Laure Kohler : du Jura au Mexique, le courage de se réinventer

Laure Kohler, autrice jurassienne, souriante et coiffée d’un chapeau kaki, devant un mur couvert d’autocollants et de graffitis. Laure Kohler, autrice jurassienne, souriante et coiffée d’un chapeau kaki, devant un mur couvert d’autocollants et de graffitis.

Ancienne patineuse artistique, diplômée en management et aujourd’hui autrice, Laure Emmanuelle Kohler a emprunté plusieurs chemins avant de trouver sa voix dans l’écriture. Partie seule au Mexique en 2022, cette Jurassienne y a découvert une autre manière d’envisager sa vie. De retour en Suisse, elle raconte à Esprit Féminin ce que cette expérience a changé dans son rapport à la liberté, à la créativité et au regard des autres.

Du patinage artistique à la recherche d’une autre voie

Avant de prendre la plume, Laure Kohler a longtemps évolué sur la glace.

Originaire du canton du Jura, elle grandit dans l’univers exigeant du patinage artistique de compétition.

Après le sport viennent les études universitaires, dans le domaine du management. Un parcours structuré, qui contraste avec son attrait ancien pour l’expression artistique.

« J’ai vécu plusieurs vies, je pense, en une »,

confie-t-elle lors de notre entretien.

Cette diversité d’expériences nourrit progressivement ses questionnements. Elle s’intéresse au développement personnel, commence à explorer l’écriture et s’interroge sur la possibilité de construire une existence qui corresponde davantage à ses aspirations.

Il ne s’agit pas d’un changement soudain. Avant même de quitter la Suisse, Laure avait déjà amorcé une réorientation professionnelle. Mais c’est à plusieurs milliers de kilomètres du Jura que cette démarche va prendre une nouvelle dimension.

Mexico, le début d’un autre chapitre

Fin 2022, Laure Kohler prend une décision : partir seule au Mexique, sac au dos, sans savoir précisément ce qui l’attend.

« Ça a vraiment été un peu un appel de dire je tente et je regarde ce qui arrive après. »

Son envie de départ naît d’un besoin de s’éloigner de ses habitudes et de découvrir une autre façon de vivre. Elle s’installe finalement à Mexico, où elle restera près de deux ans.

La capitale mexicaine la fascine. Son effervescence artistique, ses couleurs et la place qu’elle perçoit accordée aux émotions contrastent avec le cadre dans lequel elle a grandi.

Elle évoque notamment l’héritage de Frida Kahlo et l’intensité culturelle de la ville. Cette découverte dépasse rapidement le simple plaisir de voyager.

« Henry Ford Hospital (1932), peinture de Frida Kahlo représentant l’artiste allongée sur un lit d’hôpital, entourée de symboles reliés par des fils rouges. »
Henry Ford Hospital (1932), œuvre de Frida Kahlo. À travers une représentation intime et symbolique de son expérience, l’artiste mexicaine explore la souffrance, le corps et les émotions.

Loin de ses repères habituels, elle commence à envisager autrement les choix qu’elle pensait devoir faire.

« Ça m’a vraiment permis de voir qu’il y avait une autre vie qui était possible déjà, et aussi de pas suivre un schéma et une voie prédéterminée. »

Le voyage lui offre cette distance qu’elle recherchait, mais l’oblige également à composer avec l’incertitude. Partir, explique-t-elle, signifie aussi perdre une partie des références sur lesquelles on s’appuyait jusque-là.

Une expérience qu’elle considère aujourd’hui comme déterminante dans son évolution personnelle.

Le retour en Suisse, une épreuve inattendue

On évoque volontiers les difficultés rencontrées lorsqu’on s’installe à l’étranger. Plus rarement celles qui accompagnent le retour.

Pour Laure Kohler, retrouver la Suisse après avoir vécu au Mexique n’a rien d’évident :

« J’ai eu un mal du pays inversé. »

À Mexico, elle avait découvert un quotidien qu’elle décrit comme particulièrement intense, parfois chaotique, mais profondément stimulant. Revenir dans un environnement plus familier lui donne le sentiment d’avoir changé sans que le monde qu’elle retrouve ait nécessairement évolué avec elle.

Cette période l’amène à s’interroger sur son sentiment d’appartenance. Comment retrouver sa place lorsqu’on ne se reconnaît plus entièrement dans celle qu’on occupait avant de partir ?

« Je dis toujours que la Suisse est mon pays d’origine mais mon pays de cœur il est là-bas en fait. »

Avec le recul, elle comprend néanmoins qu’il lui faut apprendre à conserver ce que le Mexique lui a apporté, indépendamment du pays dans lequel elle vit.

Le véritable défi n’est alors plus de repartir, mais de faire coexister les différentes facettes de son identité.

La liberté d’être soi, des pensées devenues un livre

C’est durant son séjour au Mexique que Laure Kohler renoue intensément avec l’écriture.

Ses observations, ses émotions et ses expériences personnelles prennent progressivement la forme de courts textes et de citations. En 2023, elle publie en autoédition La liberté d’être soi, un recueil à tonalité poétique dans lequel elle rassemble une partie de ces réflexions.

« Couverture du livre La liberté d’être soi : Les citations pour sublimer ton âme, de Laure Emmanuelle Kohler, illustrée par un coucher de soleil sur la mer. »
La liberté d’être soi : Les citations pour sublimer ton âme, recueil de citations et de réflexions poétiques publié en autoédition en 2023 par l’autrice jurassienne Laure Emmanuelle Kohler.

Mais rendre ses écrits publics représente une étape délicate.

Pour elle, écrire relevait jusque-là d’un espace intime, presque secret. Publier signifiait accepter que d’autres personnes puissent interpréter des mots auxquels elle attachait une valeur profondément personnelle.

« C’est accepter de mettre à nu quelque chose qui pour nous est hyper secret en fait. »

Elle hésite avant de franchir le pas. Les premiers retours de lectrices lui apportent néanmoins une satisfaction inattendue : découvrir que ses textes peuvent faire écho à des expériences différentes des siennes.

Trois ans après la publication, son rapport au livre a évolué. Elle reconnaît ne pas l’avoir beaucoup relu, comme si cet ouvrage appartenait désormais à une période révolue.

« La version de moi qui a écrit ce livre, très clairement elle a changé. »

Cette distance ne signifie pas qu’elle renie ses anciens textes. Au contraire, elle apprend à les regarder comme les traces d’une étape importante de son parcours.

Le titre lui-même a changé de sens à ses yeux. Autrefois associé à l’envie de tout découvrir et de tout oser, il évoque aujourd’hui une liberté moins spectaculaire : celle d’accepter sa propre évolution.

Apprendre à ne plus vivre selon les attentes des autres

Cette réflexion traverse une grande partie de notre conversation.

Laure Kohler s’intéresse particulièrement au poids du regard extérieur dans les décisions personnelles. Elle évoque les attentes familiales, les normes sociales et la difficulté que certaines femmes peuvent rencontrer lorsqu’elles souhaitent s’écarter du rôle qu’on leur attribue.

Selon elle, la honte et la culpabilité peuvent freiner des choix pourtant importants.

« On est trop fidèle à une version de soi qui des fois n’est plus du tout celle qui nous correspond. »

Elle développe aujourd’hui ces questions à travers son activité d’accompagnement et son projet La Maison de la Muse, qu’elle décrit comme un espace d’expression et de créativité destiné notamment aux femmes. Un projet encore en évolution au moment de notre entretien.

Son approche repose sur son expérience personnelle et sa vision du développement de soi. Elle insiste notamment sur l’importance d’oser exprimer ses besoins, même lorsque cela implique de décevoir certaines attentes.

Mais elle reconnaît aussi que changer de direction peut s’accompagner de solitude et de périodes d’incertitude.

La liberté dont elle parle n’est donc pas nécessairement synonyme de facilité.

Se réinventer sans forcément tout quitter

Avec les années, le regard de Laure sur le changement s’est nuancé.

Lorsqu’elle est partie au Mexique, elle associait volontiers la liberté à l’idée de s’éloigner, de découvrir d’autres horizons et de rompre avec son quotidien.

Aujourd’hui, elle ne considère plus un départ radical comme une condition indispensable pour évoluer.

« On n’a pas besoin de tout changer radicalement pour apprendre à changer. »

Une prise de conscience importante pour celle qui avait précisément ressenti la nécessité de traverser l’Atlantique. Elle accorde désormais davantage de valeur aux petits choix du quotidien : poser une limite, modifier une habitude, reconnaître qu’une envie a changé ou accepter qu’une période de sa vie soit terminée.

Son rapport à la sensibilité a également évolué. Longtemps perçue par elle comme une faiblesse, celle-ci est devenue une composante essentielle de sa manière d’écrire et d’appréhender les autres. Quant à ses projets littéraires, elle envisage un nouvel ouvrage autour de l’idée que les périodes de désordre peuvent aussi ouvrir la voie à la création. Un manuscrit commencé, mais actuellement mis en pause.

Elle ne cherche pas à présenter toutes ses décisions passées comme des réussites. Certaines expériences, estime-t-elle, méritent simplement d’être reconnues pour ce qu’elles ont apporté, même lorsqu’elles ne se terminent pas comme prévu.

Interrogée sur ce qu’elle aimerait dire à la jeune femme qu’elle était autrefois, Laure formule une réponse qui résume peut-être le mieux son parcours :

« Ne pas voir les redirections comme des échecs, mais comme des chapitres qui se ferment et qui apportent quelque chose de supplémentaire. »

De la glace jurassienne aux rues de Mexico, son histoire ne suit pas une ligne droite. Et c’est précisément ce qu’elle a appris à accepter : une vie peut changer de direction sans que les chemins précédemment empruntés perdent leur valeur.

Note éditoriale :

Cet article est issu d’un entretien réalisé par Maeva Lasmar pour Esprit Féminin. Les propos de Laure Kohler reflètent son parcours, ses expériences et ses convictions personnelles. Ils ne constituent pas des recommandations thérapeutiques ou médicales. L’entretien a été adapté pour faciliter la lecture, dans le respect du sens des réponses de l’interviewée.

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Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.




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