- En 2025, le nombre d’infractions pour violences domestiques est de 2 008 cas à Genève.
- Sur les trois homicides commis dans le canton, deux sont dans la sphère domestique.
- À Genève, huit tentatives d’homicide sont dans un contexte de violences domestiques.
- Les mesures d’éloignement administratif sont au nombre de 204.
- La durée moyenne d’éloignement est de 12,6 jours.
Les chiffres ne disent jamais tout. Mais ils obligent parfois à regarder ce que la sphère privée rend invisible. Le rapport 2025 de l’Observatoire genevois des violences domestiques apporte une photographie partielle, mais précieuse, des situations connues du réseau genevois. Publié par le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences, avec l’analyse de l’OCSTAT, ce document s’inscrit dans un travail de suivi mené depuis 2011 à Genève.
À Genève, les interventions policières, les mesures d’éloignement et les demandes d’hébergement dessinent une réalité préoccupante : les violences domestiques restent un enjeu majeur de protection, de santé publique et de cohésion sociale.
L’enjeu n’est pas seulement de compter, mais de comprendre ce que ces données révèlent et ce qu’elles ne peuvent pas encore montrer.
Un panorama genevois : les chiffres marquants de 2025
L’année 2025 marque un tournant dans la visibilité des violences au sein du canton. Selon les données reprises dans le rapport, le nombre d’infractions pour violences domestiques a atteint 2 008 cas à Genève.
Ce chiffre, en progression de 4 % par rapport à l’année précédente, contraste avec une tendance générale à la baisse de la criminalité dans le canton, où l’ensemble des infractions au Code pénal diminue de 4 %. Cette divergence souligne la spécificité des violences domestiques, qui ne suivent pas forcément les mêmes dynamiques que d’autres formes de criminalité.
La gravité de la situation apparaît plus nettement encore lorsqu’on observe les actes les plus extrêmes. En 2025, sur les trois homicides commis dans le canton de Genève, deux relevaient de la sphère domestique. À l’échelle nationale, 34 des 55 homicides recensés, soit 62 %, relevaient du cadre domestique. Le rapport indique aussi une hausse de 31 % des homicides domestiques en Suisse par rapport à 2024. À Genève, huit tentatives d’homicide ont également été recensées dans un contexte de violences domestiques.
Ces chiffres rappellent une réalité essentielle : le foyer n’est pas toujours le lieu de sécurité qu’il devrait être. Derrière les statistiques, il y a des trajectoires de vie, des enfants exposés, des femmes en danger, des proches démunis, mais aussi un réseau professionnel qui tente de répondre à des situations souvent complexes et urgentes.
L’action de terrain : quand la police et les mesures d’éloignement s’intensifient
Le rapport 2025 met en lumière une activité policière en très forte hausse. La police genevoise a enregistré 966 réquisitions pour violences domestiques, soit environ 2,6 interventions par jour. Ce chiffre représente une augmentation de 44 % par rapport à 2024 et atteint sa valeur la plus élevée depuis vingt ans.
Parallèlement, un niveau record a été atteint concernant les mesures de protection immédiate. En 2025, la police a prononcé 204 mesures d’éloignement administratif, une hausse de 61 % en un an. Ces mesures permettent d’écarter une personne auteure présumée du domicile lorsque la mesure paraît propre à empêcher la répétition des actes. Le total des jours d’éloignement a lui aussi fortement progressé, passant de 1 274 jours en 2024 à 2 565 jours en 2025. La durée moyenne d’éloignement s’établit désormais à 12,6 jours.
Cette réactivité accrue ne doit pas être lue de manière simpliste. Le rapport relie notamment cette hausse à une meilleure mobilisation des outils existants, à des rappels effectués au sein du corps de police concernant la loi sur les violences domestiques et à une sollicitation plus systématique des commissaires pour chaque réquisition relevant de cette loi.
L’autre élément important concerne la prise en charge des personnes éloignées. Les entretiens socio-thérapeutiques et juridiques obligatoires, assurés par l’association Vires, ont connu une progression notable : 76 % des personnes éloignées y ont participé en 2025, contre 57 % en 2024. Pour l’Observatoire, cette amélioration est liée au renforcement des moyens accordés à cette prestation.
Entre visibilité et silence : déchiffrer la hausse des signalements
Face à une telle progression des chiffres, une question revient naturellement : Genève est-elle devenue plus violente ? Les données disponibles invitent à une lecture prudente. Une hausse des interventions ou des mesures prononcées ne signifie pas automatiquement que les violences augmentent dans les mêmes proportions.
Elle peut aussi traduire une meilleure détection, une meilleure orientation des victimes, une plus grande réactivité institutionnelle ou une amélioration de la collecte statistique.
Le rapport lui-même appelle à la prudence. Il précise que les résultats ne recensent que les personnes s’étant adressées à au moins une entité contributrice de l’Observatoire. Autrement dit, les situations non dénoncées, non signalées ou non accompagnées par le réseau restent en dehors de ce périmètre.
Cette limite est fondamentale. Les violences domestiques se déroulent souvent dans un espace intime, marqué par la peur, la dépendance affective, économique ou administrative, la honte, l’isolement ou la crainte de ne pas être crue.
Les chiffres de 2025 éclairent donc une partie du phénomène : celle qui parvient jusqu’aux institutions. Ils ne doivent ni être minimisés, ni être présentés comme l’image complète de toutes les violences vécues dans le canton.
Le rapport s’inscrit aussi dans un contexte plus large de production de données. L’enquête Iceberg, publiée en 2025, vise précisément à mieux appréhender les violences qui ne sont pas toujours détectées par le réseau institutionnel et les raisons du non-recours. Cette articulation entre données administratives et enquêtes de population est essentielle pour comprendre l’ampleur réelle du phénomène.
Un réseau genevois en première ligne : de l’hébergement au soutien psychologique
Le dispositif genevois repose sur un maillage d’institutions partenaires. En 2025, les 12 institutions participant à l’Observatoire ont pris en charge 5 748 personnes distinctes, dont 3 486 femmes et 2 262 hommes. Parmi elles, 4 207 étaient majeures et 1 541 mineures. Le rapport précise toutefois que les chiffres de 2025 ne peuvent pas toujours être comparés directement à ceux de l’année précédente, notamment en raison de changements méthodologiques dans certaines collectes de données.
L’hébergement reste l’un des piliers de la mise en sécurité. En 2025, 421 personnes, dont 221 adultes et 200 enfants, ont été hébergées dans l’un des foyers spécialisés du canton, contre 383 en 2024. Ces structures incluent notamment AVVEC, le Foyer Arabelle, Au Cœur des Grottes et Le Pertuis. Le rapport souligne cependant une pression croissante sur ces prestations : au foyer Le Pertuis, spécialisé dans l’hébergement d’urgence, seules 26 % des demandes valables ont effectivement abouti à un hébergement en 2025.
Les subventions cantonales allouées à l’hébergement ont plus que doublé entre 2018 et 2025, passant de 1 675 475 francs à 3 472 083 francs. Le développement du réseau s’est aussi accompagné d’une clarification des rôles, notamment avec une convention d’hébergement signée en décembre 2023 et une plateforme interinstitutionnelle de coordination mise en œuvre dès avril 2024. Malgré ces avancées, la demande reste forte.
Le Centre LAVI occupe également une place centrale dans l’accompagnement. Il peut notamment soutenir financièrement et organiser des solutions d’hébergement d’urgence, dans les limites prévues par ses bases légales. En cas de saturation des foyers, des solutions hôtelières peuvent être mises en place en dernier recours, avec un accompagnement socio-administratif.
Les Hôpitaux universitaires de Genève jouent aussi un rôle important. La nouvelle Consultation médico-légale pour adultes victimes de violence, ouverte aux HUG en janvier 2025, a accueilli 435 patientes et patients toutes violences confondues. Le rapport précise que 63 % des consultations concernaient des violences communautaires, 29 % des violences dans le couple et 8 % des violences dans la famille. Cette consultation permet notamment d’établir une documentation médico-légale, indépendamment d’un dépôt de plainte.
Les visages de la violence : surmonter les barrières de la dénonciation
Les données de 2025 confirment que les violences domestiques demeurent un phénomène fortement genré, en particulier dans les situations impliquant des adultes. Parmi les personnes majeures prises en charge, les femmes représentent 84 % des personnes uniquement victimes directes, tandis que les hommes représentent 84 % des personnes uniquement auteures.
Les formes de violence sont souvent multiples. Sur les 4 207 personnes majeures prises en charge, 84 % font état de violences psychologiques, 64 % de violences physiques, 18 % de violences économiques, 16 % de violences sexuelles et 5 % de harcèlement ou de stalking.
Pour les situations où le doute domine encore, notre article aide à reconnaître les signes d’une violence psychologique dans le couple sans poser de diagnostic hâtif.
Le harcèlement ou stalking peut aussi s’inscrire dans un contexte domestique ; notre article sur le harcèlement obsessionnel en Suisse détaille le nouveau cadre pénal et les mesures de protection possibles.
Le rapport rappelle aussi que ces violences s’additionnent fréquemment : une personne peut être confrontée à plusieurs formes de violences dans une même situation.
Les obstacles au signalement restent nombreux. Pour les personnes étrangères dont le statut administratif dépend du ou de la partenaire, la peur de perdre son autorisation de séjour ou d’être expulsée de Suisse peut devenir un frein majeur à la dénonciation. En 2025, 11 permis ont été octroyés par le Secrétariat d’État aux migrations sur la base de l’article 50 alinéa 2 lettre a de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration, après préavis positif de l’Office cantonal de la population et des migrations.
Les enfants, souvent décrits comme des victimes indirectes lorsqu’ils sont exposés aux violences entre adultes, occupent une place centrale dans le rapport. Le consensus scientifique rappelé par l’Observatoire indique que les mineurs exposés à des violences subissent de graves conséquences et doivent être reconnus comme des victimes à part entière. En 2025, le Service de protection des mineurs a pris en charge 79 % des mineurs recensés par l’Observatoire.
Un engagement collectif pour demain
Le rapport 2025 de l’Observatoire genevois des violences domestiques n’est pas seulement un état des lieux. Il montre aussi une institutionnalisation progressive de la réponse genevoise : davantage de données judiciaires, une meilleure documentation des mesures de protection, une intégration du Centre LAVI, du Tribunal civil et de la consultation médico-légale, ainsi qu’une attention accrue portée aux violences non détectées par le réseau.
Dans un autre registre, le Grand Conseil genevois avait intégré au budget 2025 un montant supplémentaire de 1 million de francs destiné aux associations portant le dispositif de lutte contre les violences domestiques, afin de renforcer et d’accélérer leur action.
L’un des défis majeurs reste la continuité de la prise en charge : protéger dans l’urgence, accompagner dans la durée, prévenir la récidive, soutenir les enfants, sécuriser les victimes dépendantes administrativement ou économiquement, et permettre aux personnes concernées de trouver une aide adaptée sans être culpabilisées.
En conclusion, les violences domestiques à Genève ne relèvent pas du simple fait divers. Elles constituent un enjeu de protection, de santé publique, de justice et de cohésion sociale. Les chiffres 2025 rappellent l’ampleur du travail à mener, mais aussi l’importance d’un réseau capable de mieux voir, mieux documenter et mieux accompagner.
En cas de danger :
En cas de danger immédiat à Genève, appelez la police au 117 ou les urgences médicales au 144. La ligne d’écoute cantonale pour les violences domestiques est joignable au 0840 110 110. Elle offre une écoute anonyme et une orientation aux personnes concernées.
Vous pouvez aussi consulter nos ressources d’urgence en Suisse romande pour retrouver les numéros essentiels et les associations d’aide par canton.
Note :
Cet article est informatif et ne remplace pas un accompagnement professionnel, juridique, médical ou psychologique.
Sources :
- Les violences domestiques en chiffres, année 2025 | ge.ch – https://www.ge.ch/document/violences-domestiques-chiffres-annee-2025
- Statistique policière de la criminalité (SPC) – Rapport annuel 2025 des infractions enregistrées par la police | Publication – https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home.assetdetail.36434645.html
- N° 194 – Évaluation du dispositif de la prise en charge des auteurs de violences domestiques – La Cour des comptes de Genève – https://cdc-ge.ch/publications/n-194-evaluation-du-dispositif-de-prise-en-charge-des-auteurs-de-violences-domestiques/
- 12 ans d’observatoire des violences domestiques : évolutions et perspectives (2011-2022) | ge.ch – https://www.ge.ch/document/12-ans-observatoire-violences-domestiques-evolutions-perspectives-2011-2022
- Convention sur l’hébergement des victimes de violences domestiques à Genève | ge.ch – https://www.ge.ch/document/convention-hebergement-victimes-violences-domestiques-geneve
- Enquête Iceberg sur les violences sexistes, sexuelles, LGBTIQ+phobes et domestiques | ge.ch – https://www.ge.ch/document/enquete-iceberg-violences-sexistes-sexuelles-lgbtiqphobes-domestiques
- Enquête Iceberg : rapport spécifique LGBTIQ+ | ge.ch – https://www.ge.ch/document/enquete-iceberg-rapport-specifique-lgbtiq
- GREVIO – Convention d’Istanbul Lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique – https://www.coe.int/fr/web/istanbul-convention/grevio











