Semaine mondiale de l’allaitement maternel 2026 : soutenir les mères, une responsabilité collective

Mère allaitant son bébé dans un parc, entourée de familles, à l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement 2026 en Suisse. Mère allaitant son bébé dans un parc, entourée de familles, à l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement 2026 en Suisse.

Du 14 au 20 septembre 2026, la Suisse participe à la Semaine mondiale de l’allaitement maternel. Cette année, le thème choisi est particulièrement évocateur : « Renforcer l’allaitement : un effort collectif, un impact pour la vie ».

Derrière cette campagne, il ne s’agit pas de dire aux femmes qu’elles doivent allaiter, ni de présenter une seule manière de nourrir son bébé comme la preuve d’une « bonne maternité ». L’enjeu est ailleurs : faire en sorte que celles qui souhaitent allaiter puissent réellement le faire dans de bonnes conditions, aussi longtemps que cela leur convient.

Parce qu’entre le désir d’allaiter et la réalité du quotidien, il existe parfois un véritable fossé.

Pourquoi consacrer une semaine entière à l’allaitement ?

On pourrait se demander pourquoi l’allaitement maternel a besoin d’une semaine mondiale. Après tout, il accompagne l’humanité depuis toujours.

Mais allaiter aujourd’hui ne dépend pas uniquement du fonctionnement biologique du corps. Cela dépend aussi de la manière dont une naissance s’est déroulée, du soutien reçu dans les premiers jours, de l’entourage, des informations transmises, de la disponibilité de professionnel·le·s compétent·e·s, de la reprise du travail et même du regard porté par la société sur une femme qui nourrit son enfant.

La campagne suisse 2026 rappelle ainsi que le soutien à l’allaitement est une responsabilité collective.  Cette semaine permet donc de parler du lait maternel et de ses bénéfices, bien sûr, mais aussi de tout ce qui entoure l’allaitement maternel et que l’on oublie parfois.

« Un effort collectif » : le cœur du message 2026

Cette année, la Semaine mondiale met surtout en avant une évidence que l’on néglige encore trop souvent : on demande beaucoup aux mères, parfois sans se demander si leur environnement leur permet réellement d’allaiter.

Une mère épuisée qui reçoit des conseils contradictoires n’a pas seulement besoin qu’on lui dise que l’allaitement maternel est bénéfique. Elle a peut-être besoin que quelqu’un prépare le repas, fasse quelques courses ou s’occupe un moment des autres enfants. Elle peut avoir besoin qu’une sage-femme ou une consultante en lactation certifiée IBCLC puisse l’aider rapidement lorsqu’une tétée est douloureuse, que ses inquiétudes soient écoutées sans être minimisées et, surtout, que ses décisions soient respectées.

Au lieu de lui dire qu’elle serait peut-être moins fatiguée si elle arrêtait d’allaiter, son entourage peut simplement lui demander : « Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ? » Parfois, une aide très concrète dans le quotidien est plus précieuse qu’un conseil non sollicité.

Un accompagnement compétent, des informations fiables et un entourage soutenant peuvent réellement faire la différence. La littérature sur la lactation souligne d’ailleurs que l’absence de soutien familial ou professionnel et les normes sociales entourant l’alimentation du nourrisson peuvent influencer le vécu et la poursuite de l’allaitement (Lauwers & Swisher, 2021 ; Wambach & Spencer, 2021).

Allaiter doit aussi pouvoir faire partie de la vie quotidienne

Le message 2026 aborde une autre dimension importante : la place de l’allaitement maternel dans l’espace public.

Une femme qui allaite son enfant ne devrait pas avoir à organiser toute sa journée en fonction de l’endroit où elle pourra lui donner le sein. Un nourrisson peut avoir envie de téter dans un parc, dans un train, pendant un repas au restaurant, dans un magasin ou lors d’une promenade. Allaiter fait partie de la vie quotidienne et doit pouvoir être vécu comme tel.

Là encore, l’entourage et la société peuvent soutenir les mères par des gestes très simples : les laisser allaiter tranquillement, sans regards insistants, commentaires déplacés ou remarques désobligeantes.

Et l’allaitement maternel ne s’arrête pas nécessairement au premier anniversaire de l’enfant. Lorsqu’il se poursuit parallèlement à une alimentation diversifiée, le lait maternel conserve un intérêt nutritionnel et immunologique, tandis que la tétée peut aussi rester un moment de proximité, d’apaisement et de réconfort (Lauwers & Swisher, 2021 ; Wambach & Spencer, 2021 ; Core Curriculum for Interdisciplinary Lactation Care, LEAARC, 2024).

Chaque famille reste libre de déterminer la durée de cette relation d’allaitement.

Il est également possible d’allaiter deux enfants d’âges différents. On parle alors d’allaitement en tandem, ou de coallaitement : une mère peut, par exemple, continuer à allaiter son aîné après la naissance d’un nouveau bébé (Core Curriculum for Interdisciplinary Lactation Care, LEAARC, 2024 ; Lauwers & Swisher, 2021).

Ces réalités sont encore peu connues et peuvent parfois surprendre. Pourtant, qu’il s’agisse d’un nourrisson ou d’un jeune enfant, certaines femmes préfèrent allaiter discrètement ou rechercher un endroit calme, tandis que d’autres sont parfaitement à l’aise pour allaiter là où elles se trouvent. Ces différentes façons de vivre l’allaitement maternel doivent pouvoir coexister, sans jugement.

Pour celles qui souhaitent davantage de tranquillité lorsqu’elles sont à l’extérieur, mamamap.ch permet de trouver des lieux accueillants proposant un espace ou un coin où allaiter.

Illustration mamamap pour trouver des lieux accueillants où allaiter en Suisse.
mamamap permet de rechercher en Suisse des lieux accueillants proposant un espace où allaiter.

L’objectif n’est pas de rendre l’allaitement en public obligatoire ou militant. Il est simplement de faire en sorte qu’il soit normal, accepté et visible lorsqu’une mère choisit d’allaiter son enfant. C’est d’ailleurs l’un des messages explicitement portés par la campagne suisse cette année.

Et lorsque la mère reprend le travail ?

La reprise professionnelle est une autre étape où l’écart entre les intentions et la réalité peut devenir particulièrement visible.

Selon la Swiss Infant Feeding Study 2024, parmi les mères ayant repris le travail, 56 % indiquaient disposer d’un espace adapté pour allaiter ou tirer leur lait. Autrement dit, plus de quatre sur dix n’en disposaient pas.

Or continuer à allaiter après la reprise du travail demande généralement un minimum d’organisation et surtout des conditions favorables. La campagne 2026 appelle donc les employeurs à prendre leur part de responsabilité et rappelle l’importance des pauses d’allaitement, d’espaces appropriés et, plus largement, de meilleures conditions permettant de concilier vie familiale et activité professionnelle.

Une femme ne devrait pas avoir à choisir entre son projet d’allaitement et sa place dans le monde professionnel.

Soutenir l’allaitement, c’est aussi respecter les femmes

C’est probablement le message le plus important à retenir de cette Semaine mondiale.

On peut reconnaître les bénéfices du lait maternel tout en respectant pleinement chaque femme dans la manière dont elle choisit de nourrir son enfant. On peut promouvoir l’allaitement maternel sans transformer les recommandations en injonctions. Et l’on peut défendre le droit d’une mère à allaiter son enfant partout où elle vit sa vie, au travail comme dans l’espace public, sans considérer que son corps ou son enfant doivent devenir invisibles.

Soutenir l’allaitement maternel, ce n’est pas demander davantage d’efforts aux mères. C’est justement faire en sorte qu’elles aient moins à se battre pour mener le projet qu’elles ont choisi. Les conditions permettant de vivre un allaitement devraient être une responsabilité partagée.

Et peut-être est-ce finalement à cela que sert le plus une Semaine mondiale de l’allaitement : non pas à expliquer aux femmes ce qu’elles doivent faire, mais à rappeler à la société ce qu’elle peut faire pour elles.

Pour aller plus loin : 
Sources et références : 
  • Étude nationale sur l’alimentation des nourrissons – Swiss Infant Feeding Study (SWIFS) 2024 | OSAV – https://www.blv.admin.ch/fr/etude-nationale-sur-lalimentation-des-nourrissons
  • Final report SWIFS – Swiss Infant Feeding Study 2024 | ZHAW – https://digitalcollection.zhaw.ch/items/b6880480-5c93-4800-8099-51ce83ca2f8d
  • Impact of Swiss federal law on breast-feeding at work – Swiss Infant Feeding Study 2024 | European Journal of Public Health – https://academic.oup.com/eurpub/article/35/Supplement_4/ckaf161.342/8301757
  • Counseling the Nursing Mother: A Lactation Consultant’s Guide, 7th Edition | WorldCat – https://search.worldcat.org/title/1175916964
  • Breastfeeding and Human Lactation, 6th Edition | WorldCat – https://search.worldcat.org/title/breastfeeding-and-human-lactation/oclc/1197719554
  • Core Curriculum for Interdisciplinary Lactation Care, 2nd Edition | Jones & Bartlett Learning – https://www.tetondata.com/titles/1120
Note éditoriale : 

Cet article propose des informations générales sur l’allaitement maternel et ne remplace pas un accompagnement individualisé. En cas de difficultés d’allaitement, de douleur ou de question concernant la santé de la mère ou de l’enfant, adressez-vous à un professionnel de santé qualifié.

Portrait de Julie Champenois, infirmière spécialisée en pédiatrie et autrice

Julie Champenois

Infirmière spécialisée en pédiatrie · Consultante IBCLC · Formatrice · Superviseure · Autrice

Julie Champenois est infirmière spécialisée en pédiatrie. Forte de plus de vingt-cinq ans d’expérience auprès des enfants et de leurs familles, elle s’est spécialisée dans l’alimentation, l’oralité et l’allaitement maternel. Titulaire d’un DIU Troubles de l’oralité de l’enfant et d’un DU Nutrition et obésité de l’enfant, elle a créé et co-dirige le CAS Troubles alimentaires pédiatriques à la Haute école de santé Fribourg.

À travers ses formations destinées aux professionnels et ses ressources en ligne pour les parents, elle transmet une approche centrée sur la compréhension de l’enfant, le soutien des familles et le plaisir de manger.




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