J’ai lu La Suisse au féminin : un livre sur le droit de vote des femmes en Suisse

Illustration d’un escargot avançant vers 1971, symbole du long chemin vers le droit de vote des femmes en Suisse. Illustration d’un escargot avançant vers 1971, symbole du long chemin vers le droit de vote des femmes en Suisse.
EN BREF
  • Le droit de vote des femmes en Suisse est une conquête très récente.
  • Le système fédéral suisse explique en partie les décalages entre cantons et niveau national.
  • Les associations féminines ont joué un rôle essentiel dans la durée.
  • Le livre rend cette histoire accessible sans la simplifier à l’excès.

En lisant La Suisse au féminin : le droit de vote des femmes, coécrit par Evelyne von der Mühll et Camille Pousin, j’ai été frappée par le contraste entre l’image de la Suisse et la réalité vécue par les femmes jusqu’à une période très récente.

Ce livre ne se contente pas de documenter l’obtention du suffrage : il constitue une porte d’entrée claire pour comprendre pourquoi la citoyenneté politique ne concernait pas encore les femmes durant une grande partie du XXe siècle.

À travers cette lecture, on comprend que 1971 n’est pas seulement une date, mais l’aboutissement d’un cheminement social, politique et culturel profond. Le récit pousse à interroger un paradoxe suisse : comment un pays reconnu pour sa démocratie directe a-t-il pu attendre aussi longtemps avant d’accorder les droits politiques à la moitié de sa population ? L’ouvrage invite ainsi à explorer les coulisses d’une lutte qui a duré plus d’un siècle.

Fiche livre

  • Titre : La Suisse au féminin : le droit de vote des femmes
  • Autrices : Evelyne von der Mühll et Camille Pousin
  • Illustrations : Jonfen
  • Éditeur : Éditions uTopie
  • Date de parution : février 2022
  • Nombre de pages : 65 pages
  • Format : broché
  • Thème principal : droit de vote des femmes en Suisse, suffrage féminin, histoire démocratique suisse

Un livre illustré pour rendre l’histoire accessible

L’un des atouts majeurs de cet ouvrage réside dans son format court, pédagogique et généreusement illustré par Jonfen. Loin de la lourdeur d’un essai universitaire, il rend compréhensible une histoire complexe grâce à des textes fluides et des repères historiques précis.

Les dessins permettent de rendre visibles certaines contradictions de l’époque, comme l’idée d’une femme maintenue dans une forme de minorité juridique et politique, et rendent le sujet vivant et accessible à un large public.

Livre La Suisse au féminin : le droit de vote des femmes tenu entre les mains
Lecture de La Suisse au féminin : le droit de vote des femmes, un ouvrage illustré consacré au suffrage féminin en Suisse.

Le livre prend le temps de poser les bases nécessaires pour comprendre le fonctionnement de l’État suisse. Il définit des termes clés comme le suffrage, qui renvoie ici au droit de vote et d’éligibilité, ainsi que la Constitution, socle des lois fondamentales.

Plus important encore, il détaille les trois niveaux politiques en Suisse : communal, cantonal et fédéral (ou national). Cette distinction est cruciale pour comprendre le rythme décalé des conquêtes féminines selon les régions et les échelons de pouvoir.

Pour les lectrices et lecteurs qui découvrent le sujet, ces explications claires agissent comme un guide précieux dans les méandres de la politique helvétique.

1971 : une date récente dans l’histoire démocratique suisse

L’ouvrage nous rappelle avec force que 1971 est une date extrêmement proche à l’échelle de l’histoire politique mondiale. Alors que la Finlande introduisait le suffrage féminin dès 1906 et la France en 1944, la Suisse a franchi ce pas très tardivement à l’échelle européenne.

En 2021, nous ne fêtions que les cinquante ans de cette avancée. Ce décalage temporel souligne la force des résistances qui ont longtemps freiné l’évolution des droits civiques.

Illustration “Vote 50 ans” célébrant les 50 ans du droit de vote des femmes en Suisse entre 1971 et 2021.

Cette réalité n’est pas qu’un fait historique lointain : l’histoire vivante de la Suisse est marquée par le fait que certaines mères, tantes ou grands-mères ont vécu cette transition et se souviennent d’un temps où elles étaient exclues des urnes.

Le livre mentionne également le cas d’Appenzell Rhodes-Intérieures, où il a fallu attendre 1990 pour que les femmes obtiennent le droit de vote et d’éligibilité au niveau cantonal. Cette chronologie rappelle que le droit de vote n’est pas arrivé d’un seul bloc, mais par une succession de percées locales parfois laborieuses.

Ce que le livre rend visible : une démocratie longtemps incomplète

L’ouvrage met en lumière une période où la démocratie suisse était, de fait, incomplète. Bien que le suffrage ait été qualifié d’« universel », il ne concernait en réalité que les hommes.

Le livre permet de mesurer le fossé entre une société où les femmes participaient activement à l’économie, au travail et à l’éducation, et un système politique qui les tenait durablement à l’écart des décisions collectives.

Les opposants au suffrage féminin défendaient souvent une vision traditionnelle de la famille, selon laquelle l’homme représentait seul le foyer dans la vie politique. Ils craignaient que le vote des femmes ne « brise l’entente familiale », préférant maintenir une structure où l’autorité masculine s’exerçait tant dans la sphère privée que publique.

Affiche suisse opposée au suffrage féminin montrant une femme et un enfant menacés par une main représentant les partis politiques.
Affiche de campagne opposée au suffrage féminin en Suisse, illustrant les arguments conservateurs qui présentaient le vote des femmes comme une menace pour la famille et l’ordre politique.

Cette absence de droits politiques signifiait que les femmes ne possédaient pas de voix propre pour influencer les lois qui régissaient pourtant chaque aspect de leur quotidien.

Des pionnières, des associations et une lutte de longue durée

Le récit souligne la durée et la complexité d’un combat social et politique qui a débuté dès le XIXe siècle. On y découvre des figures pionnières comme Julie von May, qui appelait les femmes à se regrouper pour peser sur la révision de la Constitution de 1874, ou Marie Goegg-Pouchoulin, figure genevoise du féminisme égalitaire et fondatrice de l’Association internationale des femmes en 1868. Ces femmes ont contribué à structurer une parole collective autour des droits politiques féminins.

Le livre montre que ces femmes n’ont pas seulement réclamé un droit abstrait : elles ont fondé des associations, organisé des congrès, comme celui de 1896 à Genève, et porté des pétitions. Le rôle de l’Association suisse pour le suffrage féminin (ASSF) et de l’Union suisse des ouvrières a été déterminant dans la structuration de cette revendication.

Cette mobilisation ne s’est pas limitée aux revendications politiques. Elle s’est aussi exprimée à travers des événements collectifs destinés à rendre visible le travail, les compétences et la contribution des femmes à la société suisse. C’est dans cette continuité que s’inscrit la SAFFA, la Schweizerische Ausstellung für Frauenarbeit, une exposition nationale consacrée au travail féminin, devenue un repère important dans l’histoire des femmes en Suisse.

Malgré des revers, comme l’absence de suite donnée à la grande pétition de 1929, signée par près de 250 000 personnes, ces organisations ont mené un travail de longue haleine pour la citoyenneté des femmes.

Ces parcours rappellent combien l’histoire du suffrage féminin suisse s’est construite grâce à des femmes dont l’engagement mérite d’être mieux connu. Pour prolonger cette lecture, notre rubrique Femmes inspirantes met en lumière d’autres figures qui ont marqué, chacune à leur manière, l’histoire sociale, culturelle ou politique des femmes.

Un livre qui parle aussi du quotidien des femmes

L’intérêt de cet ouvrage est de relier la politique à des réalités très concrètes du quotidien. Le suffrage féminin n’était pas un enjeu isolé ; il touchait à la capacité des femmes d’exister comme citoyennes autonomes.

Le livre rappelle aussi qu’avant l’entrée en vigueur du nouveau droit matrimonial, en 1988, les femmes mariées restaient soumises à une autorité conjugale qui limitait leur autonomie dans des actes très concrets :

  • choisir un logement,
  • ouvrir un compte bancaire
  • ou signer un contrat de travail.

L’ouvrage évoque aussi les barrières à l’éducation, citant l’exemple d’Emilie Kempin-Spyri, première Suissesse docteure en droit, à qui l’on refusa l’accès au barreau parce qu’elle ne jouissait pas de ses droits civiques.

Photographie ancienne en noir et blanc d’Emilie Kempin-Spyri, juriste suisse dont le parcours illustre les obstacles rencontrés par les femmes dans l’accès aux professions juridiques.
Emilie Kempin-Spyri, première Suissesse docteure en droit, s’est vu refuser l’accès au barreau en raison de l’absence de droits civiques accordés aux femmes.

L’histoire est également marquée par l’effort des femmes pendant la Première Guerre mondiale : elles ont assumé une partie du travail laissé par les hommes mobilisés et soutenu les familles, montrant leur rôle essentiel dans la société sans obtenir pour autant de reconnaissance politique immédiate.

On y apprend aussi l’épisode du « Grütli de la femme suisse » en 1957 à Unterbäch, où 33 femmes participèrent symboliquement à un vote alors que leur voix n’était pas reconnue officiellement.

Pourquoi cette lecture reste importante aujourd’hui

La lecture rappelle que l’égalité politique s’inscrit dans une histoire longue, faite d’avancées successives. Si 1971 a marqué une victoire majeure, d’autres étapes ont suivi, comme l’inscription de l’égalité dans la Constitution en 1981.

Cette lecture résonne aussi avec des préoccupations contemporaines :

  • l’autonomie financière,
  • la reconnaissance du travail,
  • la représentation politique
  • ou encore la place des femmes dans l’espace public.

Elle permet de mieux comprendre pourquoi les grèves des femmes de 1991 et 2019 s’inscrivent, elles aussi, dans une histoire plus longue de revendications.

L’ouvrage rappelle aussi que certains cantons romands ont joué un rôle précoce dans cette histoire. Par exemple, une femme vaudoise pouvait participer à certaines votations cantonales et communales dès 1959, alors qu’elle devait attendre 1971 pour voter au niveau fédéral.

La lecture de ce livre permet de réaliser que la démocratie est en constante évolution et que chaque avancée est le fruit d’engagements qu’il convient de ne pas oublier.

Mon regard sur La Suisse au féminin

En tant que lectrice, j’ai apprécié la clarté et la capacité de vulgarisation de cet ouvrage. Les illustrations de Jonfen apportent une dimension humaine qui rend le récit très vivant. Sa force réside dans sa faculté à poser les bases du suffrage féminin en Suisse pour un public qui ne serait pas familier avec les détails du système fédéraliste.

Toutefois, en raison de son format synthétique, les lectrices en quête d’une analyse historique exhaustive pourraient rester sur leur faim. C’est avant tout une excellente introduction, un outil de transmission nécessaire pour intégrer pleinement l’histoire des femmes dans la mémoire démocratique suisse.

L’ouvrage inclut également des portraits inspirants de figures comme Rosa Bloch, Iris von Roten ou Émilie Gourd, qui donnent des visages à ces luttes.

À qui recommander ce livre ?

Cet ouvrage est une ressource qui convient particulièrement :

  • Aux lectrices et lecteurs qui découvrent l’histoire du droit de vote des femmes en Suisse.
  • Aux personnes qui souhaitent une introduction illustrée et facile à parcourir.
  • Aux familles désirant transmettre cette histoire collective aux jeunes générations.
  • Aux enseignantes et enseignants cherchant un support pédagogique visuel sur la citoyenneté et la démocratie.
  • À toute personne s’intéressant à l’histoire des femmes en Suisse sous un angle accessible.

Conclusion : se souvenir que les droits ont une histoire

La Suisse au féminin : le droit de vote des femmes rappelle avec clarté que les droits politiques ont une histoire. Ils se construisent, se discutent et se transmettent. Le livre invite à regarder la démocratie suisse comme une construction progressive, marquée par des débats, des résistances et des engagements collectifs.

En refermant l’ouvrage, on garde en tête l’image de l’escargot, symbole d’une avancée lente mais continue. Une lecture précieuse pour se souvenir que chaque bulletin de vote s’inscrit aussi dans une histoire collective.

Note de lecture :

Cet article a été rédigé après lecture de La Suisse au féminin : le droit de vote des femmes. Il propose un regard journalistique et personnel sur l’ouvrage, sans partenariat rémunéré ni lien commercial avec l’éditeur ou le libraire.

Illustration image principale :

Jonfen

Maeva Lasmar Profile Picture

Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.





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