Hélène Monastier : portrait d’une pionnière du pacifisme en Suisse romande

Portrait d’Hélène Monastier, enseignante vaudoise et figure du pacifisme en Suisse romande, assise en robe claire, début du XXe siècle. Portrait d’Hélène Monastier, enseignante vaudoise et figure du pacifisme en Suisse romande, assise en robe claire, début du XXe siècle.
EN BREF
  • Hélène-Sophie Monastier naît le 2 décembre 1882 à Payerne, dans le canton de Vaud.
  • Elle fut une personnalité marquante des milieux pacifistes liés au Service civil international, au socialisme chrétien et au mouvement quaker en Suisse.
  • Elle décède le 7 mars 1976 à Lausanne, à l’âge de 93 ans.

Il est des silhouettes que l’on finit par ne plus remarquer à force de les croiser dans les rues escarpées de Lausanne, et pourtant, derrière leur apparente fragilité se cachent parfois les fondations de notre modernité sociale. Imaginez une femme menue, marchant avec peine en raison d’une jambe paralysée, mais dont le regard et la voix commandaient le respect. Cette femme, c’est Hélène Monastier.

Bien que son nom résonne à nouveau dans l’espace public romand depuis quelques années, elle fut pendant plusieurs décennies du XXe siècle une personnalité marquante des milieux pacifistes liés au Service civil international (SCI), du socialisme chrétien et du mouvement quaker en Suisse.

Son parcours est celui d’une résilience hors du commun, transformant une épreuve physique personnelle en un moteur d’action pour le bien commun.

Qui était Hélène Monastier ?

Naissance, origines et jeunesse

Hélène-Sophie Monastier naît le 2 décembre 1882 à Payerne, dans le canton de Vaud. Elle grandit dans un environnement intellectuel et spirituel stimulant, ancré dans le protestantisme.

Son père, Charles Louis Monastier, est pasteur de l’Église libre vaudoise et bibliothécaire ; sa mère, Marie Louise Gonin, gère le foyer, aux côtés d’Hélène et de son frère Louis, de douze ans son aîné.

En 1893, la famille s’installe à Lausanne lorsque le père obtient un poste de bibliothécaire à la Faculté de théologie de l’Église libre.

Une enfance marquée par la maladie

À l’âge de deux ans, Hélène contracte la poliomyélite, qui laisse l’une de ses jambes paralysée pour le reste de sa vie.

À 27 ans, après une opération chirurgicale sans amélioration notable, elle traverse une crise intérieure. Selon son récit autobiographique, Mon itinéraire spirituel (tapuscrit lu en 1964 et dactylographié en 1968), un ami, Samuel Gagnebin, lui offre des extraits de la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies de Blaise Pascal.

Elle décrit cet épisode comme un tournant spirituel : son handicap demeure, mais elle dit se sentir « guérie » intérieurement et comprendre que sa condition peut devenir une force tournée vers les autres.

Formation et premiers repères spirituels

Elle complète ses études à Payerne et Lausanne, puis séjourne en Allemagne et en Grande-Bretagne dans le cadre de sa formation d’institutrice. Des récits biographiques rapportent qu’elle y est frappée par les réalités sociales du monde ouvrier, ce qui nourrit durablement sa conviction que la foi ne peut être dissociée de la justice sociale.

Une enseignante au service des autres

L’École Vinet, un cadre déterminant

En 1904, Hélène Monastier entre à l’École Vinet à Lausanne, où elle enseignera le français, l’histoire et la géographie jusqu’en 1943. Elle y a notamment pour enseignante Lucy Dutoit, engagée dans la lutte pour le suffrage féminin.

Une pédagogie exigeante et profondément humaine

Hélène est souvent décrite, dans les portraits biographiques, comme une enseignante exigeante et très attentive à la personnalité de ses élèves.

En 1909, elle organise un premier camp pour jeunes filles de gymnase, initiative à l’origine des camps d’éducatrices de Vaumarcus, où elle restera active chaque année jusqu’en 1962.

De l’éducation à l’engagement social

La Maison du Peuple et les socialistes chrétiens

Dès 1905, la Maison du Peuple de Lausanne devient un lieu d’engagement : elle s’y investit comme éducatrice auprès de jeunes apprenties et ouvrières, et côtoie les milieux syndicaux, anarchistes et libres penseurs (selon des sources biographiques).

Une foi tournée vers la justice sociale

Au tournant des années 1910, une conférence de Paul Passy joue un rôle dans son évolution. Passy est cofondateur (avec Raoul Biville) de l’Union des socialistes chrétiens (1908) et lié à la publication L’Espoir du Monde. Hélène Monastier s’implique ensuite dans la création du groupe socialiste chrétien de Lausanne.

En 1913 (et dans le contexte de la fondation de la fédération romande en 1914, selon les sources), elle prend la tête du mouvement socialiste-chrétien en Suisse romande, un rôle notable dans un pays où les femmes ne disposent pas encore du droit de vote.

Une pensée en avance sur son temps

Son parcours peut aujourd’hui être lu à travers le prisme d’un « féminisme social » (lecture contemporaine), articulant droits des femmes et justice économique. Elle est proche des milieux du religieux-socialisme et contribue à diffuser en Suisse romande des idées associées à Leonhard Ragaz.

Hélène Monastier et le pacifisme en Suisse romande

Son rôle dans le Service civil international

Elle rencontre Pierre Cérésole en 1917 et collabore ensuite à la création du Service civil international (SCI) en 1920.

Portrait de Pierre Cérésole, fondateur du Service civil international et figure du pacifisme suisse, début du XXe siècle
Portrait de Pierre Cérésole, fondateur du Service civil international, avec qui Hélène Monastier a collaboré dans son engagement pacifiste.

En août 1924, elle participe au chantier des Ormonts, camp de travail volontaire en Suisse lié à des opérations de déblaiement après une avalanche.

Le combat pour une alternative au service militaire

À une époque où l’objection de conscience est réprimée (jusqu’en 1927 dans la chronologie rappelée par la Ville de Lausanne), elle soutient publiquement les objecteurs. Le principe d’un service civil est inscrit dans la Constitution en 1992, puis mis en œuvre par une loi entrée en vigueur en 1996.

Une femme d’action, d’écriture et de transmission

Ses écrits et biographies

Après sa retraite (1943), elle écrit. Son ouvrage Paix, pelle et pioche : histoire du Service civil international de 1919 à 1965 paraît en 1966, avec Alice Brügger, et constitue une source importante sur l’histoire du SCI.

Couverture du livre "Paix, pelle et pioche" d’Hélène Monastier, histoire du Service civil international (1919–1954), édition originale
Couverture de Paix, pelle et pioche (1966), ouvrage d’Hélène Monastier retraçant l’histoire du Service civil international et son engagement pacifiste.

La mémoire de Pierre Ceresole

Après la mort de Cérésole (1945), elle publie Pierre Ceresole, un quaker d’aujourd’hui et édite divers textes, carnets et correspondances.

Pourquoi Hélène Monastier reste une femme inspirante aujourd’hui

Ce qu’elle nous dit du courage discret

Son parcours rappelle qu’un engagement constant peut se déployer sans posture spectaculaire, et s’inscrire dans des institutions durables.

Ce que son parcours apporte aux lectrices d’aujourd’hui

Son itinéraire peut être rapproché (lecture contemporaine) de problématiques articulant genre, classe, handicap et paix, à condition d’expliciter qu’il s’agit d’un cadrage actuel.

Son héritage en Suisse romande

Hommages publics à Lausanne

En 2003, une plaque commémorative est posée à la rue Pré-du-Marché à Lausanne.

Une mémoire qui revient dans l’espace public

Dans le cadre d’un programme de (re)nommage, l’ancienne Route de Bel-Air est devenue Route Hélène-Monastier, avec entrée en vigueur le 1er octobre 2023.

Conclusion

Hélène Monastier s’éteint le 7 mars 1976 à Lausanne, à l’âge de 93 ans.
Son parcours associe enseignement, engagement social, pacifisme et travail de transmission, une trajectoire qui continue d’éclairer, aujourd’hui, l’histoire romande des mouvements sociaux et humanitaires.

Sources :
  • Hélène Monastier, Wikipédia – https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9l%C3%A8ne_Monastier
  • Hélène Monastier, ville de Lausanne – https://www.lausanne.ch/portrait/cohesion-sociale/bureau-egalite/femmes-espace-public/histoires-femmes/helene-monastier
  • Monastier Hélène, hls dhs dss – https://hls-dhs-dss.ch/de/articles/023038/2019-10-29/
Maeva Lasmar Profile Picture

Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.


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