Il suffit parfois d’un procès pour faire vaciller une société. Avec L’Affaire Marie-Claire, Lauriane Escaffre et Yvo Muller redonnent chair au combat mené par Gisèle Halimi en 1972. Porté par Charlotte Gainsbourg, le film questionne avec force une liberté que l’on pourrait croire définitivement acquise.
L’écran est encore noir lorsque s’élèvent des voix de femmes en colère. Elles revendiquent, interpellent, refusent de se taire. D’emblée, L’Affaire Marie-Claire place leur parole au cœur du récit : celle que l’on confisque, celle que l’on murmure et celle qui, un jour, devient suffisamment forte pour se faire entendre.
Nous sommes en 1972. Marie-Claire Chevalier a 16 ans. Violée, enceinte, elle refuse de garder l’enfant et avorte clandestinement avec l’aide de sa mère. Dénoncée par celui-là même qui l’a violée, l’adolescente se retrouve devant la justice. Son avocate, Gisèle Halimi, renverse alors la situation : ce ne seront pas les femmes qui demanderont pardon. Ce sera la loi qu’il faudra changer.
Construit autour du procès, le film remonte par touches successives le fil des événements qui ont conduit ces femmes devant leurs juges.
Ne surtout pas s’excuser
Charlotte Gainsbourg compose une Gisèle Halimi sans effets de manche inutiles. Déterminée, elle laisse aussi affleurer le doute face au pari immense qu’elle est en train de faire. Une idée devient presque le pouls du film : ses clientes ne sont pas coupables et n’ont donc pas à s’excuser. À la moindre excuse, tout l’édifice qu’elle tente de renverser menace de s’effondrer.
Derrière le procès de l’avortement se joue celui de la place accordée aux femmes. Il faut les voir parler de leur ventre, de leur intimité et de leur refus de maternité devant des hommes chargés de décider de leur sort. Celles qui en avaient les moyens pouvaient partir avorter à l’étranger, notamment en Suisse. Les autres risquaient leur santé, leur liberté et parfois leur vie.
Lauriane Escaffre et Yvo Muller auraient pu transformer cette histoire en démonstration militante. Ils choisissent la tension du film judiciaire et suivent la stratégie de Gisèle Halimi : faire sortir l’avortement du secret des femmes pour l’imposer dans le débat public. Presse, intellectuels et politiques entrent dans la bataille. Le procès d’une adolescente devient celui d’une loi.
On connaît l’Histoire : Bobigny ouvrira une brèche décisive avant la loi Veil de 1975. Le savoir n’enlève pourtant rien à la tension. Le film nous ramène au présent du procès, là où rien n’est encore joué.
Des femmes, plusieurs générations
Au milieu de ces femmes, il y a d’abord Marie-Claire. Saül Benchetrit la joue avec une retenue qui lui va particulièrement bien. Souvent silencieuse, presque en retrait, elle ne disparaît jamais vraiment : lorsqu’elle prend la parole, on se souvient que derrière l’affaire, la stratégie et le symbole, il y a une adolescente de 16 ans.
Cécile de France prête à Michèle Chevalier, sa mère, une remarquable justesse. La vie a marqué cette femme sans lui enlever cette beauté qui frappe à l’écran, notamment dans sa manière de rester aux côtés de sa fille lorsque tout s’assombrit. La mère de Gisèle Halimi incarne, elle, le poids des traditions, de l’obéissance et d’une maternité pensée comme un destin. Entre ces deux mères se dessine déjà tout ce qui est en train de basculer.
Il s’agit seulement du deuxième long métrage de Lauriane Escaffre et Yvo Muller après Maria rêve. Le duo avait remporté le César du meilleur court métrage en 2020 pour Pile Poil. Clin d’œil helvétique : Yvo Muller est franco-suisse et a étudié à Lausanne avant de se tourner vers le théâtre puis le cinéma.
La caméra reste proche des visages, des hésitations, des silences. Dans le tribunal, chaque mot pèse. Derrière la question de l’avortement en affleure une autre, plus vaste : est-ce à une femme de disposer de son corps ou à quelqu’un d’autre de décider pour elle ?

Cinquante-quatre ans plus tard, le film ne montre pas seulement ce que les femmes ont obtenu depuis 1972. Il rappelle ce qu’il leur a fallu risquer pour l’obtenir.
Et puis viennent les dernières minutes.
Nous en connaissons l’issue. Cela devrait suffire à nous protéger de la surprise. Pourtant, devant ces femmes suspendues à quelques mots, la distance disparaît. La peur, l’attente, les visages prennent le dessus sur tout ce que l’on sait déjà.
C’est peut-être là que L’Affaire Marie-Claire touche le plus juste : lorsque l’Histoire cesse d’être une date que l’on connaît pour redevenir ce qu’elle fut, un moment vécu par des femmes qui, elles, ne savaient pas encore ce qui allait suivre.
L’Affaire Marie-Claire, de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, avec Charlotte Gainsbourg, Cécile de France, Grégory Gadebois et Saül Benchetrit. Au cinéma en Suisse romande dès le 4 novembre.
🎟️ Concours Instagram : 6 places de cinéma à gagner !
À l’occasion de la sortie de L’Affaire Marie-Claire, Esprit Féminin vous offre la chance de remporter 6 places de cinéma pour découvrir le film en Suisse romande dès le 4 novembre 2026.
📅 Concours du 21 au 25 octobre 2026
🎉 Tirage au sort dimanche 25 octobre à 17 h
Pour participer, rendez-vous sur notre compte Instagram et suivez les modalités indiquées dans la publication du concours.
👉 Participer au concours sur Instagram
Note éditoriale :
Cet article a été rédigé par Carole Alkabes, photojournaliste, à la suite d’une projection de presse du film L’Affaire Marie-Claire, à laquelle elle a assisté pour Esprit Féminin.





