- Camille Trolliet est l’autrice du livre Ma vie parfaite : de maman entrepreneure en dépression post-partum.
- L’ouvrage est publié en 2023 et est un témoignage.
- Elle est fondatrice de la marque By Tessa
- Le livre est consacré à la dépression post-partum et à la maternité.
Pourquoi ce livre est important aujourd’hui
Dans nos sociétés contemporaines, et particulièrement en Suisse romande où l’image de la femme active et organisée est valorisée, la maternité est souvent présentée sous un jour idyllique. Les réseaux sociaux regorgent de clichés de « mamans parfaites » conciliant sans effort carrière, vie de famille et épanouissement personnel.

Pourtant, derrière ce vernis de perfection, une réalité bien plus sombre demeure largement invisibilisée : le mal-être post-partum. Camille Trolliet, à travers son ouvrage, lève le voile sur ce tabou persistant qui touche pourtant de nombreuses femmes dans l’ombre.
Ce livre arrive à un moment charnière où la parole commence à se libérer, mais où les injonctions à la réussite restent étouffantes. L’autrice ne propose pas un guide médical ou une analyse clinique froide, mais livre un témoignage brut, sincère et profondément humain. En racontant son parcours, elle permet de nommer des maux que la société préfère souvent qualifier de « simple fatigue ».
En lisant ce livre, j’ai été frappée par la façon dont Camille Trolliet met des mots sur un mal-être que beaucoup de femmes vivent en silence, surtout en Suisse romande.
Dans ce qui suit, j’analyse comment ce récit explore la perte d’identité, le tabou du regret maternel et la quête de sens à travers l’entrepreneuriat, offrant ainsi une bouée de sauvetage émotionnelle à celles qui se sentent seules dans la tempête.
Présentation du livre
Fiche rapide
- Autrice : Camille Trolliet.
- Année de publication : 2023.
- Genre : Témoignage.
- Thèmes centraux : Dépression post-partum, entrepreneuriat féminin, perte d’identité, éco-anxiété, reconstruction de soi.

Résumé synthétique
L’ouvrage retrace le parcours de Camille, une femme multi-passionnée formée à l’École hôtelière de Lausanne (EHL), habituée à tout gérer de front. Avant la maternité, elle mène une vie intense entre un emploi stable et l’entreprise familiale. Cependant, un désalignement progressif s’installe, nourri par une perte de sens professionnel et une éco-anxiété grandissante, qu’elle nomme le « burn-out du colibri ».
La naissance de son premier enfant, bien que désirée, marque le début d’une descente invisible. Camille s’enfonce dans une dépression non diagnostiquée, masquée par une hyperactivité créative et le lancement de sa marque « By Tessa ». Ce n’est qu’après la naissance de son second enfant et un épuisement total qu’intervient la prise de conscience : elle n’est plus elle-même.
Le livre détaille alors son chemin de reconstruction, passant par le coaching, l’écriture et l’acceptation de sa vulnérabilité pour retrouver un équilibre entre ses rôles de mère et de femme.
La dépression post-partum : ce que montre le livre
Une dépression invisible
Le récit de Camille Trolliet est frappant car il illustre une dépression qui n’est pas passée par le cabinet d’un médecin. Faute de diagnostic officiel initial, elle a longtemps cru que son état était la norme du « métier » de parent. Cette fatigue extrême et ce sentiment d’incapacité profonde ont été vécus dans une solitude paradoxale, entourée mais incomprise.
L’autrice décrit avec précision cette perte d’identité où elle ne se reconnaît plus, habitée par des pensées sombres et un sentiment d’échec constant face aux tâches quotidiennes les plus simples.
Le mythe de la maternité épanouissante
Le livre dénonce avec force la minimisation sociale des souffrances périnatales. À chaque cri, à chaque larme, la réponse de l’entourage et de la société est souvent la même :
« C’est normal avec des enfants en bas âge ».
Cette normalisation empêche les femmes de réaliser qu’elles sont malades et non incompétentes. La culpabilité devient alors le fardeau quotidien de Camille, qui s’en veut de ne pas savourer chaque instant alors qu’elle a tant désiré ses enfants.
Le rôle du déni et de l’entourage
Un point crucial soulevé par l’ouvrage est l’incapacité des proches à déceler la détresse. Chris, le conjoint de Camille, n’a rien vu, pris lui aussi dans les vagues du quotidien. Elle-même, par peur d’être une « chieuse », s’est écrasée et a ravalé ses émotions, maintenant une façade de normalité.
Le livre montre que le déni n’est pas seulement individuel, mais collectif : personne ne veut voir la faille dans le bonheur familial.
À écouter – Le témoignage de Camille Trolliet sur la RTS (interview de Jérôme Zimmermann)
Le thème central : la perte d’identité
Le livre pose une question déchirante qui résonne chez de nombreuses mères : « Qui suis-je sans mes enfants ? ».
En tant que lectrice, j’ai retrouvé dans ces pages des phrases que j’ai déjà entendues chez des amies, des collègues, ou des femmes interrogées dans le cadre de mes reportages : ce sentiment de ne plus se reconnaître est malheureusement loin d’être isolé.
Pour Camille, cette question s’articule autour de plusieurs axes de sa vie :
- Identité professionnelle : Ancienne cadre dynamique, elle se retrouve maman au foyer, un rôle qu’elle a choisi mais qui lui donne l’impression d’une rupture brutale avec ses compétences passées.
- Identité féminine : Entre les changements physiques liés aux grossesses et l’épuisement de l’allaitement, elle ne se perçoit plus comme une femme désirable ou une personne à part entière, mais comme une « coquille vide ».
- Alignement valeurs / vie réelle : L’autrice vit un conflit interne permanent entre ses convictions écologiques (zéro déchet, bio) et la réalité épuisante de la gestion de deux enfants en bas âge (couches jetables par nécessité, manque de force pour cuisiner).
- Sacrifice silencieux : Elle décrit le sentiment de s’être oubliée pour servir les besoins des autres, mettant ses rêves en pause, voire les laissant mourir.
Le regret maternel : un sujet tabou
Camille Trolliet aborde avec un courage rare le concept de regret maternel, souvent confondu à tort avec un manque d’amour pour l’enfant. Elle clarifie que regretter ne signifie pas ne pas aimer ses bébés, mais regretter la vie d’avant : la liberté, la spontanéité, l’énergie et même son propre corps.
Cette nostalgie de la liberté perdue est exacerbée par la charge mentale colossale qu’implique la maternité. L’autrice analyse comment elle a dû faire le deuil de la femme qu’elle était pour accepter une transformation qu’elle n’avait pas totalement anticipée. Le regret est ici présenté comme un ressenti, un mal-être que l’on ne soigne pas cliniquement mais que l’on apprend à adoucir avec le temps et la parole.
Entrepreneuriat et fuite en avant
Pour tenter de retrouver un semblant de contrôle, Camille se lance dans l’entrepreneuriat de manière presque impulsive après avoir démissionné de son emploi précédent. La création de « By Tessa », sa marque d’objets upcyclés et de bijoux en argenterie, est initialement une recherche de sens et une tentative de se « cacher » dans son atelier pour fuir une réalité domestique étouffante.

C’est ici qu’intervient l’angle stratégique du livre : le burn-out écologique. Camille décrit comment sa solastalgie (douleur liée à la dégradation de la planète) a fusionné avec son épuisement maternel. Sa fuite dans l’action, multiplier les formations en ligne, créer des stocks de bijoux, lancer un podcast (ci-dessous), est un moyen de retrouver un sentiment d’existence et de maîtrise en dehors du rôle maternel.
Cet angle élargit la portée de l’ouvrage, touchant toutes les femmes qui utilisent le travail comme un refuge ou un moyen de validation face à l’invisibilité du rôle de mère.
En découvrant son parcours d’entrepreneure, j’ai mieux compris comment le travail peut devenir à la fois un refuge et une fuite en avant, surtout quand on essaie de prouver qu’on « vaut encore quelque chose » en dehors de la maternité.
Infographie
Après avoir exploré la dépression post-partum, la perte d’identité, le regret maternel et le burn-out écologique, voici une vue d’ensemble des notions clés abordées dans Ma vie parfaite :

Ce que ce livre apporte aux lectrices
L’impact principal de Ma vie parfaite: de maman entrepreneure en dépression post-partum est sans conteste la déculpabilisation. En lisant les mots de Camille, les lectrices romandes peuvent enfin mettre un nom sur leur propre mal-être.
L’ouvrage offre une reconnaissance émotionnelle puissante : il dit à chaque femme qu’il est normal de craquer, de ne pas être patiente à 100 % et d’avoir besoin d’air. C’est un sentiment de sororité qui se dégage des pages, le soulagement de se dire : « Je ne suis pas seule ».
Forces et limites du livre
Points forts
- Authenticité radicale : L’autrice ne cache rien de ses moments de colère, de ses pleurs ou de ses doutes les plus sombres.
- Vulnérabilité assumée : Le récit est poignant car il montre une femme forte qui accepte enfin de poser les armes.
- Fluidité narrative : Le style est direct, émaillé d’illustrations qui apportent une touche de légèreté et d’humour malgré la gravité des sujets.
Limites possibles
- Absence d’analyse clinique : Les lectrices cherchant une approche purement médicale ou scientifique de la dépression post-partum pourraient rester sur leur faim.
- Subjectivité totale : C’est un journal de bord, une expérience personnelle qui ne prétend pas à l’universalité, même si elle est assumée comme telle.
À qui recommander ce livre ?
Cet ouvrage est une lecture essentielle pour plusieurs profils :
- Les futures mamans : Pour se préparer à la réalité du post-partum sans filtre, loin des contes de fées.
- Les jeunes mères : Pour celles qui traversent le brouillard et ont besoin de savoir que la lumière reviendra.
- Les femmes entrepreneures : Pour comprendre les pièges de l’éparpillement et la difficulté de concilier ambition et parentalité.
- Les professionnels de la périnatalité : Sages-femmes, pédiatres ou gynécologues trouveront ici un témoignage précieux sur le ressenti intime de leurs patientes.
Conclusion
L’importance de briser les tabous autour de la santé mentale maternelle ne peut être sous-estimée. Camille Trolliet, en nommant les choses avec une telle rigueur émotionnelle, accomplit un acte courageux. Son livre rappelle que la maternité n’est pas un chemin linéaire vers le bonheur, mais une transformation profonde, parfois douloureuse, qui nécessite du soutien et de l’indulgence envers soi-même.
Témoigner devient alors un acte politique : c’est refuser le silence imposé et exiger une société plus bienveillante envers celles qui donnent la vie. Au final, ce récit est une invitation à ôter son masque de perfection pour, enfin, recommencer à respirer.
Illustrations (image principale de l’article et livre) :
QueenMama – queenmama.fr
À propos de cette critique :
Cet article est basé sur la lecture complète du livre Ma vie parfaite : de maman entrepreneure en dépression post-partum de Camille Trolliet (édition 2023). Il ne remplace pas un avis médical. Je ne suis pas médecin ni psychiatre : mon rôle ici est de relayer et d’analyser un témoignage, pas de poser un diagnostic.
En cas de détresse psychologique, rapprochez-vous d’un·e professionnel·le de santé ou des ressources d’urgence listées sur Esprit Féminin®.