger.ch
- https://tokyomoon.ch/expo-bolero/