Égalité femmes-hommes en Suisse : ce que révèle vraiment le classement WEF 2026

Classement Global Gender Gap Index 2026 du WEF montrant la Suisse au 27e rang mondial avec un score de 0,771. Classement Global Gender Gap Index 2026 du WEF montrant la Suisse au 27e rang mondial avec un score de 0,771.

La Suisse recule de dix places dans le Global Gender Gap Report 2026 du Forum économique mondial (WEF) et se classe désormais au 27e rang. Un résultat qui interpelle, mais qui demande à être interprété avec précaution. Car cet indice ne mesure ni la qualité de vie des femmes ni, à lui seul, l’état général de l’égalité dans un pays. Pour comprendre ce classement, il faut regarder sa méthodologie, ses quatre dimensions et les confronter aux données suisses les plus récentes.

Les 5 chiffres à retenir
  • 27e place en 2026 : le rang de la Suisse dans le Global Gender Gap Index, contre la 17e place en 2025.
  • 15,7 % en 2024 : l’écart salarial moyen entre femmes et hommes dans l’ensemble de l’économie suisse.
  • 6,5 % en 2024 : l’écart salarial restant inexpliqué lorsque l’OFS compare des femmes et des hommes présentant un même profil structurel.
  • 59,5 % en 2024 : la proportion de femmes actives occupées travaillant à temps partiel au quatrième trimestre, contre 20,6 % des hommes.
  • 31 % en 2022 : l’écart moyen de rente entre les femmes et les hommes de 65 ans ou plus.

Pourquoi la Suisse tombe-t-elle à la 27e place ?

Publié le 16 septembre 2026, le Global Gender Gap Report marque la vingtième édition de l’indice créé par le Forum économique mondial en 2006. Cette année, 145 économies sont intégrées au classement.

À l’échelle mondiale, 69,2 % de l’écart mesuré entre femmes et hommes est considéré comme comblé. Au rythme observé sur les vingt années suivies par le WEF, l’organisation estime qu’il faudrait encore environ 120 ans pour atteindre la parité mondiale sur l’ensemble des dimensions étudiées.

L’Islande conserve la première place avec 93 % de son écart de genre considéré comme comblé, devant la Finlande et la Norvège. La Suisse, elle, passe du 17e au 27e rang.

Mais une position dans un classement international ne se lit pas comme une note scolaire. Le rang dépend à la fois des résultats propres à la Suisse et de ceux des autres économies présentes dans l’indice. Il faut donc regarder ce qui se passe à l’intérieur des quatre composantes avant de chercher une explication unique.

Ce qui change dans les quatre sous-indices

Dans le classement 2026, la situation suisse est contrastée.

Profil de la Suisse dans le Global Gender Gap Index 2026 du WEF : 27e rang, score 0,771 et résultats des quatre sous-indices.
Profil de la Suisse dans le Global Gender Gap Index 2026 : 27e rang mondial avec un score de 0,771. Le graphique détaille les quatre sous-indices et leur évolution par rapport à 2025. Source : World Economic Forum, Global Gender Gap Report 2026.

Pour la participation et les opportunités économiques, la Suisse progresse de quatre places et atteint le 54e rang mondial.

Dans le domaine de l’éducation, elle gagne cinq places et se situe au 64e rang.

Pour la santé et la survie, elle reste au 110e rang, comme en 2025.

Enfin, dans le domaine de l’émancipation politique, la Suisse recule de sept places pour atteindre le 23e rang.

Ces évolutions montrent pourquoi il serait réducteur d’interpréter les dix places perdues comme une régression uniforme. Certains sous-indices progressent en rang, l’un reste stable et le volet politique recule.

Cela ne signifie pas pour autant que la baisse générale serait uniquement due aux progrès réalisés par d’autres pays. Le classement doit être lu avec les scores et les indicateurs qui le composent, ainsi qu’avec les données nationales disponibles.

Comment fonctionne réellement le classement du WEF ?

Le Global Gender Gap Index ne cherche pas à savoir dans quel pays les femmes disposent du niveau de vie le plus élevé. Il mesure avant tout les écarts entre femmes et hommes au sein d’une même économie.

Le WEF évalue la progression vers la parité sur une échelle allant de 0 à 1. Un score de 1 correspond à la parité. Dans la plupart des indicateurs, lorsqu’un ratio devient favorable aux femmes, il est plafonné au niveau correspondant à la parité : un pays ne reçoit donc pas de « bonus » parce que les femmes dépassent les hommes sur un indicateur.

Les 14 indicateurs utilisés

Les 14 indicateurs sont répartis en quatre domaines.

La participation économique comprend notamment la participation au marché du travail, l’égalité salariale perçue pour un travail similaire, les revenus estimés ainsi que la représentation parmi les cadres, responsables et professions techniques.

L’éducation repose sur l’alphabétisation et l’accès aux enseignements primaire, secondaire et supérieur.

La santé repose principalement sur le ratio des sexes à la naissance et l’espérance de vie en bonne santé.

Enfin, l’émancipation politique mesure la représentation des femmes au Parlement, leur présence parmi les ministres ainsi que le nombre d’années pendant lesquelles une femme a occupé la fonction de cheffe d’État au cours des cinquante dernières années.

Des informations sur les filières d’études, les compétences ou d’autres réalités sociales figurent également dans les profils du WEF, mais elles ne sont pas toutes intégrées au calcul de l’indice. Le rapport distingue explicitement les 14 indicateurs utilisés pour calculer le score des nombreux indicateurs contextuels présentés en complément.

Pourquoi une place dans le classement n’est pas une mesure absolue

Cette distinction est essentielle.

Un pays disposant d’un haut niveau de vie ne sera pas automatiquement bien classé si les écarts entre les femmes et les hommes restent importants. À l’inverse, une économie moins riche peut obtenir un meilleur résultat si les différences entre les sexes sont plus faibles.

Le WEF mesure donc la distance à la parité, et non la richesse, la qualité des services publics ou l’ensemble des conditions de vie des femmes.

Le classement est également relatif : il compare des économies qui évoluent chacune à leur propre rythme.

Autre élément à garder en tête : toutes les données entrant dans le calcul ne proviennent pas de la même année. Selon le WEF, la majorité des données utilisées ont moins de deux ans, mais certaines peuvent être plus anciennes lorsque des statistiques récentes ne sont pas disponibles.

Que disent les dernières données suisses de 2024 ?

Pour compléter le classement international, les statistiques de l’Office fédéral de la statistique permettent de regarder plus directement certaines réalités du marché du travail suisse.

Salaires : l’écart moyen baisse à 15,7 %

C’est l’une des données les plus récentes disponibles.

Selon l’analyse de l’Enquête suisse sur la structure des salaires 2024, publiée le 31 août 2026, les femmes ont gagné en moyenne 15,7 % de moins que les hommes dans l’ensemble de l’économie suisse, secteurs privé et public réunis.

L’écart était de 16,2 % en 2022, 18 % en 2020 et 19 % en 2018. La tendance observée sur cette période est donc à une réduction progressive de la différence salariale moyenne. Les calculs portent sur des salaires mensuels bruts standardisés en équivalent plein temps.

L’OFS analyse également la partie de l’écart qui peut être associée à différentes caractéristiques mesurées, comme le secteur d’activité, la position professionnelle ou certaines caractéristiques individuelles.

Lorsque des femmes et des hommes présentant un même profil structurel sont comparés, l’écart de salaire restant inexpliqué atteint 6,5 % en 2024, contre 7 % en 2022. Cela correspond en moyenne à 640 francs bruts par mois.

Il faut toutefois être précise sur le sens de ce chiffre : « inexpliqué » signifie que la différence n’est pas expliquée par les variables incluses dans le modèle statistique. Cela ne permet pas, à lui seul, d’établir qu’une discrimination salariale individuelle est à l’origine de chaque différence observée.

Temps partiel : une différence toujours considérable

Le travail à temps partiel reste l’une des différences les plus marquées entre femmes et hommes sur le marché du travail suisse.

Au quatrième trimestre 2024, 59,5 % des femmes actives occupées travaillaient à temps partiel, c’est-à-dire à un taux inférieur à 90 %, contre 20,6 % des hommes.

Chez les hommes, cette proportion a augmenté de 2,9 points depuis le quatrième trimestre 2019. Chez les femmes, elle est restée beaucoup plus stable.

Cette répartition se retrouve dans le volume de travail effectué : les femmes représentaient 39,8 % du volume total des heures effectivement travaillées en Suisse en 2024, contre 60,2 % pour les hommes.

Ces chiffres ne disent pas pourquoi chaque personne choisit ou accepte un temps partiel. Ils montrent en revanche que les femmes et les hommes continuent à occuper des positions très différentes en matière de temps de travail.

Sous-emploi et trajectoires professionnelles

Temps partiel ne signifie pas nécessairement choix volontaire.

Au quatrième trimestre 2024, environ 248 000 personnes travaillant à temps partiel déclaraient souhaiter augmenter leur taux d’occupation à court terme. Le taux de sous-emploi atteignait alors 7,3 % chez les femmes contre 2,6 % chez les hommes.

À plus long terme, les différences de taux d’occupation, de revenus et de trajectoires professionnelles peuvent également se retrouver au moment de la retraite.

Pour 2022, l’OFS estime que la rente annuelle totale des femmes âgées de 65 ans ou plus était en moyenne inférieure de 16’239 francs à celle des hommes, soit un écart de rente de 31 %.

La Suisse est-elle vraiment moins égalitaire qu’en 2025 ?

La réponse demande plus de nuance que ne le suggère le passage de la 17e à la 27e place.

Le classement WEF indique bien un recul relatif important de la Suisse en 2026. Mais, dans le même temps, les données nationales montrent des évolutions qui ne vont pas toutes dans le même sens.

L’écart salarial moyen est par exemple passé de 16,2 % en 2022 à 15,7 % en 2024, tandis que l’écart inexpliqué entre profils structurellement comparables a diminué de 7 à 6,5 %.

Dans le classement WEF lui-même, la Suisse gagne des places dans les dimensions économique et éducative, reste stable pour la santé et recule sur le volet politique.

Ces constats ne sont pas contradictoires. Ils rappellent surtout qu’un classement international et des statistiques nationales ne mesurent ni exactement les mêmes choses, ni toujours les mêmes périodes.

Dire que « la Suisse a perdu dix places » est donc exact. En conclure que la situation des femmes s’est dégradée dans les mêmes proportions serait en revanche incorrect.

Pourquoi le classement politique suisse mérite d’être contextualisé

Le sous-indice politique est particulièrement intéressant dans le cas suisse.

Le WEF prend notamment en compte la proportion de femmes au Parlement et parmi les ministres, ainsi que le nombre d’années pendant lesquelles une femme a occupé la fonction de cheffe d’État au cours des cinquante dernières années.

Or, l’organisation institutionnelle suisse se distingue de nombreux régimes présidentiels ou parlementaires.

La Suisse n’a pas une seule personne exerçant durablement la fonction de chef de l’État. Cette fonction est assumée collectivement par le Conseil fédéral. La présidente ou le président de la Confédération est élu pour une année et agit comme primus inter pares, « premier parmi ses pairs ».

En 2026, Guy Parmelin exerce la présidence de la Confédération. Karin Keller-Sutter l’avait occupée en 2025 et Viola Amherd en 2024. Le Conseil fédéral actuel compte par ailleurs deux femmes parmi ses sept membres : Karin Keller-Sutter et Elisabeth Baume-Schneider.

Ces particularités ne permettent pas de conclure que la méthodologie du WEF « pénalise » artificiellement la Suisse. Elles montrent en revanche pourquoi la comparaison de l’indicateur consacré aux fonctions exécutives doit être replacée dans le fonctionnement institutionnel propre à chaque pays.

Ce que le Global Gender Gap Index ne mesure pas

Le Global Gender Gap Index est un outil de comparaison utile, mais il n’a jamais été conçu comme une mesure exhaustive de la condition des femmes.

Le WEF privilégie les résultats observés plutôt que les politiques ou les moyens déployés pour parvenir à la parité. Une loi sur l’égalité salariale, un congé parental ou une politique publique de garde d’enfants n’ajoutent donc pas directement des points au score : ce sont les résultats mesurés qui sont pris en compte.

De nombreuses réalités importantes pour les femmes en Suisse se situent par ailleurs en dehors des 14 indicateurs qui composent l’indice : travail domestique et familial non rémunéré, différences de rentes, pauvreté, violences ou encore différentes dimensions de la conciliation entre vie professionnelle et familiale.

Ces sujets peuvent être essentiels pour comprendre l’égalité dans la vie quotidienne sans pour autant modifier directement la place de la Suisse dans le classement WEF.

Ce qu’il faut retenir

La 27e place de la Suisse dans le Global Gender Gap Report 2026 constitue un signal à examiner, mais pas un verdict sur la situation des femmes dans le pays.

Le classement montre que la Suisse perd dix positions dans une comparaison internationale portant sur quatre grandes dimensions de la parité. Dans le détail, elle progresse toutefois en rang sur certains sous-indices, reste stable sur un autre et recule dans le domaine politique.

Les données nationales apportent une autre pièce au puzzle. L’écart salarial moyen continue de se réduire, mais reste de 15,7 % en 2024. Près de six femmes actives occupées sur dix travaillent à temps partiel, contre environ deux hommes sur dix. Le sous-emploi reste plus fréquent parmi les femmes et les écarts de rente demeurent importants.

Ces indicateurs ne racontent donc pas une histoire unique de progrès ou de recul.

Ils montrent plutôt une réalité faite d’avancées, de différences persistantes et de rythmes d’évolution différents selon les domaines.

C’est précisément l’intérêt du classement du WEF lorsqu’il est utilisé avec prudence : non pas résumer l’égalité femmes-hommes en un chiffre, mais fournir un point de départ pour regarder plus précisément où les écarts subsistent et comment ils évoluent.

Méthodologie et sources

Cet article s’appuie principalement sur :

  • le Global Gender Gap Report 2026 du World Economic Forum, publié le 16 septembre 2026 ;
  • le guide méthodologique et les données du Global Gender Gap Index 2026 ;
  • le Global Gender Gap Report 2025 pour la comparaison annuelle ;
  • l’Enquête suisse sur la structure des salaires 2024 de l’Office fédéral de la statistique ;
  • les Indicateurs du marché du travail 2025 de l’OFS ;
  • le portail de l’OFS consacré à l’égalité entre femmes et hommes ;
  • les données du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes ;
  • les informations officielles de la Confédération concernant le fonctionnement et la composition du Conseil fédéral.

Les années de référence sont indiquées lorsqu’elles diffèrent de l’année de publication. Les données nationales suisses ne doivent pas être assimilées directement aux indicateurs utilisés dans le calcul du classement WEF : elles servent ici à compléter et contextualiser celui-ci.

Maeva Lasmar Profile Picture

Maeva Lasmar

Journaliste

Maeva Lasmar est une journaliste engagée qui s’intéresse aux réalités vécues par les femmes d’aujourd’hui en Suisse romande : charge mentale, bien-être, équilibre professionnel et reconnaissance émotionnelle.




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