- Lydia Benz-Burger naît Lydia Burger le 26 septembre 1919 à Freienwil, dans le canton d’Argovie.
- Elle étudie la langue et la littérature allemandes, le journalisme et l’histoire à l’Université de Zurich.
- Elle obtient un doctorat en lettres en 1953.
- De 1968 à 1971, elle est présidente de l’Association suisse des femmes universitaires.
- De 1970 à 1974, elle est députée au parlement communal de Zurich.
Dans l’histoire du mouvement féministe suisse, le nom de Lydia Benz-Burger (1919-2008) incarne une transition cruciale : celle d’un engagement de conviction vers une expertise institutionnelle reconnue.
Son parcours s’inscrit surtout dans un engagement associatif, éditorial et institutionnel au sein d’un vaste réseau d’organisations pour contribuer à l’élargissement de la citoyenneté des femmes. Elle fut une figure clé du passage d’une agitation marginale pour le suffrage à une influence politique et constitutionnelle structurée.
Origines et formation : l’ascension par le savoir
Lydia Benz-Burger naît Lydia Burger le 26 septembre 1919 à Freienwil, dans le canton d’Argovie. Fille d’August Burger, paysan, postier et secrétaire communal, elle grandit dans un milieu familier des rouages de l’administration locale helvétique. Catholique et originaire de Winterthour et de Zurich, elle épouse Henry Benz, un électricien et vendeur.
Son parcours professionnel débute comme téléphoniste, un métier qu’elle exerce tout en fréquentant le gymnase du soir à Zurich pour obtenir sa maturité en 1945. Cette détermination la mène à l’Université de Zurich où elle étudie la langue et la littérature allemandes (germanistique), le journalisme et l’histoire.
En 1953, elle couronne ce cursus par l’obtention d’un doctorat en lettres (Dr. phil.), titre qui lui confère une légitimité intellectuelle précieuse pour participer aux débats publics de l’époque.
L’écrit comme levier : rédactrice et éditrice
Lydia Benz-Burger a utilisé l’écrit comme un instrument stratégique pour structurer la communication du mouvement. Dès 1957, elle intègre le comité de l’Association zurichoise pour le suffrage féminin et devient rédactrice de la revue Staatsbürgerin (La Citoyenne), l’organe du Frauenstimmrechtsverein. Sous sa direction, la publication traite de sujets politiques et sociaux complexes tels que le droit constitutionnel et les assurances sociales.
En 1968, pour le 75e anniversaire de l’association zurichoise, elle édite une brochure dont le design typographique est resté documenté pour sa force symbolique. La couverture présente une cascade de mots semblant reculer vers la gauche avant de s’élancer vers l’avant pour affirmer que « le droit de vote est un droit humain ».
L’utilisation de la police Helvetica et de la couleur violette ancrait visuellement ce combat dans la modernité suisse. Son action à la présidence de la commission de presse de l’Association suisse pour le suffrage féminin (1960-1968) a contribué à donner une voix structurée aux revendications égalitaires dans l’espace public et associatif.
Une actrice au cœur des réseaux institutionnels
Lydia Benz-Burger fut une actrice reconnue des réseaux associatifs et institutionnels. De 1968 à 1971, elle préside l’Association suisse des femmes universitaires (ASFU, aujourd’hui ASFDU). Sous son impulsion, l’organisation connaît une phase d’expansion avec la création de six nouvelles sections locales autour de 1970, portant le total à quinze sections nationales afin de décentraliser le plaidoyer féministe.
Elle fut également active au sein du Zonta Club de Zurich, utilisant ce type de club de service comme espace de réseautage professionnel parmi les femmes occupant des postes à responsabilité. Son approche pragmatique se reflétait dans le programme de la liste féminine zurichoise auquel elle a contribué, soulignant qu’il n’existe pas de « travail masculin ou féminin », mais seulement du talent à faire fructifier. Parallèlement, elle dirige la Société suisse du théâtre de 1956 à 1986.
Engagement politique et combat pour l’égalité réelle
De 1970 à 1974, elle siège au parlement communal de la ville de Zurich (Gemeinderat) pour l’Alliance des Indépendants (AdI/LdU). Elle y dépose plusieurs postulats pour l’égalité des sexes dans la formation scolaire et professionnelle, convaincue que l’égalité politique resterait incomplète sans égalité des chances dès l’école.
En 1975, lors de l’Année internationale de la femme, elle lance une initiative audacieuse : la création d’une liste exclusivement composée de candidates pour les élections au Conseil national.
Lydia Benz-Burger a qualifié cette démarche d’« essai aux effets à long terme », contribuant à rendre visible la sous-représentation des femmes et à inciter les partis traditionnels à intégrer davantage de femmes sur leurs listes.
De 1975 à 1981, elle préside le comité d’initiative populaire « Égalité des droits entre hommes et femmes ». Ce processus collectif aboutit à l’acceptation par le peuple et les cantons, le 14 juin 1981, de l’article constitutionnel sur l’égalité. Elle siège également à la commission d’experts fédéraux pour la révision totale de la Constitution, veillant à ce que l’égalité des sexes y soit intégrée.
Enfin, elle collabore au projet éditorial Interfeminas avec Lotti Ruckstuhl et Gertrud Heinzelmann pour publier des ouvrages juridiques et politiques sur les droits des femmes.
Repères chronologiques et héritage
- 26 septembre 1919 : Naissance à Freienwil (AG).
- 1953 : Doctorat en lettres de l’Université de Zurich.
- 1957 : Entre au comité de l’Association zurichoise pour le suffrage féminin et à la rédaction de Staatsbürgerin.
- 1968-1971 : Présidence de l’Association suisse des femmes universitaires (ASFU).
- 1970-1974 : Députée au parlement communal de Zurich (LdU).
- 7 février 1971 : Adoption du suffrage féminin au niveau fédéral.
- 1975 : Lancement de la « Liste 17 » (PIF) pour le Conseil national.
- 14 juin 1981 : Adoption de l’article constitutionnel sur l’égalité.
- 1985-1986 : Remise en dépôt durable des archives de l’Association suisse pour les droits de la femme (ADF) au Schweizerisches Sozialarchiv.
- 1er juillet 1996 : Entrée en vigueur de la Loi fédérale sur l’égalité.
- 21 mai 2008 : Décès à Affoltern am Albis (ZH).
Pourquoi Lydia Benz-Burger reste une figure importante de l’histoire féministe suisse
Lydia Benz-Burger a incarné le passage d’un militantisme de conviction vers une expertise institutionnelle reconnue. Elle avait compris que pour faire évoluer durablement les structures, il fallait s’approprier les mécanismes législatifs et administratifs.
Sa participation à des commissions fédérales a contribué aux débats institutionnels sur l’égalité nécessaires pour inscrire les revendications d’équité dans les textes fondamentaux de la Suisse.
Elle a également eu le souci constant de la mémoire historique. En effectuant la remise en dépôt durable des archives de l’ADF en 1985, elle a veillé à ce que les sources primaires du mouvement soient préservées pour les futures recherches.
Aujourd’hui, sa contribution est publiquement reconnue, notamment par sa présence dans le projet « Katharinen-Turm » de Zurich (2024), une installation rendant hommage à 500 femmes ayant façonné la cité et contribué à l’élargissement de la citoyenneté suisse.
Ce que son parcours dit encore aux femmes d’aujourd’hui
Le parcours de Lydia Benz-Burger rappelle que le savoir est une forme de pouvoir. En passant de téléphoniste à détentrice d’un doctorat, elle a montré que l’éducation est l’un des premiers remparts contre l’invisibilité sociale. Sa ténacité intellectuelle lui a permis de franchir des barrières sociales et de genre qui semblaient autrefois infranchissables.
Elle nous enseigne enfin que la citoyenneté n’est pas un acquis statique, mais une pratique exigeante qui demande de s’approprier les lois, de siéger dans les commissions et de s’organiser en réseaux professionnels et politiques.
Son héritage est celui d’une citoyenne qui, par son argumentation rigoureuse et son sens des institutions, a travaillé à bâtir une démocratie qui n’exclut plus les femmes du corps électoral. Son parcours reste une source d’inspiration pour continuer à construire une société où le talent de chaque individu peut s’exprimer sans entrave.
Sources importantes :
- Lydia Benz-Burger, Wikipédia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Lydia_Benz-Burger
- Benz-Burger, Lydia – https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/009268/2020-04-27/
- Lydia Benz-Burger | Hommage 2021 – https://hommage2021.ch/fr/portrait/lydia-benz-burger
- Benz-Burger, Lydia – https://catima.unil.ch/fs-ds/fr/portraits/40422-benz-burger-lydia











