Comment je me suis préparée à monter sur la scène TEDx

Leonilda Renaldo prenant la parole sur une scène TEDx à Genève Leonilda Renaldo prenant la parole sur une scène TEDx à Genève

Coach en communication et en intelligence émotionnelle, Leonilda Renaldo accompagne depuis vingt ans des professionnel·les dans leur prise de parole. En mars 2026, elle est montée sur une scène TEDx à Genève pour présenter « Before AI rewrites you, listen » (« Avant que l’IA ne vous réécrive, écoutez-vous »). Elle raconte les coulisses de cette préparation : le travail, les doutes et ce que cette expérience a changé dans sa manière d’aborder la prise de parole.

Il y a un collage dans mon garage. Des images de magazines collées sur un carton en 2018. Je l’avais appelé mon tableau d’intention. On y met ce qu’on n’ose pas encore dire à voix haute. Parmi les images, il y avait la photo d’une femme sur une scène TEDx. Je ne savais pas qui elle était. Je savais seulement que je voulais être à sa place. 

À l’époque, j’étais membre de Toastmasters depuis un an. J’apprenais à parler en public, moi qui passais déjà mes journées à préparer les autres. Une petite voix me disait : monte sur cette scène et raconte ton histoire. Celle qui a forgé ta carrière. Celle qui pourrait aider d’autres personnes à écouter la leur.

Puis la vie a repris son cours. Le tableau a quitté ma chambre pour mon bureau. Puis mon bureau pour le garage.

Le jour où le collage m’a rattrapée

En 2025, on me propose d’interviewer en ligne Lauren Parsons, au sein de Toastmasters c’est l’une des conférencières les plus primées et basée en Nouvelle-Zélande. Pendant la réunion préparatoire, son visage me dit quelque chose. Impossible de savoir quoi. Et puis j’aperçois, derrière elle, le cordon TEDx accroché dans la pièce.

Je l’interromps en pleine phrase : « Lauren, excuse-moi. Tu es dans mon tableau d’intention. Depuis sept ans. »

Nous avons éclaté de rire toutes les deux. Un rire de surprise, et d’émotion aussi.

Je ne crois pas que la chance ait tout fait. Ce jour-là, j’ai dit oui. Et chaque oui en a entraîné un autre. Lauren m’a présentée à sa coach. J’ai été invitée à former les intervenants de l’édition genevoise 2025. Quelques mois plus tard, on me proposait de monter moi-même sur scène, en mars 2026. 

Pourquoi cette scène-là

Pendant des années, j’ai préparé mes clients. J’ai préparé mes enfants. Je connaissais le chemin par cœur, mais toujours depuis les coulisses.

Je voulais être entendue sur un sujet qui m’habite : l’intelligence émotionnelle. Je la résume par une idée simple : l’écoute de soi. Écouter ce qu’on ressent, et les valeurs qui se cachent derrière. Et ce sujet devient urgent. Quand une machine peut écrire à notre place, il faut savoir ce qu’on veut vraiment dire.

Leonilda Renaldo tenant deux cartes sur la self-awareness lors de l’événement TEDx à Genève
Leonilda Renaldo lors de l’événement TEDx à Genève, autour d’un message central de son intervention : l’importance de la conscience de soi dans la manière dont nous nous exprimons et prenons des décisions.

Cette idée, je ne l’ai pas apprise dans un livre. Je l’ai vue vivre chez ma mère. Une femme qui arrive dans un pays dont elle ne parle pas la langue. Elle n’a pas les mots. Elle a ses valeurs. Et c’est en les écoutant qu’elle trouve la manière juste de formuler sa demande. Je n’en dis pas plus ici. C’est le cœur de mon talk.

Pourquoi TEDx ? Parce que c’est une scène visible, une marque reconnue, et que je pouvais y parler dans l’une de mes langues maternelles. Et parce que le format oblige à tout ramener à une seule idée.

Trois mois pour trouver le cadeau

Une fois ma participation confirmée, j’ai passé trois mois sur une seule question. Quel cadeau je veux laisser au public ? Une idée qu’ils emporteraient en sortant. Pas pour les convaincre. Pour leur offrir un autre angle, et ouvrir une conversation.

J’ai travaillé comme écrivaine. Je me suis documentée. J’ai interrogé mes parents, qui allaient devenir les personnages de mon récit. Écrire le texte comme si c’était une chanson. J’ai écouté mes clients autrement. Pendant trois mois, tout est devenu matière.

Le travail est devenu minutieux. Le cadre est strict : seize minutes maximum. Au-delà, la vidéo ne peut pas être montée. Seize minutes pour planter une idée nouvelle dans l’esprit du public.

Chaque mot devait mériter sa place : 

  • j’ai pesé les intonations,
  • resserré le récit,
  • cherché le clou du discours. 

J’ai aussi choisi quelques personnes, mes amis de Toastmasters pour me faire des retours, bienveillants mais exigeants. Entre leurs regards et ma propre écoute, l’équilibre était fragile.

Il y a eu des moments de grâce. Les séances où l’inspiration arrivait d’un coup. Le jour où j’ai choisi ma tenue et ma coiffure avec ma fille et une amie. Les soirs où je me visualisais monter les marches, face à un public souriant et complice.

Les moments où je doutais

Et puis il y avait l’autre versant. Les jours où je doutais de mon message. Serait-il reçu comme je l’entendais ? Le titre serait-il assez bon pour l’algorithme ? Ironique, pour un talk qui parle justement d’IA. Quatre heures de conférences : le public tiendrait-il encore quand viendrait mon tour ?

Mon histoire est interculturelle. Fallait-il garder un passage en espagnol ? Garder mon accent ? Est-ce que ça faisait assez « TEDx » ?

Derrière toutes ces questions, il y en avait une seule. C’est quoi, mon style ? Ma signature ? J’accompagne des dirigeants sur cette question depuis vingt ans. Je découvrais que je devais me la poser à moi aussi.

Ce que j’ai dû désapprendre

Au début, je demandais l’avis de tout le monde. Chaque retour était juste. Et chaque retour m’éloignait un peu de moi. J’ai dû désapprendre ce réflexe. Ou plutôt apprendre à poser des questions précises. Pas « tu en penses quoi ? », mais « ce passage est-il clair ? ».

Pour les gestes et les intonations, j’ai fini par faire ce que je conseille à mes clients sans toujours l’appliquer moi-même. M’écouter. Refaire devant le miroir. Sentir ce qui sonne vrai dans mon corps, et pas seulement ce qui coche les cases.

Le jour J

J’ai pris le bus pour me rendre au Geneva Graduate Institute. Un choix délibéré, pour ne pas ajouter de stress. Je voulais arriver sereine.

Le bus était plein. La femme assise à ma droite s’agaçait contre ceux qui montaient sans laisser descendre les autres. Je lui ai demandé : « Laquelle de vos valeurs vient d’être bafouée ? » Elle m’a regardée, surprise. Puis elle a répondu : « Le respect. » Son visage s’est détendu.

Sur ce court trajet, nous avons parlé du respect, de nos métiers, de nos prénoms. Le sien signifie « réussite ». Je suis descendue en souriant. Mon message venait de toucher une inconnue, quelques heures avant de le prononcer devant une salle.

J’avais bu deux litres et demi d’eau depuis huit heures du matin. J’avais quand même la gorge sèche. L’eau, c’était l’adrénaline qui la buvait. Un puits sans fin.

La conférence commençait à 13 heures. Mon passage était prévu à 16 h 15. Les nerfs se calmaient un peu, puis repartaient de plus belle à mesure que mon tour approchait.

En coulisses, avec les musiciens, les autres intervenants et les organisateurs, on se soutenait. La collaboration en action. On avait tous le trac. Mais qu’est-ce que ça faisait du bien d’être là. On sautait sur place. On buvait encore et encore. On se massait les points d’acupression. Les musiciens jouaient de la musique qui calmait les esprits et les cœurs. On visualisait. Tout ce que je conseillais à mes clients, je le faisais pour moi, et avec les autres.

Mon nom est annoncé. Mon cœur fait un bond de plus. Un membre de l’équipe me prend la main pour m’accompagner jusqu’à la scène. Heureusement, j’avais prévu de ne pas porter de talons.

La veille, nous avions répété. Je savais où serait la caméra, où le public serait assis, où poser mon regard. Tout était prêt.

Je monte. Je respire. J’occupe l’espace, comme je le conseille à mes clients. Puis vient la première phrase : « Let me take a good look at you » Et le voyage commence, dans le New York des années 70.

La suite est dans la vidéo : 

Ce que je n’avais pas anticipé

À la fin de la conférence, des gens sont venus me voir. Chacun me disait ce qu’il avait retenu. Certains avaient gardé la même chose. D’autres, quelque chose de tout à fait différent. J’avais passé trois mois à préparer un cadeau. Je n’avais pas imaginé qu’il s’ouvrirait de tant de façons.

Quand la vidéo a été mise en ligne, une ancienne cliente m’a écrit : « Pourquoi as-tu attendu huit ans ? » Sa question m’a fait réfléchir. Personne ne m’avait fait attendre. Les portes se sont ouvertes le jour où j’ai décidé de les pousser. Huit ans, ça paraît long. Vu d’ici, ça ne compte presque pas.

Avec le recul

Monter sur cette scène m’a appris que la préparation commence à l’intérieur. Le texte, les répétitions, la tenue viennent après.

J’ai aussi appris à faire confiance au public. Chacun emporte le cadeau qu’il est prêt à recevoir. L’intervenante le dépose, le public le reçoit. Ma responsabilité, c’est de poser une intention claire. Le reste ne m’appartient pas.

Se préparer, c’est une danse fragile. Rester souple, ouverte à tout ce qui peut rendre le discours meilleur. Et savoir reconnaître le moment où il faut cesser d’écouter les autres pour revenir à cette petite voix qui ne nous quitte jamais.

C’est elle qui m’avait soufflé TEDx en 2018. C’est elle que j’ai emmenée sur scène.

Note de l’autrice

Cette expérience a aussi transformé ma manière d’accompagner les autres. Aujourd’hui, j’aide des professionnel·les, chef.fes d’entreprise et dirigeant·es à clarifier l’idée qu’ils souhaitent porter, à structurer leur message et à préparer leur prise de parole.

Portrait de Leonilda Renaldo

Leonilda Renaldo

Coach professionnelle en anglais, leadership et intelligence émotionnelle

Leonilda Renaldo est coach professionnelle, fondatrice de LeoDynamics, spécialiste de l’anglais professionnel, de la présence exécutive, de la prise de parole et de l’intelligence émotionnelle. Basée à Genève, elle accompagne des dirigeant·es, managers et équipes internationales dans le développement de leur confiance, de leur clarté et de leur impact en contexte professionnel multilingue.




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