Sommeil de bébé de 0 à 2 ans : besoins, rythmes et réveils selon l’âge

Une mère tient son bébé contre elle, assise sur un lit, dans une chambre avec un berceau en arrière-plan. Une mère tient son bébé contre elle, assise sur un lit, dans une chambre avec un berceau en arrière-plan.

Autour de la table, plusieurs générations sont réunies pour un repas de famille. Arrière-grands-parents, grands-parents, enfants adultes, certains avec leurs partenaires. Parmi eux, un jeune couple et leur premier enfant, Léonard, un « beau bébé » de tout juste trois mois.

Les discussions vont bon train jusqu’au moment où tombe la question : « Alors, il fait ses nuits ? ».

Marion, sa mère, hésite. Certaines nuits, Léonard, son bébé, dort quelques heures d’affilée, d’autres, il tète plusieurs fois. Elle ne sait pas trop quoi répondre. Surtout, elle sent qu’une « bonne réponse » est attendue.

Et si la question n’était pas de savoir à quel âge un bébé doit faire ses nuits, mais plutôt de comprendre comment son sommeil se développe ?

Le sommeil du bébé n’est pas celui d’un adulte miniature

Depuis la naissance de Léonard, Marion découvre un rythme bien différent du sien. Son bébé dort autant le jour que la nuit, parfois pendant de longues périodes, parfois pour de courtes siestes. Et lorsqu’elle le regarde dormir, elle est surprise de le voir bouger, grimacer ou émettre de petits bruits.

Le sommeil d’un bébé ne fonctionne pas comme celui d’un adulte. Chez les nouveau-nés, le sommeil se répartit sur l’ensemble des 24 heures, les cycles sont plus courts et une grande partie du sommeil est dite « active ». Pendant ces phases, les mouvements, les mimiques et les vocalisations sont fréquents, sans que le bébé soit nécessairement réveillé.

Au fil des mois, le sommeil de Léonard va progressivement se transformer. Son rythme jour-nuit se précise, ses périodes de sommeil nocturne peuvent s’allonger et ses siestes évoluent. Son sommeil évolue avec lui : il est influencé par sa croissance, son développement et par ce qu’il vit au quotidien.

Combien de temps dorment réellement les bébés ?

Marion se demande parfois si Léonard dort suffisamment. Certains jours, il enchaîne les siestes ; d’autres, il reste éveillé plus longtemps. Difficile pour elle de savoir ce qui est « normal ».

Une étude menée en Suisse en 2003 permet de mieux comprendre cette diversité. À trois mois, la durée médiane de sommeil se situe entre 14 et 15 heures sur 24 heures, siestes comprises. Mais les différences entre les enfants sont importantes : certains dorment nettement moins, d’autres beaucoup plus.

Le graphique ci-dessous illustre ces variations. La ligne centrale représente la médiane : la moitié des enfants dorment davantage, l’autre moitié moins.

Graphique des percentiles de durée totale de sommeil sur 24 heures, siestes comprises, selon l’âge de l’enfant, de 1 mois à 16 ans.
Durée totale de sommeil sur 24 heures, siestes comprises selon l’âge de l’enfant
Graphique adapté d’après : Iglowstein, I., Jenni, O. G., Molinari, L., & Largo, R. H. (2003). Sleep Duration From Infancy to Adolescence : Reference Values and Generational Trends. Pediatrics, 111(2), 302‑307. https://doi.org/10.1542/peds.111.2.302

Et surtout, ces courbes ne sont pas des objectifs à atteindre ! Elles décrivent ce que les chercheurs ont observé, et non ce que chaque enfant devrait dormir.

Pour Marion, elles permettent surtout de comprendre que le sommeil de Léonard ne se mesure pas à une durée idéale valable pour tous les bébés.

Le sommeil évolue avec l’enfant

Les premières semaines, les journées et les nuits de Léonard se ressemblent beaucoup. Il dort, se réveille, tète, observe un peu ce qui l’entoure, puis se rendort. Son horloge biologique se synchronise progressivement avec l’alternance jour-nuit. À trois mois, Léonard commence à dormir davantage la nuit que le jour. Ses périodes de sommeil nocturne peuvent s’allonger, mais les réveils restent fréquents.

Quelques mois plus tard, Léonard se retourne, commence à se déplacer et découvre de nouvelles façons d’explorer son environnement. Son développement moteur et cognitif est en pleine effervescence. Ces changements peuvent aussi se répercuter sur son sommeil : certains enfants mettent davantage de temps à s’endormir ou connaissent des périodes de réveil plus fréquentes. Ce n’est toutefois ni systématique ni nécessairement durable.

Vers huit ou neuf mois, Léonard peut réagir davantage lorsque Marion quitte la pièce. Il développe sa compréhension des séparations et peut rechercher plus intensément la proximité de ses parents, notamment au moment du coucher ou lors d’un réveil nocturne. Son sommeil ne dépend donc pas uniquement de sa maturation biologique : son développement affectif entre également en jeu.

Vers dix-huit mois, Léonard affirme davantage ses préférences. Le coucher peut devenir un moment de négociation, alors même que son besoin de sommeil demeure important. Ses siestes évoluent également, passant généralement de deux à une au cours de la deuxième année.

Mais Léonard ne grandit pas seul. La reprise du travail de Marion, l’entrée dans un nouveau mode de garde ou des changements dans la vie familiale peuvent aussi modifier ses repères et parfois temporairement perturber son sommeil. Ces périodes de transition peuvent nécessiter quelques ajustements sans qu’il soit nécessaire de tout réorganiser.

Comprendre le sommeil de Léonard, c’est donc tenir compte de son âge et de sa maturation, mais aussi de ce qu’il apprend, de ses besoins affectifs et de ce que vit sa famille.

Pourquoi les bébés se réveillent-ils la nuit ?

À trois mois, Léonard se réveille encore plusieurs fois par nuit. Parfois, il tète et se rendort rapidement. D’autres fois, Marion l’entend bouger, grogner ou pousser de petits cris. Mais est-il vraiment réveillé ?

Comme les adultes, les bébés traversent plusieurs cycles de sommeil au cours de la nuit. Entre ces cycles, de brefs réveils peuvent survenir. Ils font partie du fonctionnement normal du sommeil. Chez le nourrisson, les cycles sont plus courts et le sommeil actif peut s’accompagner de mouvements, de mimiques et de bruits. Ces manifestations ne signifient donc pas nécessairement que le bébé est réveillé.

Et lorsqu’il se réveille réellement, Léonard ne signale pas nécessairement chacun de ses éveils. Il peut parfois se rendormir sans aide. À d’autres moments, il « appelle » ses parents. Il peut avoir faim, ressentir un inconfort ou rechercher leur présence pour retrouver le sommeil.

Il est donc important de distinguer trois choses : se réveiller, signaler son réveil et avoir besoin d’aide pour se rendormir.

Lorsque Marion raconte que Léonard s’est réveillé trois fois cette nuit, elle parle en réalité des trois réveils qu’elle a remarqués. Il y en a peut-être eu d’autres, pendant lesquels Léonard s’est rendormi sans l’appeler.

Et si, une nuit, Léonard dort jusqu’au matin sans solliciter ses parents, cela ne signifie pas qu’il ne s’est jamais réveillé. À l’inverse, s’il a encore besoin d’eux pendant la nuit, cela ne signifie pas que quelque chose ne va pas dans son sommeil.

« Faire ses nuits » : ça veut dire quoi au juste ?

Quelques mois se sont écoulés depuis le repas de famille. Léonard dort désormais parfois 5 ou 6 heures d’affilée. Marion pourrait-elle (enfin) répondre « oui » à la fameuse question ?

Tout dépend de ce que l’on entend par « faire ses nuits » !

Pour certains, cela signifie dormir cinq ou six heures sans interruption. Pour d’autres, c’est dormir du coucher jusqu’au matin, sans réveiller ses parents. Mais ces définitions ne décrivent pas la même réalité. Un bébé qui dort de 20 h à 2 h du matin a dormi six heures d’affilée. Ses parents, eux, sont encore loin d’avoir passé une nuit complète !

Il n’existe donc pas d’âge précis auquel tous les enfants commencent à « faire leurs nuits ». Le sommeil nocturne se consolide progressivement, avec des différences importantes d’un enfant à l’autre. Et cette évolution n’est pas toujours régulière.

Pour Marion, la question la plus utile n’est peut-être pas de savoir si Léonard fait enfin ses nuits, mais plutôt de savoir comment il dort, comment il se porte et, surtout, comment toute la famille vit ces nuits.

Accompagner le sommeil, sans chercher à le contrôler

Depuis quelques semaines, Marion remarque que Léonard se frotte les yeux ou détourne le regard lorsqu’il est fatigué. D’autres fois, il devient agité et semble avoir du mal à trouver le sommeil. Peu à peu, elle découvre ses signes de fatigue. Ils ne sont pas toujours faciles à reconnaître, et ils peuvent changer avec l’âge.

Les parents peuvent favoriser le sommeil de leur enfant par quelques habitudes simples. Profiter de la lumière naturelle pendant la journée, privilégier une ambiance plus calme le soir et proposer des moments familiers avant le coucher aident progressivement le bébé à trouver ses repères.

Chez Léonard, le bain ne semble pas particulièrement apaisant. Il en ressort souvent plein d’énergie ! Marion préfère prendre quelques minutes pour lui lire une histoire, installés tranquillement ensemble. Le rituel du coucher n’a pas besoin d’être long ni complètement identique chaque soir. Il peut évoluer avec l’enfant et s’adapter à la vie de famille.

Et lorsque Léonard appelle pendant la nuit ? Marion peut prendre un instant pour observer s’il est réellement réveillé. S’il l’est, elle cherche à comprendre ce dont il a besoin : être nourri, soulagé d’un inconfort ou simplement rassuré. Parfois, sa présence suffit. D’autres fois, Léonard a besoin d’être pris dans les bras ou d’être accompagné plus longtemps.

Aucune routine ne garantit des nuits sans réveils. Accompagner le sommeil, c’est aussi accepter qu’il évolue, observer son enfant et ajuster ses réponses au fil du temps.

Quand les nuits deviennent difficiles

Léonard a maintenant huit mois. Depuis plusieurs semaines, il appelle Marion plusieurs fois par nuit. Elle sait que les réveils nocturnes peuvent être présents à cet âge. Pourtant, le matin, elle se lève épuisée. Entre les nuits interrompues, son travail et les journées qui s’enchaînent, elle a de plus en plus de mal à récupérer.

Le sommeil de Léonard n’est pas nécessairement problématique. Mais la fatigue de Marion, elle, est bien réelle. Un sommeil habituel pour l’âge de l’enfant peut être difficile à vivre pour ses parents. Et comprendre pourquoi un bébé se réveille ne suffit pas toujours à rendre ces nuits supportables.

Lorsque la fatigue s’accumule, il peut être utile de commencer par veiller à protéger le sommeil des parents. Marion et son partenaire peuvent-ils se répartir autrement certaines tâches ou certains réveils ? Peut-elle se coucher plus tôt quelques soirs ou bénéficier d’un moment de repos pendant le week-end ? Si elle est seule ou dispose de peu de soutien, quelles aides extérieures pourrait-elle solliciter ?  

Il ne s’agit pas de trouver une organisation parfaite, mais parfois de dégager quelques occasions de récupérer. Et lorsque cela ne suffit pas, demander de l’aide est aussi une manière de prendre soin de toute la famille.

Certaines situations nécessitent un avis et/ou un accompagnement professionnel. Si Léonard ronfle régulièrement, présente des difficultés respiratoires pendant son sommeil, semble fatigué dès le réveil ou présente d’autres signes préoccupants, une consultation pédiatrique est indiquée.

Et si Marion se sent à bout, elle aussi peut demander de l’aide, même si le sommeil de Léonard ne présente aucune anomalie particulière. Le pédiatre, la sage-femme ou les professionnels de la petite enfance peuvent l’aider à faire le point et à trouver un accompagnement adapté.

Prendre soin du sommeil d’un enfant, c’est aussi prendre en compte le sommeil et la santé de ceux qui l’accompagnent.

Un sommeil en toute sécurité

Pour réduire les risques de mort subite du nourrisson, la pédiatrie suisse recommande quelques précautions simples :

  • Toujours coucher le bébé sur le dos.
  • Prévoir un matelas ferme, sans oreiller, duvet, couverture, tour de lit, ni grosse peluche. Une gigoteuse adaptée suffit.
  • Éviter de trop couvrir le bébé
  • Installer le bébé dans la chambre des parents pendant la première année
  • Maintenir un environnement sans fumée, pendant la grossesse comme après la naissance

Pendant les périodes d’éveil, le bébé peut être installé dans différentes positions, notamment sur le ventre plusieurs fois par jour, sous surveillance. Cela favorise son développement moteur et contribue à prévenir l’aplatissement de l’arrière de sa tête.

Source : pédiatrie suisse, « Comment positionner votre bébé », Pellaud & Jenni (2013), feuillet officiel destiné aux parents. https://www.paediatrieschweiz.ch/fr/parents/

Et si on posait la question autrement ?

Quelques mois plus tard, lors d’un nouveau repas de famille, la question revient : « Alors, Léonard fait ses nuits ? ».

Marion sourit. Certaines nuits, il dort pendant plusieurs heures sans l’appeler. D’autres, il a encore besoin d’elle. Entre-temps, il a grandi, découvert de nouvelles choses et traversé bien des changements. Son sommeil aussi a évolué.

Cette fois, Marion sait qu’il n’y a pas une seule bonne réponse.

Le sommeil d’un enfant ne se résume ni à un nombre d’heures ni à l’absence de réveils nocturnes. Il évolue avec sa maturation, son développement et ce qu’il vit au quotidien.

Et si, plutôt que de demander « Est-ce qu’il fait ses nuits ? », on demandait simplement : « Comment se passent vos nuits ? ».

Sources et références : 
Bibliographie : 
  • Ball, H. L. (2025). How babies sleep—A factful guide to the first 365 Days and nignts (Cornerstone Press).
  • Jové, R., & Dunner, B. (2017). Dormir sans larmes : Les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans. les Arènes.
  • Junier, H., & Latron, C. (2022). Le sommeil du jeune enfant : Pour les parents qui ne font pas leurs nuits. Dunod.
  • Raynaud, A. (2021). Enfant sécurisé, enfant heureux. Marabout.
Articles scientifiques : 
  • D’Souza, L., & Cassels, T. (2023). Contextual considerations in infant sleep : Offering alternative interventions to families. Sleep Health, 9(5), 618‑625. https://doi.org/10.1016/j.sleh.2022.05.006
  • Iglowstein, I., Jenni, O. G., Molinari, L., & Largo, R. H. (2003). Sleep Duration From Infancy to Adolescence : Reference Values and Generational Trends. Pediatrics, 111(2), 302‑307. https://doi.org/10.1542/peds.111.2.302
  • Paavonen, E. J., Saarenpää-Heikkilä, O., Morales-Munoz, I., Virta, M., Häkälä, N., Pölkki, P., Kylliäinen, A., Karlsson, H., Paunio, T., & Karlsson, L. (2020). Normal sleep development in infants : Findings from two large birth cohorts. Sleep Medicine, 69, 145‑154. https://doi.org/10.1016/j.sleep.2020.01.009
Ressource internet : 
  • Pédiatrie suisse, « Comment positionner votre bébé », Pellaud & Jenni (2013), feuillet officiel destiné aux parents. https://www.paediatrieschweiz.ch/fr/parents/
Note éditoriale : 

Marion et Léonard sont des personnages fictifs utilisés pour illustrer des situations que peuvent rencontrer les familles. Les informations présentées dans cet article s’appuient sur l’expertise professionnelle d’Angélique Pasquier et les références scientifiques citées. Elles sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas un avis médical individualisé.

Portrait d’Angélique Pasquier, infirmière, maître d’enseignement HES et consultante en lactation IBCLC

Angélique Pasquier

Infirmière · Maître d’enseignement HES · Consultante en lactation IBCLC · Fondatrice de 1001dodos

Angélique Pasquier est infirmière spécialisée en pédiatrie et néonatologie, Maître d’enseignement à la Haute école de santé Fribourg et consultante en lactation IBCLC.

Fondatrice de 1001dodos, elle accompagne les familles et forme des professionnel·les autour du sommeil du nourrisson et du jeune enfant. Elle assure également des responsabilités pédagogiques dans les formations postgrades de la Haute école de santé Fribourg, notamment autour de l’allaitement et de l’alimentation pédiatrique.

Pour Esprit Féminin, elle partage son expertise sur le sommeil du bébé et de l’enfant, l’allaitement, la parentalité et les réalités rencontrées par les familles.




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