« Ni Mère, Ni Moins » : le podcast valaisan qui donne la parole aux femmes sans enfant

Portrait de Soraya Poulin souriante en extérieur, devant des plantes vertes et un mur blanc. Portrait de Soraya Poulin souriante en extérieur, devant des plantes vertes et un mur blanc.

Avec “Ni Mère, Ni Moins”, Soraya Poulin ouvre un espace d’écoute autour de la non-maternité. À travers des témoignages de femmes qui n’ont pas eu d’enfant, par choix ou en raison des circonstances, son podcast invite à regarder autrement les parcours féminins, loin des injonctions et des idées reçues.

Pourquoi une femme devrait-elle toujours expliquer pourquoi elle n’est pas mère ? Derrière cette question, il y a souvent des silences, des jugements, des maladresses, parfois des blessures. Il y a aussi des choix assumés, des chemins imprévus, des vies pleines, des relations profondes, des projets, des transmissions qui ne passent pas forcément par la maternité.

C’est à ces récits que Soraya Poulin a choisi de consacrer son podcast “Ni Mère, Ni Moins”, lancé le 8 janvier 2026. Un épisode est publié toutes les deux semaines, le jeudi, sur Spotify et YouTube.

Artiste, graphiste et illustratrice, Soraya Poulin est partie d’un questionnement intime : depuis petite, elle n’a jamais voulu d’enfant. Mais autour d’elle, les modèles de femmes épanouies sans maternité semblaient rares, peu visibles, parfois absents. Le podcast est né de ce manque.

Au fil des épisodes, la démarche s’est élargie. Il ne s’agit plus seulement de se rassurer soi-même, mais d’offrir un espace de parole à des femmes dont les parcours sont souvent réduits à une seule absence : celle d’enfant.

Des parcours différents, un même besoin d’être entendues

La force de “Ni Mère, Ni Moins” tient à sa diversité. Certaines invitées parlent d’une non-maternité choisie, présente depuis l’enfance ou l’adolescence. D’autres évoquent des circonstances de vie, une rencontre qui n’a pas eu lieu au bon moment, un parcours de santé, une ambivalence, un renoncement ou une paix trouvée avec le temps.

Le podcast évite ainsi de faire de la non-maternité une catégorie figée. Il ne dit pas : “voici ce que vivent les femmes sans enfant”. Il laisse plutôt entendre une pluralité de voix, parfois très différentes les unes des autres.

Soraya Poulin le formule simplement : chaque femme a sa propre histoire, son propre vécu. Et c’est précisément cette variété qui l’intéresse.

Certaines invitées parlent de liberté, d’autonomie, de voyages ou de choix professionnels. D’autres racontent la transmission autrement : à travers l’enseignement, le lien aux neveux et nièces, l’engagement social, les amitiés, la création, les animaux ou la nature.

Plusieurs épisodes abordent aussi des questions plus délicates : le regard familial, la pression du couple, la santé féminine, la contraception, la solitude possible ou la peur du regret.

L’ensemble dessine une idée simple : une vie sans enfant n’est pas une vie vide. C’est autre chose.

“Ni mère” ne veut pas dire “moins”

Le titre du podcast porte déjà une réponse. “Ni Mère, Ni Moins” joue avec cette impression, encore tenace, qu’une femme à qui il manquerait l’expérience de la maternité serait moins accomplie, moins complète, moins légitime.

Soraya Poulin ne cherche pas à opposer les femmes mères et les femmes sans enfant. Elle tient même à le préciser : son podcast n’est pas un manifeste anti-enfant, ni une invitation à renoncer à la maternité. Il s’agit plutôt de faire exister des récits rarement entendus, de montrer qu’il n’y a pas une seule manière d’être femme, ni une seule manière de construire une vie pleine.

Dans les témoignages, les idées reçues reviennent souvent : les femmes qui ne veulent pas d’enfant seraient égoïstes, instables, incapables de s’engager, trop radicales, ou n’aimeraient pas les enfants. Autant de clichés que les épisodes viennent nuancer, parfois contredire frontalement.

Certaines invitées travaillent avec des enfants. D’autres sont marraines, tantes, enseignantes, engagées dans des projets collectifs. Beaucoup parlent d’amour, de soin, de transmission. Simplement, ces liens ne passent pas par la maternité biologique.

Un podcast aussi utile à celles et ceux qui écoutent

Même si son audience est majoritairement féminine, Soraya Poulin souhaite que “Ni Mère, Ni Moins” puisse être écouté par un public plus large.

Des hommes de son entourage lui ont confié avoir été surpris par certains témoignages. Non parce qu’ils se sentaient exclus du sujet, mais parce qu’ils découvraient des réalités auxquelles ils n’avaient pas forcément été confrontés : les remarques intrusives, la pression autour du désir d’enfant, les jugements dans le couple ou la famille, les tabous liés au corps et à la santé féminine.

Pour Soraya, c’est aussi l’un des rôles du podcast : permettre à chacune et chacun d’écouter une expérience différente de la sienne. Une mère peut y entendre un autre rapport à la maternité. Un père peut mieux comprendre certaines injonctions vécues par les femmes. Un homme sans enfant peut y trouver des échos. Une femme qui doute peut s’y sentir moins seule.

Le podcast devient alors plus qu’un espace de témoignage. Il devient une invitation à déplacer son regard.

Le podcast présenté aussi sur Canal9

Pour découvrir Soraya Poulin en images et mieux comprendre la naissance de Ni Mère, Ni Moins, Canal9 (Nora Foti) a consacré un reportage au podcast et aux témoignages de femmes sans enfant.

Mini-interview avec Soraya Poulin

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer “Ni Mère, Ni Moins” ?

Soraya Poulin :
Ce qui m’a donné envie de créer ce podcast, c’était d’abord de me rassurer dans mes propres questionnements. Depuis toute petite, je n’ai jamais voulu d’enfant, mais je ne trouvais pas de modèles féminins qui aient vécu une vie épanouie sans avoir vécu l’expérience de la maternité.

En concrétisant ce projet, je me suis rendu compte qu’il avait aussi un effet bénéfique sur les personnes qui témoignent. Aujourd’hui, le podcast se dirige donc davantage vers l’idée d’offrir un espace de parole à ces femmes qui n’ont pas d’enfant, soit par choix, soit en raison des circonstances de la vie, même lorsqu’elles ne l’ont pas choisi.”

Pourquoi était-il important pour vous de donner la parole à des femmes aux parcours différents ?

Soraya Poulin :
Je voulais d’abord interviewer des femmes plus âgées, pour qu’elles puissent montrer qu’elles ont déjà une grande partie de leur vie derrière elles, et que cette vie a été épanouie et remplie de beaucoup de choses, même sans enfant.

Puis j’ai rencontré des personnes prêtes à témoigner, avec des parcours très différents. Elles avaient parfois des points communs, mais aussi des histoires uniques. J’ai trouvé important de garder cette diversité de récits. Chaque femme a sa propre histoire, son propre vécu.

Je pense que cela peut être bénéfique pour l’audience, qu’elle soit féminine ou masculine, d’être ouverte à écouter ces différentes histoires, d’élargir sa compréhension et de se mettre à la place d’une autre personne le temps d’un épisode.”

Que vouliez-vous exprimer avec le titre “Ni Mère, Ni Moins” ?

Soraya Poulin :
Ce titre renvoie à l’image de notre société actuelle et occidentale, dans laquelle on considère encore souvent qu’il manque quelque chose à la vie d’une femme si elle ne vit pas l’expérience de la maternité.

Malgré l’évolution des mentalités, dans beaucoup de milieux sociaux, l’idée persiste qu’une femme n’est pas “complète” si elle n’a pas d’enfant. À travers ces témoignages, j’aimerais montrer qu’il existe encore des situations de discrimination, de jugement ou de non-compréhension envers les femmes qui n’ont pas eu d’enfant.”

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans les premiers témoignages ?

Soraya Poulin :
Plusieurs choses m’ont marquée. Par exemple, le fait que certains hommes peuvent avoir une réaction très forte lorsqu’une femme exprime sa non-envie de maternité, comme s’ils se sentaient d’une certaine manière attaqués.

Il y a aussi des jugements qui viennent d’autres femmes, parfois de la famille, et qui peuvent être très blessants. J’ai également été marquée par l’incompréhension dans certains milieux professionnels, ainsi que par les tabous autour de la santé féminine, de la contraception et notamment de la contraception hormonale, qui est souvent considérée comme “normale”, alors que la contraception masculine est moins souvent mise au centre du sujet.”

Quelles idées reçues autour de la non-maternité aimeriez-vous voir disparaître ?

Soraya Poulin :
L’idée que les femmes qui ne veulent pas d’enfant ne savent pas se poser, ne seraient pas sérieuses dans une relation, ne seraient pas responsables, seraient égoïstes, féministes extrémistes ou détestaient les enfants. Ce sont des clichés que l’on retrouve souvent.”

Que diriez-vous à une femme qui se sent seule, jugée ou en décalage parce qu’elle n’est pas mère ?

Soraya Poulin :
Je lui dirais de ne pas se faire toute petite pour plaire aux autres. De s’exprimer, parce qu’il y a beaucoup de femmes dans sa situation. Il faut apprendre à briser les tabous pour trouver des personnes qui pensent comme nous, ou au moins des personnes bienveillantes et compréhensives.

C’est un choix très personnel. Il ne faut pas céder à la pression de la société ou de l’entourage. Et quand on se sent bien dans son corps et dans sa tête, il devient plus facile de traverser les épreuves que l’on peut rencontrer dans la vie et dans la société.”

Votre propre regard sur la maternité ou la non-maternité a-t-il évolué depuis le lancement du podcast ?

Soraya Poulin :
Mon regard sur la maternité n’a pas vraiment changé. Il s’est plutôt renforcé à travers ce projet. Mais mon regard sur mon propre rapport à la possibilité d’une maternité a évolué.

Je ne me mets plus autant la pression qu’au tout début. Je sais que je ne veux pas d’enfant actuellement, et je n’en ai jamais voulu. Mais je suis moins radicale dans l’idée qu’un jour, il soit possible que je change d’avis. Cela dit, je n’évoquerais pas cette possibilité avec quelqu’un, par exemple dans une relation de couple, car je ne voudrais pas que cette personne attende de moi que je change d’avis.

Écouter sans juger

Avec “Ni Mère, Ni Moins”, Soraya Poulin ne cherche pas à donner une réponse unique à une question intime. Elle ouvre plutôt un espace où plusieurs vérités peuvent coexister : celles des femmes qui n’ont jamais désiré d’enfant, celles qui ont dû faire avec les circonstances, celles qui ont traversé des épreuves, celles qui ont trouvé d’autres formes de transmission.

Le podcast rappelle qu’une vie ne se mesure pas à un seul choix, ni à une seule expérience. La maternité peut être centrale pour certaines femmes. Elle peut ne pas l’être pour d’autres. Et entre ces deux réalités, il existe une multitude de chemins.

Ce que “Ni Mère, Ni Moins” propose, au fond, c’est d’écouter ces chemins sans les hiérarchiser.

Note : 

Les témoignages évoqués dans cet article relèvent de parcours personnels. Ils ne constituent ni un avis médical ni une recommandation de choix de vie. L’objectif est d’ouvrir un espace d’écoute autour de la non-maternité, dans le respect de la diversité des vécus.

Maeva Lasmar Profile Picture

Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.


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