Allaiter et reprendre le travail : trouver son nouvel équilibre

Mère reprenant le travail et du lait maternel à proximité. Mère reprenant le travail et du lait maternel à proximité.

Reprendre le travail après un congé de maternité constitue une étape importante pour le nourrisson, sa mère et toute la famille. Elle marque le début d’une nouvelle organisation et d’un nouvel équilibre, quel que soit le nombre d’enfants ou l’expérience déjà vécue. De multiples questions peuvent ainsi surgir plusieurs semaines avant le jour J.

Lorsque la mère allaite son nourrisson, les interrogations peuvent être encore plus nombreuses :

  • Faut-il commencer à donner des biberons ?
  • Constituer des réserves de lait ?
  • Utiliser un tire-lait au travail ?
  • Supprimer certaines tétées ?
  • Et que faire si l’enfant refuse de boire lorsqu’il est gardé ?

Anticiper certaines de ces questions permet d’aborder plus sereinement la reprise et de donner toutes ses chances à la poursuite de l’allaitement maternel.

En Suisse, l’allaitement maternel reste très fréquent après la naissance, mais sa poursuite peut être mise à l’épreuve lors du retour à l’emploi. Selon la Swiss Infant Feeding Study (SWIFS) 2024, 97 % des mères allaitent leur enfant à la naissance et, à 5–6 mois, 85 % des nourrissons reçoivent encore du lait maternel. Parmi les mères qui travaillent et ont sevré leur enfant, l’incompatibilité entre allaitement et activité professionnelle est toutefois la raison de sevrage la plus fréquemment citée.

Une multitude de possibilités

Entre la poursuite d’un allaitement exclusif et l’arrêt complet de l’allaitement, il existe une multitude de possibilités.

La mère peut choisir d’exprimer son lait pendant ses heures de travail afin qu’il soit donné à son enfant en son absence. Elle peut également conserver les tétées lorsqu’elle est avec lui et recourir à une préparation commerciale pour nourrisson (PCN) pendant les périodes de séparation.

Lorsque la diversification alimentaire a débuté et selon l’âge de l’enfant, les aliments solides, sous forme de purées ou de morceaux adaptés, peuvent également prendre progressivement une place pendant les heures de garde, tandis que les tétées sont maintenues lorsque la mère et l’enfant sont réunis.

Il n’existe donc pas d’organisation idéale applicable à toutes les familles. Le choix dépend du souhait de la mère, de l’âge et de la personnalité de l’enfant, du déroulement de l’allaitement, mais aussi des conditions de travail, de la durée des séparations et du mode de garde.

Et surtout, ce choix n’est pas définitif. Une organisation imaginée avant la reprise pourra être modifiée quelques jours ou quelques semaines plus tard si elle ne convient finalement ni à la mère, ni à l’enfant, ni à la famille.

Il peut être utile de commencer à y réfléchir trois à quatre semaines à l’avance. Une sage-femme ou une consultante en lactation IBCLC peut accompagner cette réflexion, en particulier lorsque la situation paraît complexe, que les horaires de travail sont irréguliers ou que la mère hésite entre différentes possibilités.

En Suisse, la LAMal prend en charge trois consultations en cas d’allaitement. Cette possibilité peut être particulièrement intéressante pour préparer une reprise du travail ou ajuster une organisation qui ne se déroule pas comme prévu.

Anticiper sans tout modifier à l’avance

Préparer la reprise ne signifie pas qu’il faille, plusieurs semaines à l’avance, modifier toutes les habitudes d’un enfant allaité.

Il s’agit plutôt d’anticiper ce qui pourrait nécessiter une adaptation :

  • Certaines tétées devront-elles être remplacées ou maintenues ?
  • La mère souhaite-t-elle utiliser un tire-lait au travail ? Lequel ?
  • L’enfant a-t-il déjà commencé la diversification alimentaire ? Où l’enfant sera-t-il gardé ?

Cette réflexion permet surtout de faire progressivement des choix sans bouleverser inutilement le rythme de l’enfant.

Si la mère souhaite diminuer ou supprimer certaines tétées, mieux vaut l’anticiper afin de permettre à la production de lait de s’adapter progressivement et de limiter l’inconfort mammaire.

À l’inverse, lorsqu’elle souhaite poursuivre un allaitement exclusif, quelques utilisations du tire-lait avant la reprise peuvent lui permettre de se familiariser avec le matériel et de constituer une petite réserve. Il n’est toutefois pas nécessaire de remplir le congélateur : une petite quantité de lait d’avance peut suffire pour aborder les premiers jours plus sereinement.

Celle-ci est par ailleurs très variable d’une femme à l’autre et ne reflète pas nécessairement ce que l’enfant est capable de prendre directement au sein.

Lorsqu’une utilisation régulière est prévue, le choix du tire-lait mérite une attention particulière. Il dépend notamment de la fréquence d’utilisation, des conditions de travail et des besoins de la mère. Un appareil peu adapté ou une taille de téterelle inadéquate peut rendre l’expression inconfortable ou moins efficace.

Il est donc utile de se renseigner et, si nécessaire, de demander conseil avant l’achat. Dans la mesure du possible, ce choix peut être fait une fois l’allaitement bien installé afin de mieux l’adapter aux besoins réels de la mère.

Le biberon, une inquiétude souvent anticipée

Parmi les questions qui préoccupent le plus souvent les parents figure celle du biberon. Certains craignent que leur enfant ne sache pas boire autrement qu’au sein ; d’autres redoutent, au contraire, la fameuse « confusion sein-tétine », largement évoquée sur les réseaux sociaux. La réalité est plus nuancée.

Lorsque l’allaitement est bien installé et que l’enfant tète efficacement, de nombreux nourrissons passent sans difficulté du sein au biberon et inversement. D’autres manifestent une préférence nettement plus marquée pour le sein et acceptent difficilement le biberon. Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un biberon entraîne systématiquement une « confusion sein-tétine ».

Il est possible de proposer occasionnellement un biberon avant la reprise, mais il n’est pas nécessaire d’en faire un entraînement quotidien. Et, surtout, il est préférable de ne pas forcer l’enfant. Un nourrisson qui buvait volontiers au biberon quelques semaines auparavant peut, d’ailleurs, se mettre à le refuser à l’approche du jour J, ce qui déstabilise souvent les parents et augmente leur stress.

Cette réaction peut être comprise dans un contexte plus large. La reprise du travail constitue un bouleversement important pour toute la famille. Les adultes peuvent anticiper la séparation, visiter le lieu de garde, comprendre les nouveaux horaires et savoir qu’ils se retrouveront en fin de journée. Le jeune enfant, lui, découvre ces changements au moment où ils se produisent. Il peut percevoir les modifications de son environnement et de ses habitudes, sans encore pouvoir se représenter ce qui va suivre.

Une période de transition progressive peut l’aider à s’habituer à son nouvel environnement, à la personne qui s’occupera de lui et aux nouveaux repères qui rythmeront ses journées. Cette adaptation peut être nécessaire pour chaque lieu de garde ou pour toute personne amenée à s’occuper régulièrement de lui.

Même très jeune, l’enfant peut être associé à cette transition. Lui parler de ce qui va changer, de la personne qui prendra soin de lui et des retrouvailles à venir permet de mettre des mots sur cette nouvelle étape. Chez certains enfants, cette période d’adaptation peut s’accompagner d’un refus temporaire du biberon.

Dans ce cas, multiplier les modèles de tétines ou insister à chaque repas n’apporte pas nécessairement de solution. Certains n’acceptent réellement le biberon qu’une fois leur nouveau rythme établi et leur lieu de garde devenu familier. Pour d’autres, une organisation différente se met progressivement en place, notamment lorsque la diversification alimentaire est déjà suffisamment avancée.

L’essentiel est de garder en tête que les solutions peuvent évoluer et que tout n’a pas besoin d’être parfaitement réglé avant le premier jour de travail.

Des retrouvailles parfois très intenses

Une fois la reprise effective, la séparation peut également modifier le rythme des tétées lorsque la mère et l’enfant se retrouvent. Certains nourrissons tètent davantage le soir et surtout la nuit. Ils peuvent ainsi compenser une partie du lait moins consommé au cours de la journée, mais la tétée constitue également un moment privilégié de proximité après plusieurs heures de séparation.

Le sein ne répond pas uniquement à un besoin nutritionnel. Quel que soit l’âge de l’enfant, il permet aussi de retrouver l’odeur, la chaleur et le contact de sa mère. Une augmentation des tétées nocturnes après la reprise ne signifie pas nécessairement que la production de lait est insuffisante.

Durant cette période, les tétées à la demande lors des retrouvailles et les moments de proximité (portage, bras, câlins ou peau à peau) peuvent répondre à ce besoin accru de contact après plusieurs heures de séparation.

Ces comportements sont souvent plus marqués durant les premières semaines, puis évoluent à mesure que l’enfant s’habitue à son nouveau rythme.

Allaiter ou utiliser un tire-lait au travail

Lorsque la mère choisit d’exprimer son lait pendant sa journée professionnelle, cette organisation mérite également d’être anticipée avec l’employeur : un endroit approprié, le temps nécessaire et la possibilité de conserver le lait dans de bonnes conditions doivent être prévus.

Lorsque l’objectif est de maintenir un allaitement exclusif, l’utilisation du tire-lait ou l’expression manuelle peut idéalement remplacer autant que possible les tétées qui auraient eu lieu durant la période de séparation. Le rythme reste toutefois à adapter aux contraintes professionnelles, aux besoins de l’enfant et à la réponse de chaque mère.

En Suisse, durant la première année de vie de l’enfant, le temps consacré à l’allaitement ou à l’expression du lait est comptabilisé comme du temps de travail rémunéré. La législation suisse prévoit au minimum 30 minutes pour une journée de travail de 1 à 4 heures, 60 minutes pour une journée de plus de 4 heures et 90 minutes pour une journée de plus de 7 heures.

Ce temps peut être utilisé pour exprimer son lait, mais également pour allaiter directement l’enfant lorsque l’organisation professionnelle et le mode de garde le permettent.

Concernant la conservation, Promotion Allaitement Suisse indique, pour un enfant né à terme et en bonne santé, que le lait maternel fraîchement exprimé peut être conservé trois à quatre heures à température ambiante (entre 16 et 29 °C), trois jours au réfrigérateur à moins de 4 °C et environ six mois au congélateur à –18 °C. Le lait décongelé au réfrigérateur doit être utilisé dans les 24 heures. Ces durées correspondent à des conditions de conservation différentes et ne doivent pas être additionnées.

Les modalités pratiques relatives à l’expression, au transport, à la congélation ou à la décongélation du lait dépendront ensuite de l’organisation choisie par chaque famille.

Trouver l’équilibre qui convient à chaque famille

Poursuivre l’allaitement après la reprise du travail ne signifie donc pas nécessairement utiliser un tire-lait plusieurs fois par jour ni maintenir un allaitement exclusif.

Certaines mères conserveront uniquement les tétées du matin, des retrouvailles, du soir et de la nuit. D’autres utiliseront un tire-lait au travail. Certaines associeront l’allaitement maternel et les préparations commerciales pour nourrissons, tandis que d’autres adapteront leur organisation en fonction de la diversification alimentaire de leur enfant.

Ces possibilités ne sont ni exclusives les unes des autres ni figées dans le temps. Elles peuvent évoluer avec l’âge de l’enfant, son adaptation au mode de garde, les conditions de travail ou simplement les souhaits de la famille.

La reprise du travail est avant tout une période de transition durant laquelle la mère, l’enfant et toute la famille doivent progressivement trouver un nouvel équilibre.

Si des difficultés apparaissent (refus persistants de s’alimenter durant la garde, douleurs, engorgements, inquiétudes concernant la quantité de lait, fatigue importante ou simplement le sentiment que l’organisation choisie ne convient pas), il ne faut pas hésiter à demander conseil. Une sage-femme ou une consultante en lactation IBCLC pourra aider la famille à rechercher une solution adaptée à sa situation, à ses souhaits et à ses contraintes.

Les coordonnées des consultantes en lactation IBCLC exerçant en Suisse sont disponibles dans l’annuaire de l’Association suisse des consultantes en lactation :
https://www.stillen.ch/fr/stillberaterinnen-verzeichnis

Pour aller plus loin : 
  • Télécharger le guide pratique : allaitement et reprise du travail en Suisse
  • Darmangeat V. Allaiter et reprendre le travail. Chronique Sociale.
  • Darmangeat V. À tire d’Ailes / Lactissima. Blog consacré à l’allaitement et à la reprise du travail.
  • Marie RUFFIER BOURDET – La confusion sein / tétine – https://milkshaker.fr/podcast/episode-136-marie-ruffier-bourdet-la-confusion-sein-tetine-2/
Références scientifiques : 
  • Zimmerman E., Thompson K. Clarifying nipple confusion. Journal of Perinatology. 2015;35:895-899.
  • Academy of Breastfeeding Medicine. Clinical Protocol #8: Human Milk Storage Information for Home Use for Full-Term Infants.
Pour aller plus loin : 

Cet article fournit des informations générales sur l’allaitement et la reprise du travail. Il ne remplace pas un accompagnement individualisé par une sage-femme, une consultante en lactation IBCLC ou un professionnel de santé. En cas de difficulté concernant l’alimentation, la croissance ou la santé de votre enfant, demandez conseil.

Portrait de Julie Champenois, infirmière spécialisée en pédiatrie et autrice

Julie Champenois

Infirmière spécialisée en pédiatrie · Consultante IBCLC · Formatrice · Superviseure · Autrice

Julie Champenois est infirmière spécialisée en pédiatrie. Forte de plus de vingt-cinq ans d’expérience auprès des enfants et de leurs familles, elle s’est spécialisée dans l’alimentation, l’oralité et l’allaitement maternel. Titulaire d’un DIU Troubles de l’oralité de l’enfant et d’un DU Nutrition et obésité de l’enfant, elle a créé et co-dirige le CAS Troubles alimentaires pédiatriques à la Haute école de santé Fribourg.

À travers ses formations destinées aux professionnels et ses ressources en ligne pour les parents, elle transmet une approche centrée sur la compréhension de l’enfant, le soutien des familles et le plaisir de manger.


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