Le 12 septembre 2026, des centaines de femmes sont attendues à Couvet, dans le Val-de-Travers, pour la première édition du Swiss Women’s Trail. Deux parcours seront proposés : 19 kilomètres avec 750 mètres de dénivelé positif et 38 kilomètres avec 1 400 mètres de D+.
Derrière cette course exclusivement féminine, l’équipe organisatrice défend une ambition plus large : créer un environnement dans lequel davantage de femmes osent découvrir le trail, progresser et, peut-être, se lancer ensuite sur de plus longues distances.
À un peu plus d’un mois du départ, Esprit Féminin® a rencontré Cornelia Forte, présidente du Swiss Women’s Trail, et Clémentine « Pippa » Ebel, membre de l’organisation et impliquée dans la conception du projet.
Au fil de l’échange, une question revient : qu’est-ce qui empêche encore certaines femmes de se sentir pleinement à leur place dans le trail ?
Le trail, ou le goût de la liberté
Avant de parler de kilomètres, de dénivelé ou de compétition, Cornelia Forte et Clémentine Ebel parlent de liberté.
Pour Pippa, qui a vécu notamment à Chamonix et en Chine, courir sur les sentiers est aussi une manière de découvrir un territoire.
« Ce n’est pas juste être en nature, c’est aussi voyager », explique-t-elle. Le trail lui a permis de rencontrer des personnes, de découvrir des cultures et d’accéder à des lieux qu’elle ne connaissait pas. Elle cite notamment le Creux-du-Van, qu’elle a découvert à travers le projet du Swiss Women’s Trail.
Cornelia Forte évoque, elle aussi, cette relation particulière à l’environnement : la montagne oblige à composer avec le terrain plutôt qu’à chercher uniquement une performance.
Son histoire avec le trail est d’ailleurs relativement récente. Après quelques années de course sur route, elle découvre la discipline en accompagnant son compagnon. La montagne, elle, faisait déjà partie de son enfance, entre randonnées et ski de fond.
Il lui faudra pourtant attendre la quarantaine pour comprendre à quel point cet univers lui correspond.
Aujourd’hui encore, elle ne se présente pas comme une athlète de haut niveau. Sa plus longue distance est de 62 kilomètres et elle rêve un jour de courir 100 kilomètres. Mais entre le travail, la famille, les enfants et le temps nécessaire à l’entraînement, elle reconnaît se poser elle-même des limites.
Cette expérience personnelle est précisément l’un des points de départ du projet.
Quand le manque de temps devient un obstacle sportif
Pourquoi les femmes sont-elles nombreuses sur des formats accessibles, puis moins présentes lorsque les distances s’allongent ?
Pour les organisatrices, la réponse ne se trouve pas uniquement dans les capacités physiques.
Cornelia Forte cite la disponibilité nécessaire pour s’entraîner, l’organisation familiale, les déplacements jusqu’en montagne, la peur d’un imprévu lorsqu’on court seule ou encore la difficulté à s’autoriser plusieurs heures consacrées à sa pratique.
« On a beaucoup de charge mentale au quotidien », résume-t-elle.
Une sortie longue ne consiste pas simplement à enfiler une paire de chaussures. Selon son lieu de vie, il faut parfois prendre la voiture, rejoindre les sentiers, courir plusieurs heures puis rentrer. Pour une personne qui doit composer avec des horaires professionnels ou familiaux, cette logistique peut suffire à repousser l’entraînement.
Pippa ajoute d’autres freins : la sécurité, notamment lorsqu’il faut courir de nuit, la peur de pousser ses limites physiques et celle de ne pas terminer une épreuve dans le temps imparti.
À cela s’ajoute une représentation du trail qui peut intimider avant même le premier départ.
Il faudrait courir toutes les montées. Être extrêmement entraînée. Souffrir. Être capable de suivre les autres.
Cornelia Forte insiste au contraire sur un principe très simple : en trail, marcher fait partie de la pratique.
La barrière peut donc précéder la difficulté elle-même : avant de savoir si l’on est capable, encore faut-il s’autoriser à essayer.
Créer un espace entre femmes pour oser
C’est sur ce constat que repose le Swiss Women’s Trail.
L’idée n’est pas d’isoler durablement les femmes du reste de la discipline. L’équipe parle plutôt d’un espace intermédiaire, pensé pour permettre à certaines participantes de prendre confiance avant de rejoindre ou de poursuivre leur parcours sur des épreuves mixtes.

Pippa raconte une expérience qui a renforcé cette conviction. Après sept ou huit années de trail, elle s’est retrouvée pour la première fois à s’entraîner uniquement avec des femmes, dans le cadre d’une communauté liée à Kailas.
La dynamique l’a surprise. « On ne regardait pas les montres, on ne discutait pas de performance, on appréciait la nature et on rigolait », se souvient-elle.
Elle décrit une sensation différente de ses entraînements habituels, suffisamment marquante pour lui donner envie de voir se développer davantage d’espaces où les femmes peuvent courir ensemble.
Le 12 septembre, elle prendra elle-même le départ du 38 kilomètres.
Une course féminine n’est pas une course contre les hommes
Le choix d’un événement réservé aux femmes suscite aussi des réactions.
Cornelia Forte dit avoir déjà entendu l’argument selon lequel une course exclusivement masculine provoquerait un scandale. Elle réfute cependant l’idée d’un événement construit en opposition aux hommes.
« Ce n’est pas contre les hommes, c’est créer un univers différent », explique-t-elle.
L’organisation elle-même est mixte : hommes et femmes participent au staff et au bénévolat. Cornelia Forte espère également voir des hommes dans le public pour encourager les participantes.
Pippa formule la logique autrement : il ne s’agit pas de retirer des courses existantes, mais « d’ajouter de la diversité ».
L’objectif annoncé est même qu’à terme, ce type d’espace devienne moins nécessaire si les femmes se sentent pleinement intégrées dans l’ensemble de la discipline.
Le Swiss Women’s Trail se pense donc davantage comme un tremplin que comme un circuit parallèle.
19 kilomètres pour commencer, 38 pour aller plus loin
Cette volonté de progression se retrouve dans les deux distances choisies pour la première édition.
Pour une femme qui découvre le trail, Cornelia Forte conseille le parcours de 19 kilomètres. Mais elle refuse d’en faire une distance anodine.
« Sans préparation aucune, c’est dommage car on ne va pas avoir de plaisir. 19 km, c’est quand même quelque chose. »
Le parcours passe notamment par le Creux-du-Van. Une préparation préalable est donc recommandée.

Cornelia prend l’exemple de sa fille de 19 ans, footballeuse mais peu attirée jusqu’ici par la course à pied. Elle prépare son défi avec de petites sorties comprenant du dénivelé, en marchant dans les montées et en avançant à son rythme.
Pour l’organisatrice, cette possibilité de ralentir change le rapport à l’effort : le but n’est pas nécessairement de courir chaque mètre, mais de parvenir à gérer son parcours.
Le 38 kilomètres répond à une autre logique. Il doit permettre à des participantes ayant déjà une expérience du trail de franchir une étape supplémentaire. Pippa le décrit comme une plateforme susceptible d’encourager certaines femmes à envisager plus tard un ultra, que Clémentine situe à partir de 50 kilomètres.
Au moment de l’interview, Cornelia Forte indiquait qu’environ deux tiers des inscriptions concernaient le 19 kilomètres et un tiers le 38.
La traileuse canadienne Marianne Hogan, marraine de cette première édition, est annoncée sur le 38 kilomètres.
Rendre le départ accessible ne signifie pas seulement parler de sport
Le projet cherche également à agir sur un autre obstacle : le coût.
Cornelia Forte explique que l’organisation est en contact avec des associations de Suisse romande afin d’envisager la mise à disposition de dossards gratuits pour certaines femmes qui n’auraient normalement pas accès à ce type d’événement.
La démarche est encore en cours au moment de notre entretien.
Pour Pippa, enlever le prix du dossard ne résout évidemment pas toutes les difficultés : le transport et l’hébergement restent notamment à prendre en compte. Mais elle y voit une première manière de rendre visible l’intention du projet.
L’équipe prévoit également plusieurs actions autour de la préparation. Un webinaire autour de la nutrition et un atelier le jour de la course.
Et après le 12 septembre ?
Le Swiss Women’s Trail ne veut pas nécessairement rester limité à une journée dans le Val-de-Travers.
Cornelia Forte imagine déjà, si le projet rencontre son public, un développement sous la forme d’un circuit avec différentes étapes en Suisse ou en France. Le rendez-vous du Creux-du-Van pourrait alors devenir une finale.
Elle évoque cet horizon pour 2027-2028, tout en le conditionnant au succès des premières éditions.
Pippa reste, elle aussi, prudente : l’événement devra évoluer en fonction de la réalité du terrain et de la réponse des participantes.
Cette prudence est importante. Une course exclusivement féminine ne supprimera pas à elle seule les problèmes de disponibilité, de sécurité, de coût ou de représentation évoqués pendant l’entretien.
Elle peut en revanche créer une occasion. Une première ligne de départ. Un premier 19 kilomètres. Une première expérience sans avoir l’impression de devoir prouver que l’on mérite d’être là.
Lorsque je demande aux deux femmes ce qu’elles diraient à celle qui regarde encore les sentiers sans oser se lancer, leurs réponses sont finalement beaucoup plus simples que le projet qu’elles construisent.
Cornelia Forte répond : « Tu ne vas pas regretter. »
Pippa ajoute : « Essaye et ne te mets pas la pression. Finir en marchant, c’est bien. Ne pas finir, c’est bien aussi. On apprend et on découvre. »
Peut-être est-ce là que commence réellement le Swiss Women’s Trail : non pas dans la promesse que chacune terminera, mais dans celle qu’elle a le droit d’essayer.
Swiss Women’s Trail 2026 : informations pratiques
Date : samedi 12 septembre 2026
Lieu : Couvet, Val-de-Travers, canton de Neuchâtel
19 km : 750 m de dénivelé positif
38 km : 1 400 m de dénivelé positif
Âge minimum annoncé : 16 ans

Note :
Entretien réalisé par Maeva Lasmar pour Esprit Féminin® avec Cornelia Forte, présidente du Swiss Women’s Trail, et Clémentine « Pippa » Ebel, membre de l’organisation. Les informations pratiques sont celles communiquées par l’organisation au moment de la rédaction.











